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Full text of "Nullitez des procedures des Synodes de Campen et de La Haye contre le Sr. Paul Maty : avec Une Reponse à Mr. de Bonvouet et Une Lettre d'un Ecclésiastique de France sur l'Intolerance des Théologiens de Hollande"

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lnttp://www.archive.org/details/nullitezdesproceOOmaty 



NULLITEZ 

DES 

PROCEDURES 

DES 

SYNODES 

DE CAMPEN 
ET DE LA HAYE. 

Contre le Sr PAUL MATY, 

Minijlre du St. Evangile {«f Doreur m 
Pbilojvpbie, 

Avec 

t/»fREPONSE aMr.de B ON V O U S T,^'»»? 

L E T T J< E fi* un Eccléfiajticjue -'e Frar.cf^fur 
l,"* Intolérance des Thé'dogiem de Huiiande. 



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Imprimé pour l'Auteur. 
M. DCG. XXXI. 






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NULLITE Z 

DES 

PROCEDURES 

DES 

SYNODES 

D E 
CAMPEN ET DE LA HAYE 

Centre le 

Sf^: PAUL M A T Y. 

Aîintfire du St. Evangile ^ Dotlcur a; 
Philûfophie, 

Uifque le Synode de la Haye^ a maf- 

ché fur les traces de celui de Catn- 

f^^^' pen , il me force à repouder les mè- 
■■^^^ mes injulticcs, (Se les mêmes calom- 
nies avec les mêmes armes. Toute perfonne 
accufée ell en droit de répondre aux Accula- 
A dons 



i Nuîïiiez des Procsdures 

tions que l'on intenté contr*elle. Tout hom- 
me calonnnîé eft en droit de repouflerla calom- 
nie. Tout homme accablé fous la perfécution 
d'une puilTance inique, & privé de Défenfeurs 
qui foûtiennent Tes droits foulez, & fon inno- 
cence opprimée, efl: en droit de nefe pas aban- 
donner lui-même, & d'en appeller à Dieu & 
au Public de la violence de fes Perfécuteurs. 

Ceux qui ont traité ma Protejiation contre 
îe Synode de Campcn de Lil>elle àiffamw 
toire ^ ne manqueront pas de placer cet Ecrit 
dans le même rang. Il n'y a rien là d'extraor- 
dinaire. Un Synode eft ma Partie , & ceux 
qui donnent de telles qualifications font Mem- 
bres de ce Synode , & par conféquent Parties 
intérefTées. Se plaindre de l'injuftice de quel- 
qu'un c'eft l'injurier, c'eft le diffamer, fi l'on 
s'en rapporte au jugement de celui qui a fourni 
les fujets de plainte. Suivant cette régie, qu'u- 
ne pratique confiante autorife, tous les Livres 
que les anciens Réformez^ nos Ancêtres, ont 
écrit contre l'EgUfe Romaine , contre fes Pa- 
pes & contre fes Conciles ^ étoient tout autant 
de Libelles diffamatoires^ feîon le liyle de cette 
Eglife. Je dois pourtant rendre juftice à cet é- 
gard au Synode de la Hu^s. 11 a rapporté dans 
quelqu'un de fes Articles, que quelques Egli- 
fes avoient qualifié ma Protejiation de la ma- 
nière que je viens de marquer. Mais par on 
cfet de fa modération, il n'a rren décidé lui- 
même, il a laide chacun dans la liberté d'en 
former tel jugement qu'il lui plaira. J'attends 
des Synodes qui fuivront celui de la Haye la 
même. équité par rapport au préfent Ecrit. 

Le» 



âei Synodes de Campen (^ de la Haye, i 

Les Articles du Synode de Campen auî m« 
regardent, fe peuvent lire dans im Frotejiation 
contre ce Synode. Il fufit de donner ici une 
copie de ceux qui ont été arrêtez dans le Syno- 
de de la Haye. 

Extrait des Articles du. Synode Wallon des Prt- 
vinces Unies, ajfemblé a la Haye aux mois 
d'Août y Septembre de l'année 1 730. 

ARTICLE XX, 

he Sr. Paul Maty cité. 

„ T A Compagnie réfoluc à entamer demain 
„ '■-' l'afFaire du Sr. P. Maty, lui a fait fa- 
„ voir parleMarguillier de cette Eglife qu'elle 
„ s'attendoit à le voir coniparoître devant elle 
„ en conféquence de la Citation qui lui a été 
„ faite de la part du Synode de Campen, & lu! 
„ a aflîgné pour cet étet l'heure de dix heures. 

A R T. XXII. 

! CorAannation de la Lettre d'un Théologien &c. 
confirmée. 

)) T 'Article XLV. du dernier Synode qui ren- 

» ''-'ferme lejugement de cette Affemblée fur la 

„ Lettre cCun Théologien àun autre*! héologcen fur 

ij jî '^ Myftére de laTrinité, ayant été lû, il a paru 

, „ que toutes les Eglifes , les unes par leur filence, 

|,, les autres par leurs Inftrudiûns, approuvent à 

n tous égards le dit j ugement, & ce que les Mem- 

A 2 bf€5 



4 Nuïïitez des Procédures 

„ bres qui compofent ce Synode ont dit fur ce 
„ fujet , prouve qu'ils ne font pas moins op- 
„ pofezà ce Syftême erroné, que l'ont été ceux 
,, qui ont compofé le Synode de Campen. Ce 
,, concours unanime des fentimens ne peut que 
,, réjouïr cette Compagnie, laquelle confirme 
,, dans toutes fes parties la condannation pro- 
„ noncée contre une erreur li capitale & abfo- 
„ lûment contraire à la Parole de Dieu & ànô- 
„ tre Gonfefîion de foi fpr le Myftére de l'a- 
„ durable Trinité. 

ART. XXIII. 

Le Sr. Muty cité par PEglife de la Haye. 

„ T 'Eglife de la Haye chargée par l'Article 
„ "*^ XLVI. du Synode de Campen de faire 
,, notifier au St. Paul Maty, la citation con- 
„ tenue dans le dit Article, a déclaré qu'en 
,j corlféquence de cette commilHon elle avoit 
„ envoyé , à pluiieurs reprifes, fôn Marguil- 
,, lier à la maifon du Sr. Maty, que le ditMar- 
„ guillier n'avoit jamais pu parvenir à lui par- 
„ 1er, & que le Père & l'Epoufe du Sr. Ma- 
,, îy, lui avoient îoujours répondu que le dit 
„ Sr ne comparoîtroit point , ne dépendant ni du 
„ Confifloîre ni du Synode^ mais de l'Eglife 
j, Anglicane; enfin que l'Epoufe du Sr. Maty 
,, avoit jette dans la rue la Copie authentique de 
„ l'Articledu Synodede Campen, laquelleil é- 
„ toit chargé de lui délivrer. Ce quedeffus é- 
,, tant confirmé par des Aéîes duèment fignez, 
„ il paroit que l'Eglife de la Haye a fait ce qui 

M i 



des Synodes de Campe» G? de la Ha^. f 

„ a dépendu d'elle pour remplir les vues duder- 
„ nier Synode, & celui-ci l'a remerciée de fes 
„ peines. 

ART. XXIV. 

Le Sr. Maty cité par le Synode. 

„ T E Marguillier de l'Eglife delaHayechar- 
„ •'^gé de lacomuiiflion contenue dans l'Ar- 
„ ticle XX. de ce Synode, a rapporte qu'il 
„ avoit délivre au Sr. Paul Maty, la copie de 
„ l'Aéte qui lui avoit été donné, & a rtmisen 
,, même tems à la Table un pacquet portant la 
„ réponfc du dit Sr. Ce pacquet contenoituu 
,, exemplaire d'une Proteftation imprimée fous 
„ le nom du Sr. Maty, & une Lettre écrite de 
,, fa main dans laquelle il dit, que puifquecet- 
„ te Allemblée perfilk à agir à ion égard com- 
•,, me li elle avoit quelque jurifdidion fur lui, 
„ bien que des le 9. Odobre 1729. avant 
, , qu'aucune Affemblée Eccléfiaftique e lit fait 
,, la moindre procédure contre lui, il fe fûtdé- 
„ taché de la Communion de nos Eglifes dans 
„ le delTein de fc ranger à la Communion de 
„ l'Eglife Anglicane auffi-t6t qu'il feroit arri- 
„ vé en Angleterre, il n'a autre choie à ré- 
„ pondre à fa Citation que ce qui cft contenu 
„ dans la Proteftation qu'il lui envoyé, & à 
„ laquelle il fc tient. 



A 3 - ART. 



NuîUtez des. Procédures 

A R T. XXV. 
Pretejîation du Sr. Maîy rejettée. 



„ /^Etre Proteftntion qui a été répandue 
„ ^^puis quelques femaines dans la plûj 



dé^ 
plupart 
de nos Eglifes a paru nulle dans louies fes 
„ parties; Diverfcs Eglifes l'ont regardé com- 
„ me indigne de la moindre attention; d'au- 
„ très l'ont qualifiée du lître de Lii>elle dijfa- 
„ WAîê'tre, toutes ont jugé que les raifons qui 
,, y lont alléguées lont abfolûment dcftiiuéss 
„ de fondement, i. II n'y a point eu de Prc- 
„ cipitation dans le iu>;cment du Synode de 
„ Campen contre la Lettre d'un Théologien à 
„ u)2 Théologien^ puifau'un Synode liégcant 
„ eft dans l'obligation de rejeiter, fans con- 
„ fulter les Eglifes abfentes, une erreur dcja 
„ condannée par nos ConfelTions de foi. 2. 
„ Cette condannation n'a pas été faite fans 
„ examen, puifque cette Lettre qui avoit pa- 
„ rû depuis près d'un an, & la Réponle que 
„ N. T. C. F. Mr. de la Chappelle y a op- 
„ pofée, avoient été lues de prefque tous ks 
„ Membres du dit Synode. 3. Le ïéle qui 
,, a animé cette Compagnie ne peut- être qua- 
,, lifié de Paffion, il ce n'ed par ceux qui at- 
„ tachent des idées odieufes aux foins qu'une 
„ Alîèmb'ée Ecclclïauique eli obligée de pren- 
., dre pour confervcr dans fa pureté le dépôt 
„ de la vérité. 4. Ce Synode a dû condanner 
„ ce Syfiême comme allant à ruiner les fon- 
«, demeDS de la RéH'ion Chrétienne, puifqu'il 

„ ne 



des Synodes de Campen & de la Haye\ f 

„ ne faut qu'y jetter les yeux pour fentir avec 
„ la dernière évidence, qu'il détruit abfolûment 
,, l'Eternité de deux des trois Perfonnesdel'A- 
„ durable Trinité, f. C'ert vouloir faire illu- 
,, fion au Public que de dire que le Sr. Matya 
„ été condanné fans être entendu, puifque la 
„ condannation ne porte que fur une Lettre a- 
,, nonyme, défavouée jufques alors par Mr. 
„ Maty, & dont l'Auteur confent qu'on juge 
„ fur ce qu'elle contient, déclarant qu'il n'a tien 
,, d'efTentiel à y ajouter. 6. Enfin le Synode 
„ en npprouvant le Livre de Mr.de la Chapel- 
,, le l'a fait, parce qu'il réfute heurtufement une 
„ erreur qui faifoit du bruit, contre laquelle 
,, tous fe foûievoient, fans qu'aucun entreprît 
,, de la combattre. C'ed pour toutes ces rai- 
,, fons, que la Compagnie a crû ne devoir a- 
„ voir aucun égard à cette Proteftation. 

ART. XXVL 

LàC Sr. Maty dépofe. 

„ T 'AflTemblée a formé le même jugement 
„ "*-' (ur la prétendue Incompétence du Tri- 
„ bunal que le Sr. Maty allègue & dansfaPro- 
,, tedation & dans la Lettre qui l'accompagne, 
„ puifqu'il paroit i. Qu'il n'a allégué ledeflein 
„ de quitter la Hollande que pour fe fouftrai- 
„ re à fon Juge naturel & pour éviter la Cen- 
,, fure qu'il avoit encourue, le Sr. Maty ayant 
„ fait fa déclaration dès le 9. d'Odobre I7Z9, 
„ & étant encore aduellement domicilié à la 
„ Haye. a. Parce que le Sr. Matyeftcompta- 
A 4 blc 



'S Nullité» des Procédures 

5, ble à ce Synode & de fes fentimens & des 
,j aélions qu'il peut avoir faites durant le tem$ 
„ qu'il a été membre dé ce Corps, & qu'il a- 
,, été tenu par fes engagemens à eu foûtenir la 
P, Dodrine. Aces caules, la Compagnie fe 
,, croit pleinement en droit de juger de cette 
5, afaire, & fe voyant forcée à le faire définiti- 
j, vement , déclare le Sr. Maty déchu de fes 
droits au St, Miniftére, incapable d'édifier 
l'Eglife, & fufpendu de la S:e. Gène, juf- 
qu'à ce que par une rétradlaîion formelle il 
ait condanné lui-même l'erreur qu'il perfifti 
à foûtenir. Comme eUe n'a pu prononcer 
cette fentence fans s'attendrir furuneperfon- 
ne qui lui a été chère, elle ne l'a point fait 
non plus qu'en formant des vœux ardens pour 
qu'il plaife à Dieu de le ramener de fes er- 
„ reurs, pour qu'elle puiiTe avoir la confolatiou 
„ de rendre au Sr. Maty & le caraâére & la 
j, grâce qu'un devoir indi'fpvjnfaole l'obligea lui 
„ interdire. 

ART. XX VIL 

Ififwuaifom contre les PAfïeurs dcffavouees 

„ T 'Eglife de la Haye a fait par înftruftioa 
3, ■--'deux demandes à la Compagnie au fujet 
„ des Ecrits du Sr. Maty. i. Elle prie cette 
„ AfTemblée de vouloir bien faire paroitre que 
„ le dernier Synode, en ne relevant point ce 
„ que le Sr.. Maty avance dans fon Apologie 
^, touchant les quatre Pafteurs de la Haye, n'a 
j, point préîendu confacrer par fon IVlence les im- 

» pu-! 



des Symdes de Campm & de U Haye. 9 

l„ putatîons du dit Auteur, lequel dans fa prc- 
i, tendue Proteftation tâche de perfuader au 
„ Public que cet Article de la fuldite Apo- 
,, loçie a été tacitement approuvé par cela mc- 
,, me qu'on ne le voit pas condanné d'une 
,, manière formelle. 2. Elle a fait remarquer 
„ que les infinuations réitérées en divers en^ 
„ droits de fes Ecrits (favoir qu'ayant con- 
„ fuite plulieurs Théologiens à fa portée, il 
„ les avoit trouver , ou en tout, ou en par- 
„ tie, Approbateurs de fes fentimens) ri'al- 
„ loient pas à moins qu'à répandre àts foup- 
,, çons auffi odieux que vagues fur tout le 
,, Corps Eccléliaftique du Synode Wallon. 
,, C'eft ce qui 3 engagé la diîe Eglife à prier 
,, cette AlTemblée de fommer cet Auteur de 
„ déclarer par nom, ceux dont-il a voulu par- 
,, 1er, à moins que de vonU.ir être cenfc a- 
„ voir parlé contre la vérité. La Compagnie 
,, a trouvé ces deux demandes |uiies, & el- 
,, les ont été accordées l'une & l'autre avec 
„ cette pluralité, de. fuftrages qui tient de l'una- 
,, nimité. 

ART. XXVIIL 

ïtlr. vrefcarode déchargé â"* une Calomnie. 

„ T 'Eglife de Rotterdam a de même par în- 
„ -"^nrutSlion porté, fes plaintes dans le fefn 
„ de cette AlTemblée, fur une Accufation in- 
„ tentée par le Sr. Maty dans fa prétendue 
,, Frotelbtion contre la perfonne de N. T. H. 
F. Mr. Frefcarode l'un de its Pafteurs & 
A S „ Se. 



tô Nuïïitez des Procédures 

„ Secreraîre de cette Compagnie. Ces plaîn- 
„ tes font fondées fur Timputaiion faite à ce 
„ Pafteur d'avoir gêné la liberté du Synode de 
„ Campen par la manière dont il y parla lors- 
„ que l'afaire du Sr. Maty y fût traitée. Les 
„ Députez de Rotterdam au dernier Synode 
„ ayant été confultez par leur Confiftoire, ont 
5, déclaré que i'espofé du dit Auteur eft entié- 
„ rement infidèle. G'efl: qui a été confirmé 
„ par tous les Membres aduëllement préfens 
,t dans cette Compagnie , qui avoient été dé- 
„ putez à Campen , & qui furent témoins de 
„ ce qui s'y paffa. Sur ces dépofitions qui for* 
„ ment une Démonftration de la plus haute 
„ évidence , rAiTemblée entre dans les raifons 
„ de plainte de l'Eglife de Rotterdam , & tout 
„ d'une voix lui accorde fa demande qui con- 
5, fifte à ce que la Com.pagnie déclare que le 
„ fait avancé contre le Sr.Frefcarode parleSr. 
„ Maty eft une calomnie. 

ART. XXIX. 

Les Approlatiotis des Synodes regardent la Doâri- 
ne (^ non les termes. 

„ T 'EgUfe de Leyde a demandé aulîî par in- 
„ ^ firudion . que la Compagnie déclarât 
„ que dans l'A.^probition donnée à l'Ouvrage 
„ que N. T. C. F. Mr. de la Chappelle a 
„ compnfé cof)tre la Lettre d'un Théologien à 
„ un Théolugien fur le Myjle're de 'ïrinité ^tWt 
„ n'entend pas que cette Approbation s'étende 
„ jufqu'aus termes & aux expreffions. Cette 

t) de- 



des Synodes de Campen ^ de la Haye, t % 

demande a paru d'autant plus mal fondée, 
que cette Eglifedoitfavoir que les Examens, 
& par cela même les Approbations de ce Sy- 
node , ne portent que fur le fonds même 
des fujets qui font traitez dans les Ouvrages 
de nos Auteurs, & ne font établis, que pour 
obfervér la pureté de la doétrine fur des vé- 
ritez qui iniéreflent la Religion. 

ART. LXIV. 

Notification au Sr. Maty, 

T A Compagnie a réfolu de faire notifier aa 
'^ Sr. Paîil Maty par le MarguillierdePE- 
glife Wallone de la Haye , les réfolutions 
de cette Compagnie qui le regardent. 
En éxecution de ce dernier Article ,1e Mar- 
guillier de l'Eglife Wallonne de la Haye fe 
iranfporta chez moi ,& me mit en main, de la 
part du Synode l'Aéle dont on voit ici la Co- 
pie. 

„ Le Marguillier de l'Eglife Wallone de la 
„ Haye fe tranfrortera par ordre du Synode à 
,, la maifon du Sr. Paul Maty & lui notifiera 
„ au nom & de la part de la vénérable Aflfem- 
„ b'.ce que par l'Article XXVI. du préfent 
,, Synode, le dit Sr. Matyelt déclaré déchu de 
,, fes droits au St. Miniflére , incapable d'édi- 
„ fier r^gliie de Dieu , & fufpendu de la Ste. 
„ Cène, jufqu'à que par une rétrattatîon for- 
,, melle de fes feniimens, il ait condamné lui- 
,, incme l'Erreur qu'il perfide à foûtenir. " 
„ Le dit Marguillier notifiera de plus au fns- 

„ nom- 



%£ Nuîîiiez des Procédures 

„ nommé Sr. Paul Maty que , félon l'Article 
„ XXVII. des mêmes Réfolutions, cette Af- 
„ fcmblce le fomme de déclarer par nom ceux 
„ dont il a voulu parler en infinuant qu'ils ont 
„ approuve en tout ou en partie la Dbdrine 
„ contenue dans la Lettre â''un Théologien àun 
,, Théologten fur le Myftc're àe la Trinité, à moins 
„ que de vouloir être cenfé avoir parlé contre 
„ la vérité. Copie du préfent Aâe fera laiffée 
„ dans la maifon du Sr. Paul Maty. A la Haye. 
„ Le II. de Septembre 1730. 

„ Etoit figné. 

„ Huet, Modérateur. 

„ trefcarodf^ Secrétaire. 

De tout ce qui a été arrêté fur mon comp- 
te dans le Synode de la Uuye, c'eft ici la feule 
chofe qu'il a trouvé bon de me notifier Je n'ai 
eu aucune connoilTance dç tous les Articles 
dont j'ai donne ci defTus la Copie, que quatre 
mois après la tenue de ceSynode,quoique bien 
long- tcms anpi:ravant ces mêmes Articles a- 
yent palTé par les mains de plufieurs Perfonnes 
qui n'ctoit pas Membres de ce Synode, & qu'ils 
âyeni mêm^ été lus en Angleterre longtems a- 
vant que j'aye pu en avoir aucune communica- 
tion. Je lailfe au Public à faire fes Réflexions 
là-deflTus. 

J'ai prouvé dans ma Protejlation^ que le Sy- 
node de Canipen avoit été par rapport à moi 
un Juge inconipétent , & un Juge très injufle 
en pluiieurs chefs. On peut faire les mêmes 
reproches au Synode de la Haye. Et comme ce 
dernier a entrepris de juftiâer la conduite du 

pré- 



ds s Synodes de Cafnpen ^ de îà Haye] ij 

premier , j'ai à montrer que toutes les raifons 
qu'il a oppofées à mes imputations prouvée^ 
font dellituées de fondement , & que j'ai, par 
conféquent , les plus juftes raifons du monde 
de protefter de nullité contre l'une & l'autre 
Aflemblée. 

/ Incompétence des deux Synodes. 

Commençons par V Incompétence. J'ai repré- 
fenté qu'ayant déclaré que je quittois la 
H'jllaude ^vzm qu'aucune Aiï^^mbléeEccléfiaftî- 
que eût fait quelque Procédure contre moi, cet- 
te Déclaration me faifoit ceffer d'ctre Membre 
de l'Eglife Wallonne du dit Païs, & me met- 
toit, tpfo faâç , hors de la Jurisdiétion du Sy- 
node, dont l'infpedion ne s'étend que fur cet- 
te Eglife, & fur ceux qui en font aduëllement 
Membres. J'ai conclu de cette Preuve, que le 
Synode de Campe» n'avoit eu aucun droit de 
me cittr , & encore moins de me condanner. 
La même Conclulion s'étend fur le Synode 
de la Haye. 

Ce dernier m'oppofe deux raifons, qu'il croît 
fuffifantes pour invalider ma Preuve, & qui fé- 
lon moi, ne font rien dû tout au but. Le Pu- 
blic en jugera. La Compagnie , dit le Synoie, 
Je croit pleinement en droit du fuger de cette afai- 
re , parce qu'ail par oit ; I . Que le Sr. Maty 'a a 
allégué le dejjeia de quitter lu Hollande que pour' 
fe f us traire à forz Juge naturel , ^ pour éviter 
la cenjure qu'il a encourue ,• l- Sr. Maty ayant 
fait fa Déclaratiin aès le 9. Oàljlf. lyig. ^ 
étant encore aéîuellement drinictUé à la Hiye. 

2. F»r 



^4 Nullitez des Procédures 

a. Par ce que le Sr. M*ty eji comptable à ce Sy- 
node , ^ de fes Çenùmens , ^ àes adions qu^il 
peut avoir faites durant le tems qtCil était encO' 
re Membre de ce Corps , $if qu^il a été te" 
nu par fes engager/iens à en foâtenir la Doc* 
trine 

Pour convaincre tout le moude que la pré- 
mîére de ces deux raifons eft nulle, fervons nous 
de cette Comparaifon. Un Serviteur s'eft en- 
gagé chez un Maître , que, félon les loix du 
PaVs, il a la liberté de quitter au moment qu*il 
lui plait. Après quelques années de fervice, il 
voit que ce Maître a accoûtunié de maltraiter 
fes autres Domeftiques , fans aucun jufte fu- 
jet. Pour prévenir un fort femblable, qu'il ap- 
préhende avec raifon, il déclare à fon Maître 
qu*il ne veut plus demeurer chez lui. Celui-ci 
veut favoir le motif de cette démarche. Le Ser- 
viteur le lui expofe naturellement. Sur cela 
le Maître , prenant cette Déclaration de fon 
Serviteur comme une Offenfe , lui fait fubîr 
un traitement plus indigne qu'à aucun des au- 
tres. Le Serviteur foûtient inutilement que le 
Maître n'a plus ce droit- là , & qu'il n'eft plus 
fon Maître, dépuis que le Serviteur lui a fait 
une telle Déclaration. Le Maître prétend qu'- 
elle eft nulle parce que le Serviteur n'a allégué 
le defîein de le quitter que pour ne plus dépen- 
dre de lui, & pour n'être plus obligé à lui ré- 
pondre de fa Conduite. 

- Mon cas eft tout pareil. T'ai été Membre 
d'une Ee;lire qui éroit f)us la jurisdidion da 
Synode W.illon. Mais j'étois libre comme le 
font toa» les autres Membres de la même E- 

glife. 



des Synodes de Campen ^ de la Hayi. t f 

glife. Il dépendoit de moi de cefTer de l'être, 
quand je le trouverois à propos. On ne fauroit 
me contefter un droit que l'on n'a jamais con- 
tefté à Perfonne. Il n'y a aucune Loi qui gè- 
ne ma liberté en ce point. Ma volonté fufit 
pour me détacher de cette Eglife , & du mo- 
ment que j'ai faitparoître que j'ai cette volon- 
té, j'en fuis cenfé détaché ,foit que je demeu- 
re dans le Païs foit que j'aille dans un autre. 
Gomme il n'y a aucune obligation qui m'en- 
gage à rendre compte des motifs qui me font 
agir,ces motifs quels qu'ils foient,ne Hiuroient me 
faire perdre mon droit. Le Synode aufll bien 
que le Confirtoire de la Haye ont fort biea 
compris , que j'avois fait la Déclaration dont 
il s'agit dans la vue de notifier que je n'ctois 
plus Membre de leur Eglife, ni par conféquent 
fous leur dépendance. Ainli dès le moment 
de cette Déclaration , ils n'ont pa« plus d'au- 
torité fur ma perlonne que le Maître dont je 
viens de faire mention , n'en a fur fon Servi- 
teur qui lui a déclaré qu'il quittoit fon fer- 
vice. 

J'ai expofé dans mon Apologie les motifs qui 
m'ont déterminé à prendre le parti que j'ai 
pris. Je m'allure que les plus févéres Critiques 
n'y trouveront rien que de légitime, auffi bien 
que de naturel. J'ai eu pour but de travailler 
à ma propre confervation , & d'épargner à une 
AfTemblée un crime que je la voyois fur le 
point de commettre. Qu'y a-t-il de condam- 
nable dans un tel deifein? La conduite de deux 
Synodes confécutifs n'a que trop jultiri^ mes 
précautions. J'ai prévu une partie de ce qu'ils 

feroient 



i6 Nuïïitez des P'foéîdum 

feroiént ; j'ai vpulu leur en ôter le prétes^te; 
Mais bien loin de s'arrêter, ils ont porté l'inî- 
quitc beaucou{) plus loin que je ne m'y étois 
attendu. 

Ua tour odieux eft quelquefois capable de 
faire porter un jugement dèsavantagieux fur les 
aâions les plus innocentes. Ceux qui ont mi- 
nuté cet Article du Synode ont fû fe préva- 
loir de ce trait de politique. Avoir dejfein de 
fe foustraire à fo-a Juge naturel , C5' ^éviter la. 
çenfure que Vo-a a encourue , c'eft donner l'idée 
d'un coupable qui tache de fe mettre à couvert 
de la punition qu'il fait bien qu'il a mérité , & 
qui, pour en venir à bout , fe foulêve contre 
. une autorité légitime. Voilà qui paroit être 
fort criminel. G'eft toute autre chofe fi l'on 
penfe qu'il s'agit d'un innocent , qui a des in- 
dices certains que ceux qui doivent être fes Ju- 
ges font tous difpofez à le traiter en coupable, 
^ à lui infliger une peine injufte. Que doit 
faire un homme en pareil cas ? Les Réfugiez 
qui ont quitté les Etats de leur premier Souve- 
rain, qui, étoit autrefois leur Juge nature}^ n*ont 
qu'à répondre à cette queftion & pour eux & 
pour moi. L«/!i6(?rétoit-il fort condannable pour 
n'être pas allé à Ror/ie où le Pape l'avoit cité. 
Lui imputera-t-on d'avoir voulu fe foustraire à 
fon Juge naturel , pour éviter la cenfure qu^il 
avait encou.ruë ? 

Le defTein defe foustraire à fon Juge naturel 
eft un deiTein blâmable dans un homme qui , 
demeu.f-ant Membre d'une Société, refufe At^^t 
foûmettre à ceux qui en font les Supérieurs, 
ïyiais 11 une certaine Société a à fa tête un Ja-, 



-1 -.- 



des SyHùdes de Campcn (^ de la Haye, i J 

ge inique , celuî qui la quittera pour n'être plus 
fournis au pouvoir d'un pareil Juge , contre 
quel devoir pèche- t-il ? 11 ne fe foûlcve point 
contre fon Juge naturel : Mais il fait en forte, 
en n'emplojant que des moyens légitimes, que 
celui quiétoit fon Juge naturel, n'a plus cette 
qualité par rapport à lui. 

Outre les autres Imputations qui tendent à 
me noircir , on veut rendre ma lincéritc fus- 
pe£le. L'Article Synodal femble infinuër que 
le deiïein de quitter la Hollande n'étoit qu'une 
feinte, & un artifice. S'il faut s'en tenir à leur 
jugement charitable , je n'avois pas dans l'ef- 
prit d'exécuter ce defTein , puisque dépuis ma 
Déclaration il s'eft pafle plufieurs mois avant 
que je fois parti , & que dans le îems que le 
Synode de la Haye étoit aflemblé , j'étois ac- 
tuëllemeKt domicilié h la Haye. La Preuve efi 
décinve, il faut l'avouer. Serois-je le premier, 
qui, fur le point d'entreprendre un voyage, l'au- 
rois différé à csufe de divers incident ? J'étois 
domicilié z la Haye comme tout Voyageur efl: 
drmtcilié dans un lieu qu'il ell; prêt à quitter. 
J'y occupois un maifoa : mais ma famille qui 
demeuroit en Hollande n'enavon- elle pas be- 
foin d'une, & où aurois-je pu me loger ailleurs, 
en attendant mon départ? Les Auteurs de cet 
Article ont bien eu leurs raifons en fe fervant 
o'an terme auffi équivoque que celui de domi- 
cilié Ved dans cette occafion. Cen'eft pas auffi 
par un pur éfet du hazard , que quand ils ont 
inféré dans l'Article XXIV. ma Réponfe à la 
Citation du Synode, ils en ont rapporté mot à 
not tout le contenu , à la réferve de ce feul 
B Ani- 



j8 Nalîifei des Procédures 

Article dont ils ont trouvé à propos de ne fai- 
re aucune mention, que favois aâuèllement un 
logement arrêté en Angleterre. Si l'on n'eût 
pas fupprimé cette circonftance, elle auroit pu 
fervir à expliquer en quel fens 'fétois aSluël- 
hment domicilie' à la Haye pendant la tenue 
du Synode. On auroit pu dire avec plus de 
vérité que j'étois aduèllement domicilie' en An- 
gleterre. Mais ceci ne mérite pas de s'y ar- 
rêter davantage. 

La première raifon du Synode eft donc nul- 
le. La féconde n'a pas davantage de confiften- 
ce. Elle porte que je fuis comptable au Synode^ 
05* de mes fentimens , C5* des aéiions que je puis 
avoir faites durant le tems que j^ai été Membre 
de ce Corps , ^ que fai été tenu par mes enga~ 
gemens à en foûtenir la Doétrine. Voilà un 
point de Jurisprudence Eccléfiaftique que j'a- 
vois ignoré jufqu'à préfent. Si cette régie eft 
établie , tout homme qui a relevé une fois en 
fa vie de quelque Confiftoire ou de quelque 
Synode, ou de quelque autre Tribunal Ecclé- 
fiaftique , eft fujet à ce même Tribunal pen- 
dant toute fa vie. S'il a été fucceflivement fu- 
jet à plufieurs Gonliftoires ou à plufîeurs Sy- 
nodes diffcrens, il n'y a pas un de ces Corps, 
qui n'ait droit, toutes les fois qu'il le trouvera 
à propos, de l'obliger à comparoître devant lui, 
& de lui faire rendre compte des fentimens 
qu'il peut avoir eus , ou des aâions qu'il peut 
avoir faites, durant le tems qu'il étoit Membre 
de l'EgUfe qui étoit du reftort de ce Corps 
Eccléfiaftique. 

Il feroit facile de démontrer la fawfTeté de 

cette 



des Syf^odes de Campen (^ de IdHaye] 19 

cette prétention du Synode, par l'abfurdité des 
conféquences qui en naîtroient , fi elle dtoit 
admife. Mais ce que je trouve de fingulîer, 
c'eft que le Synode qui l'allègue , ne l'appuyé 
que fur fa propre décilion. II s'attribue une 
certaine autorité à laquelle il prétend quejeme 
doive Ibûmettre. Il faut croire qu'il a cette au- 
torité, puisque cette Compagnie qui eft la Partie 
întéreirée, le foûtient & l'affirme. S'il y a u- 
ne Loi qui fonde cette prétention , dans quel 
Livre de Difcipline fe trouve-t-elle écrite? Que 
l'on cite au moins des exemples qui montrent 
que cette Loi eft en ufage. Mais comme , a* 
vaut moi, on n'en fauroit produire aucun , le 
mien fera à l'avenir le feul ou le premier que 
l'on citera , fi l'on fe trouve dans la m^me cir- 
conftance. 

J'avoue , en un fens , que tout homme eft 
comptable à chaque Particulier du tort qu'il peut 
lui avoir fait: c'eft àdire, ce Particulier adroit 
de s'en plaindre , & d'en demander réparation 
à celui dont il a été Iczé. A fon refus, il peut 
pourfuivre fa Partie devant les Juges de qui 
elle dépend. Mais il ne s'enfuit pas de là que 
ce Particulier foit Juge de fa Partie. 11 n'a 
pas droit de la citer par devant lui-même; il n'a 
pas droit de la condanner , 6i de prononcer fa 
fentence. Or tout Juge dans une Société Ec- 
cléfialHque ou Civile , n'eft qu'un Particulier 
par rapport à toute perfonne qui n'eft pas ac- 
tuellement Membre de cette Société ; il n'a 
droit d'agir à fon égard que comme pourroit 
faire un fimple Particulier. Voilà le cas da. 
Synode Wallon par rapport à moi. Je lui dois. 
B 2 le 



Id Nuîlitez des Procédures 

le même refped que je dois aux ConduâeurS 
de toutes les Societez Eccléfiaftiques qui font, 
profeffion de la Religion Réformée. Mais il 
n'a pas plus d'autorité fur moi que n'en ont 
tous ces autres Conduéleurs, & je ne fuis pas 
obligé à déférer davantage à fa Citation qu'à 
la leur. 

J'ajouterai par fur croît que quand on palïè- 
roit au Synode cette prétention, dont je viens 
de montrer la nullité , elle ne lui ferviroit de 
rien dans cette rencontre. Elle ne fauroit jus- 
tifier , ni la Citation du Synode de Campen ^ ni 
la Citation du Synode de la Haye^ qui. n'a fait 
que pourfuivre la Citation de celui de Campen. 
Celui-ci ne m'a cité que fur mon Apologie^ c'eft- 
à-dire fur un Livre que je n'ai compofé que 
dépuis ma fépàfation de ce Synode, je ne dé- 
pendois plus de lui , lorsque je travaillai à la 
compofition de ce Livre. Ainlî , à raifonner mê- 
me fuivant les principes dece Synodejen'étois 
plus comptable d'une telle aélion à cette Com- 
pagnie,& cette Compagnie n'a aucun droit de ige 
citer pour cefujet là. Sa Citation eft donc nulle 
de droit ; celle du Synode de la Haye l'eft: pareille- 
mentjpuisque ce n'efl: que la même Citation re- 
nouvellée. J'ai donc eu droit de ne déférer ni à 
l'une ni à l'autre , & tout ce qui a été arrêté 
dans le dernier Synode en conféquence du re- 
fus que j'ai fait de m'y foumettre,doit auflî être 
cenfé nul. Voilà qui me paroit être démon- 
tré. J'ignore du moins ce qile l'on pourroit 
y répondre. 

Au refte, les raifons qui prouvent Vlncompé- 
tence de mes prétendus Juges, fervent aulïï à é- 

clàir- 



<fe/ Synodes de Campen Ç<f de h Haye, z i 

ckircir & à juflifier la conduite de ma femme 
à l'égard d'un fait, que j'aurois crû devoir être 
paffé fous filence , fi le Synode n*eût été d'a- 
vis contraire , en l'inférant dans fes Articles. 
Voici de quoi il efl: queftion. Après m'étre 
détaché de l'Egîife Wallone des Provinces U- 
nies , par la Déclaration dont il a été fi fouvent 
parlé, je crus qu'après un pareil Afte, le Con- 
lîftoire de hliayej ni le Synode Wallon, n'a- 
voit pas plus d'autorité fur moi que le Pape de 
Rome. Dans cette perfuafion , j'avertis tous 
ceux de la maifon où j'étois , que je ne vou- 
lois pas que l'on reçût pour moi aucan melTa- 
ge , ni aucun Ade venant de la part du dit 
Confifti ie. Cette Compagnie n'ayant pas laifle 
de me députer fonMarguillier pour me figni- 
fier la Citation du Synode, ma femme pour fe 
conformer à mes intentions , ne voulut point 
lui permettre de me parler , & refufa de rece- 
voir l'Aéte dont (on Confifloire l'avoit charge, 
en lui difant que je ne reconnoiflois plus la Ju- 
risdidion de ce Corps. Lui, nonobftant le re- 
fus de ma femme , pofa cet A de dans la mai- 
fon malgré elle. Ma femme qui ne vouloit 
pas que cet Ade y demeurât , ne le jetta pas, 
comme porte l'Article du Synode, mais le po- 
fa hors de la maifon , & cela fans aucun em- 
portement , comme l'Article paroît l'inlinucr. 
Je n'ai rien fù de cette Avanture que bien long- 
tems après. Il n'y a rien dans tout ce procé- 
dé de ma femme dont on puifTe la blâmer a- 
vec jufticej elle n'a fait quefuivre mes ordres» 
On ne fauroit non plus me faire un crime de 
ks lui avoir donnez , & de n'avoir pas voulu 
B 3 rece- 



zz ■ l^ullitez des Procédures 

'» 

recevoir un A£le de la part d'une Compagnie 
dont je ne dépendois plus. Je ne voulois pas 
que l'on crût par cette dénnarche , que je re- 
connoiflbis fa jurisdidion. Si je n'ai pas eu la 
même conduite à l'égard du Synode de la Ha- 
ye ^ qui n'avoiî pas plus d'autorité ,fur moi que 
ce Conlifloire, j'ai eu mes raifonspour cela. 

Voyons lî le Synode de la Haye réuffit mieux 
à jultiâer Ve'quité du jugement de celui de Catn- 
pefî, qu'à prouver la C6/»/'//<?Kfef des J âges. 

L Pre'cipitaiioit. 

J'Ai fait voir 'd'abord que cette Compagnie a- 
voit formé fon Jugement avec beaucoup àz 
précipitation , puisque contre des Réglemens 
formels , & contre Pufage contlant, elle avoîc 
donné fon fuffrage à l'égard d'un fujet fi im- 
portant, fans avoir confulté les Eglifes- 

Le Synode de la Haye répond qu'// n'y a 
point eu âe précipitation dans le 'Jitgement pro- 
noncé par le Synode de Car^pen contre la Lettre 
d'un Théologien &c. Paisqu'Hn Synode fiégecni 
eft dans l'obligation de rejetter fans conjulter les 
Eglifes abjentes , une erreur déjà condannée par 
Ttos ConfeJJions de foi. 

Si les Synodes ne fe trompent jamais dans 
leurs Décilions , on ne peut pas dire qu'ils ne 
les appuyent jamais fur des raifonnemens peu 
jurtes. Celui-ci en eft une preuve. 1. On y 
voit d'abord une Pétition de Principe toute manî- 
fefte. Le Synode fonde fon droit de juger, 
fans confulter aucune Eglise , fur la fuppofi- 
îion que !a Do6liine qu'il condanne eft une 

erreur, 



des Synodes de Campen ^ de la Haye* i| 

erreur, & une erreur déjà condannée par nos Con- 
férions de foi. Ce font deux fuppofitions qu'on 
lui nie, & qu'il avance fans preuve. Ce font deux 
fuppofitions dont j'ai prouvé la faufleté,&nile 
Synode ni perfonne n'a détruit les preuves que 
j'ai alléguées. 

II. Cette Pétition </^Pr/«f//?? engage le Synode 
dans un Cercle de raifonnement,qui refïèmble fort 
à celui que nous reprochons à VE^Wiéàe Roine. 
Enéfer toute perfonne qui goûtera cette raifon 
du Synode , doit raifcnnerà peu près de la ma- 
nière fuivante. i. Le Synode a eu droit de re- 
jettcr la DoSlrine contenue dam la Lettre d'un 
Théologien comme une erreur , déjà condannée 
far nos CunfeJJions^parce que le fait eji tel que le 
Synode le décide. 2, Or chacun doit croire ce fait 
parce que le Synode Va décidé. La première Pro- 
pofition efl: manifeftement la baie du raifon- 
nement du Synode. La féconde eftla Conclu- 
lion qu'il veut que chacun tire de fon Jugement. 
Ce n'efl point un Jugement de fimples Particu- 
liers , qui propofent leurs avis , fans impofer 
aux autres la Loi d'y conformer le leur. Si la 
Décifion du Synode ne devoit être envifagée 
que de cette manière , l'obligation que cette 
Compagnie nous fait regarder comme étant 
particulière à tout Synode Jiégeant^ feroit com- 
mune à tout fimple particulier. Y a- 1- il quel- 
qu'un dans le monde , qui ne foit engagé à 
rejetter , fans confulter ni Pafteur , ni Eglife, 
ni Synode, ni qui que ce foit, une erreur con- 
traire, ou même conforme à nos Confefîîons 
de foi, auflî tôt qu'il eft convaincu que c'ea 
eft une ? Quelle prérogative a donc un Synode 
B 4 par 



^4 NulUtez des Procédures 

par deflus un fimple Particulier? C'eft que les 
autres Particuliers ne font pas obligez de défé- 
rer au jugement de ce dernier, fi ce n'eft quand 
après l'avoir examiné , ils le trouvent confor- 
me à la vérité. Mais quand un Synode juge, 
c'eft un Jugement fur lequel toutes les Eglifes 
doivent régler le leur. En éret , quelle feroit 
î'Eglife alfès hardie pour çîre en cela d'un avis 
différent de c^lui du Synode ? Quelle feroit 
I'Eglife qui oferoit fe déclarer en faveur d'nn 
fentiment qui eft une erreur , ^ une erreur dé- 
jà condannée par nos Confejfions de foi ^ & pour 
demander la Révocation û'un Article qui cou- 
danne une telle Do£trine ? Au lieu de mettre 
fimplement en délibération s'il fautadiiiettre ou 
îejetter une Demande de cette nature , on ne 
devroit Tenvifager que comme une convidioii 
înanîfefte à'Héréfïe , & I'Eglife qui oferoit la 
propofer ne devroit attendre que Vexcommunt- 
caùon pour toute Réponfe, comme c'eft la feu- 
le que le Synode a crû devoir faire à celui qui 
le premier a propofé ce fentiment à toutes les 
Eglifes , auffi bien qu'à tous les Théologiens, 
pour leur en demander leurs avis. Or tout ce- 
la fuppofe que le Synode prétend qu'il n'eft 
permis à aucun Particulier, ni à aucune Egll- 
ie d'être , fur ce Chapitre , d'un avis diiTérent 
du ficn. 

llU.Si cette raifeji , alléguée par le Synode 
l'auldrize à rejetter cette Doârine fans conful- 
îer les Eglifes , pourquoi ne pourroit-elle pas 
l'avoir autoriié à rejetter cette même Doâri- 
Eie , fans confulter aucun des Membres prc- 
fens au Synode T Les Députez des Egljfes oij;- 
'-"■". ■ - ' ' ' ils 



dei Synodes de Campen £î? de U Haye. 25 

ils de plus grands droits que les Egli'fes qui les 
ont députez ? Donc fi le Synode raifonne 
çonféquenoment , lePréfident de cette Aflem- 
i)lce auroit été autorise à décider de Ton chef 
fur cette matière , h à prononcer fa propre 
Décifion au nom de tout le Corps , fans re- 
cueillir les voix , & fans confulter les autres 
Membres. La Décifion faite de cette manière 
devroit être cenfée valable. On peut juger du 
Principe par les Conféquences. 

IV. Cette raifon ne fauroit jurtifier le Syno- 
de de Campen, ni celui de la Haya , fans jus- 
tifier le Concile d^Trenîe. Pourquoi reproche- 
t-on à ce dernier la précipitation avec laquelle 
il condanna la Dodtrine de nos Ancêtres, fans 
leur donner le tems ni le noyen de fe défen- 
dre ? 11 n'avoit qu'à alléguer pour juftifier 
fon procédé, & il ne manquoit pas de le faire, 
que tout Concile Oecuménique a droit de re- 
jetter, fans entrer dans aucune difpute, une er- 
reur contraire aux Tradiùens de l'Eglife. Car 
perfonne ne peut ignorer que nos Confejfions de 
foi ne loient une Tradition. Et l'on remarque- 
ra fans peine qu'un pareil raifonnement eft prc- 
cifément le même que celui du Synode de la 
Haye. 

V, Je voudrois bien favoir ce que font ici 
nos ConfeJJIons de foi. Seroit-on moins autori- 
2é à rejetter une erreur qui n'y feroit pas con- 
traire, qu'une qui le feroit ? Et fi c'ctoît une 
vérité, faudroit- il la rejetter, parce qu'elle fe 
îrouveroit oppofée aux mêmes Confelîîons ? 
Voici fans doute , ce que le Synode a voulu 
dire. Quand une Doftrine propofce à l'Eglife 

B 5" eft 



2,(5" Nullitez des Procédures 

eft contredite en quelques-uns de fes points 
par nos Confeffions de foi, fans autre examen, 
& fans autre confultation, on elt en droit de 
la rejetter fur le pie d'une Erreur, ou même 
d'une Héréfie. Ce n'eft pas feulement par les 
termes de l'Article mentionné ci-defliis que je 
juge que la penfée du Synode a été celle que je 
viens de marquer. Je me fonde fur cequepref- 
que tous ceux qui ont difputé contre mes fen- 
timens ont prétendu me fermer la bouche en 
m'ai léguant nos ConfeJJions de foi. Et il eft de 
notoriété publique, que c'eft là le grand Ar- 
gument que l'on a fait, & que l'on fait encore 
valoir pour juftifier dans le monde la conduite 
que les Palleurs & le Synode ont tencèparrap- 
port à moi. 

Or je foûtiens ,& je l'ai déjà marqué à l'en- 
trée de mon Apologie ^ que c'eft là fe départir 
des Principes fur quoi s'appuye la Religion Chri' 
îien-ne en général , & la Religion Réformée en 
particulier. Quoi, je propofe une Dodlrine 
que je prctens établir fur l'autorité de l'Ecritu- 
re Sainte. Je me fais fort de convaincre d'er- 
reur la Doârine qu'on enfeigne dans l'Eglife. 
Je m'engage à faire voir que cette Dodrine eft 
en opposition avec les Livres facrez à l'égard de 
certains points. Sans daigner répondre à mes 
Preuves, fans vouloir feulement les écouter, 
on rejette mes (entimens parce qu'ils font (à ce 
qu'on dit, bi<a que je n'en convienne pas) 
contraires à nos Confeffions de foi. Suppofons 
que cela Toit i! eft queftion d'examiner li nos 
ConfefTions de foi ne s'écartent pas de l'Ecritu- 
re dans la matière qui eft-€H difpute. Au lieu 

que, 



àei Synodes de Campen Çjf de la Haye, zy 

que, feJon nos Principes, cette queftion ne doit 
être décidée que par l'Ecriture, on prétend la 
décider uniquement par nos Confefllons de foi 
même. L'Ecriture devroit régler ces dites Con- 
feflions, & c'e(t elles, au contraire qni régle- 
ront l'Ecriture, c'eft elles qui décideront du 
fens qu'il faudra donner à fes PalTages. Que 
tout le monde juge, fi ce n'eft pas faire de ces 
Confeffions la Règle de nôtre joi ^ & le Juge 
de nos Contro-verfes ^ en dégradant l'Ecriture de 
cette qualité. Que tout le monde juge , fi ce 
n'eft pas là autorifer la conduite quelesPrt)'?«f 
& les jH'fs ont tenues autrefois , & que les 
Catholiques Romains ont tenue dépuis eux par 
rapport à nôtre croyance, quand ils ont refufé 
de l'admettre, fous ombre qu'elle ne s'accor- 
doit pas avec leurs opinions établies de Père en 
Fils par une longue fuite d'années. 

II eft auffi d'une évidence notoire, que nos 
Confelîîons de foi même s'oppofent à cet ufa- 
ge que l'on prétend en faire. Je l'ai fait voira 
l'entrée de mon Jpoiogtc^ en ciîant un Article 
de la CoMfeJJïûn de foi Belgique qui eft formel fur 
ce point, & tontes les autres Confefîionsde foi 
des Eglifes Réformées font unanimes à cet c- 



gard 



J'ajouterai que les Auteurs de ces Formulai- 
res, n'ont point prétendu donner une Régie de 
foi à laquelle chacun fût obligé de foufcrire. 
Moins encore ont-ils eu dans l'efprit de les éri- 
ger en Monumens perpétuels, auxquels il ne 
fût plus permis de rien changer. Ils n'ont vou- 
lu donner qu'un fimple expofé de leur croyan- 
ce, eu laiffant à chacun la liberté d'y faire tel- 
les 



±S Nuîîitez des Procédures 

les Objeâions qu'il trouveroit à propos. Us fe 
font même engagez à recevoir avec reconnois- 
fasce celles qui leur paroîtroient bien fondées, 
& à corriger dans leurs Confeffions de foi les 
erreurs dont- on pourroit les convaincre par le 
îcmoignage de l'Ecriture. 

Je puis prouver ce que j'avance par trois Dé- 
clarations autentiques , par où les Auteurs des | 
dites Confeflîons de foi ont fait paroître quelles 1 
étoient leurs vues & leurs difpolitions. (*) Je 1 
trouve l'une de ces Déclarations dans la Con- 
fejfion de foi Helvétique qui fut faite l'année if^'ô, 
A la fin de la Préface tout le Corps des Egli- 
fes Sui(fes au nom de qui cette Confelîlon a été 
îiiife au jour, exprime fes fentimens de cette 
manière. 

Ânte omnia protefta-. Nous proteftons a- 

r/iur nos femper effe pa- vant toutes chofes que ' 

ratijfimoi omnia l^ fin nous ferons toujours 

gula hic à mbis propo- très difpofez à donner 

Jïta^ fi quis requirat ^ à ceux qui le requer-- 

copiofïUs explicare, de- ront une expolitioii 

Kîque ineitora ex Verbo plus ample de chacun 

Dei docenùbus^ non fi- des Articles que nous 

ne graùarum adione ^ avons propofez ici ; & 

ce- d'ac- 

(*) NB. Je les ai prifes d'un Livre Latin , inti- 
tulé , Corpus ^ Syntagma Confejfionum fidei 
&c. C'eft un Recueil des ConfelTlons de foi 
qui ont été publiées par les Eglifes Réfor- 
mées de difFcrens païs. Le Texte Latin eft 
celui du Livre. 



des Synodes de Campen ^J de la Haye^ ï§ 



ceâere ls$ obféqui m Do- 
mim. Pag. 12. 



d'acquîefcer avec des 
remercimens, aux fen- 
timens de ceux qui nous 
enfeigneront par la Pa- 
role, de Dieu quelque 
chofe de meilleur. 



La Confeflîon de foi dont je parle, avoit é- 
té précédée d'une autre plus abrégée faite au nooi 
des mêmes Eglifes Suites l'année isi^- On 
voit à la fin de celle-ci une Déclaration toute 
pareille à la précédente. 



Pojiremo hanc nos- 
tram Confeffionem judi^ 
cio facrte Biblicte Scrip- 
tur<e fubjicimus , eoque 
politcemur , fie x pré die - 
fis Scripturis in méliori- 
bus infi'ttuamur , nos om- 
n't tempore Deo ^ fa~ 
crofando ipfius Verbo^ 
max'ima cumgraùarum 
aéiione obfecuturor ejfe. 
Pag. 97. 



Enfin nous foûmet- 
tons cette Conieffion 
de nôtre foi au juge- 
ment de la Ste. Ecri- 
ture, & C\ l'on nous 
enfeigne par cette E- 
criture quelque chofe 
de meilleur, nous pro- 
mettons de recevoir, 
en tout tems, ces \n- 
(Iruâiions avec de très 
grands remercimens, 
& avec toute la fou- 
miflion qui eft due ï 
Dieu & à fa fainte Pa- 
role. 



Les Eglifes à^EcoJje ont tenu le même langa- 
ge que celles deSuij/è. Voici comment les pre- 
mières fe font expliquées dans la Préface de lear 
Confeflîon de foi, compofée en Tannée if^S. 



p 



Mîitez des Procédures 



Protejîafites' qaod fi 
quis in hâc nojlrâ Con- 
fejjione Arùculum^ vel 
fentenùar/i repagnantem 
fanélo Dei Verba tjota- 
■verit^ nosque ilUusfcrip' 
to admonuerU , promit- 
timus D ci gratta ex Dei 
ore^ ià eft ex faftSis 
fcripturis , 770S ei fatis- 
faéiuroSf aut correHu' 
ras , fi quis quid erroris 
Inefife probaverit. Pag. 
138. 



Si quelqu'un remar- 
que dans cette Con° 
feffion de foi quelque 
Article ou quelque 
Propofition contraire à 
la Parole de Dieu , & 
qu'il nous en avertifTe 
par quelque Ecrit, nous 
promettons , avec l'ai- 
te de Dieu , de lui don- 
ner fatisfadion par la 
fainte Ecriture, ou bien 
de corriger (cette mê- 
me Gonfeffion,) ^\ l'on 
nous prouve qu'elle 
renferme quelque er- 
reur. 



Il n'y a aucun lieu de douter que les Auteurs 
de toutes les autres Confeffions de foi ne les a- 
yent faîtes dans les mêmes intentions, & n'a- 
yent donné de pareilles Déclarations, quand 
les occafions fe font offertes. Voilà qui eft bien 
oppofé au langage & fur tout à la conduite que 
l'on tient à préfent. 

Ou tachera peut-être de concilier ces deux 
chofes en difant; Nous ne prétendons pas non 
plus, que nos Pcres, que nos Confeffions de 
foi foïent la régie de nôtre foi. Nous ne les 
recevons que parce que nous les trouvons d'ac- 
cord avec les Stes Ecritures , & nous fommes 
difpofei auffi bien que nos Pérès , à abandonner 
ces Confeffions, fi l'on nous peut montrer 
qu'elles renferment quelque erreur 4 contraire 

aus 



àes Synodes de Campen ^ de 2a Haye, gi 

aux Stes Ecritures. Mais comme nous fom- 
mes bien perfuadez qu'il n'y en a aucune, & 
que perfonne ne nous y en fauroit montrer au- 
cune, nous fommes fondez à ne prêter aucune 
attention à quelqu'un qui prétendroit nous prou- 
ver que nos Gonfelîions de foi s'écartent de l'E- 
criture en quelques points, parce que nous fa- 
vons qu'il ne fauroit y rcuflïr qu'en ufant de 
vains Sophifmes. 

Si c'cft là ce qu'ont voulu dire les Auteurs 
de nos Gonfeffions de foi, il faut avouer (ce 
qu'à Dieu ne pi ai fe que nous penfions ) qu'ils 
fe font jouez du Public par leurs Déclarations, 
Car quand nous nous engageons à détércr aux 
avis de ceux qui pourront ■ nous convaincre de 
nous être trompez , nous nous engageons à é- 
çouter paifiblement ce que l'on pourra noas di- 
re, & non pas d'impofer filence à quelqu'un, 
dès qu'il commencera à ouvrir la boncne pour 
difputer contre nos fentimens. Ne leroit ce pas 
fe mocquer de quelqu'un que de lui dire; Je 
me rendrai à vos ratjo'is fivoui w\n pouvz don- 
ner de bonnes , qj' je vous aurai obligation de m^a- 
•voir de'fabujé. Mais f empêcherai bien que vous 
ne me diftez un feul mot ^ ou je n'écmterai aucu- 
ne de vos raifons ^ parce que je j'ai par avance que 
•vous ne vfCen pouvez donner que de mauvciifes? 
C'eft pourtant ainfi que l'on raifonne à préfent. 

Comme l'abus que je me fuis propofé de com- 
battre eft le renverfement de la Religion Chré- 
tienne, on ne doit pas trouver mauvais que je 
me fois étendu fur cette matière plus qu'il ne 
paroit convenir à un Ecrit de cette Nature. Je 
re?iens aux procédures du Synode de Car/ipe». 

IL 



?£ 



Nuîîitez des Procédures 



li. Défaut à' Examen. 



T E Défaut d'Examen accompagne néceflaîre- 
"*-'ment la Précipitation. Ces deux Vices ne 
fauroient être l'un fans l'autre. J'ai fait voir 
dans ma Proteflation que le Synode de Campen 
avoit donné dans le fécond de même que dans 
le premier. Je l'ai prouvé par ces trois raifons. 
1 .Qu'il ne paroit pas dans les Articles du Synode, 
que le Livre condanné ait été examiné ni dans 
cette Affemblée ni par ordre de cette AfTemblée, 
ce qui prouve qu'il ne l'a pas été, fans cela, les 
Articles n'auroient pas manqué d'en faire men- 
tion. 2. Que le Synode de Campen n'êtoit pas 
en état de faire un tel Examen puifqu'il n'avoit 
pas toutes les pièces nécefTaires à ce defleiri. 
L'une de ces Pièces étoit le T'raité dans le- 
quel je devois développer les raifons de mon 
fentiment. La féconde étoit ma Rcponfe au 
Livre de Mr. de la Chapelle ma Partie ôc mon 
Accufareur. 3. Que l'Examen particulier que 
quelques-uns des Membres du Synode, ou 
même que tous ces Membres pouvoient avoir 
fait de mon Livre, avant la tenue du ^Syno- 
de ne pouvoît pas pafîèr pour un Examen Sy- 
nodal : de même que dans une Affemblée de 
Juges, on ne compte pour rien le jugement 
que chaque Membre peut avoir formé en fon 
particulier , touchant la Caufe qui doit être 
jugée, avant que la dite Caufe ait été exami- 
née dans l'AfTemblée même, & que les rai- 
fons pour & contre y ayent été bien ôt duè- 
ment pefées. J'ai dit de plus que tout Juge 

qui 



des Synodes de Campen (^ de la Haye, ^ J 

qui fait paroître qu'il a porté fon Jugement 
d'avance, & qu'il s'en tient à ce Jugemenij 
fans vouloir entrer dans un autre examen que 
celui qu'il prétend avoir fait en fon particulier, 
eft recuiabc par cette leule démarche, qui 
le rend incapable de faire dans cette occaficn 
la fondion de Juge, puis que c'elt un Juge 
qui fe déclare par là prévenu, & qui n'eît 
point un Ju^e neutre. Or il faut nécelTaire- 
ment que tou> ceux du Synode de Campen 
qui ont condanné mon Livre fur l'éxameo 
qu'ils ont prétendu en avoir fat tn leur par- 
ticulier, foi^nt dans le cas que jeviins de re» 
préfenter. Bien loin donc qu>:; cttte raifon 
puifTe excufer le défaut d'Examen 6y»udui & 
Juridique , qui eft le feul qui pi'it îondcr la va-^ 
lidité du Jugement de ce Synode, cette rai- 
fon me donne droit de recufer tous les Mem- 
bres de cette Compagnie, & rend leur juge- 
ment abfolument nul. 

Il faut voir ce que le Synode de la Haye 
oppofe à CCS trois raifons. . Cette Condanna" 
Uon ^ dit- il, >}*a poiKté'té faite fans Ex /2men ^puis- 
que cette Lettre qui avott paru députs près d'un 
tf«, ^ la Képbnle que N. T. C. F. àlr. de la 
Chapelle y avoit oppoj/e avoient été lues de prejqus 
tous les Odembres du dit Synode. J'ai ces deux 
chofes à obferver fur cette Réponfe. 

I. Elle ne combat aucune des trois raifons 
que j'ai alléguées pour prouver \t Défaut d^Exa^ 
tnen. Elle confirme le fait que )'av(.)is avan- 
cé dans la première, qui elt que le Livre 
condanné n'a point été examiné ni en Syno- 
de ni par ordre du Synode. Ls fileace des 
G Af.- 



34 l^ullitez des Procédures 

Articles de celui de Campe» m'avoit fourni 
ma Preuve, & l'aveu de celui delà Haye met 
le fait hors de tout doute. 

Elle ne touche rien à ma féconde raîfon. 
Je n'ai pas dit que le Synode de Campen n'a- 
voit pas eu entre fes r[\VL\ns\2i Lettre d!* uni héo- 
logien , & le Livre de Mr. de la Chapelle con- 
tre cette Lettre , & que les Membres de cet- 
te Atremb ée n'avoieni pas pu lire l'un & l'au- 
tre de ces Livres s'ils eulfent voulu. Mais 
j'ai dit & j'ai prouvé que la Leâare de ces 
deux Livres ne fuffifoit pas pour faire un E- 
xamen cxad, & qu'il falloir en attendre d'au- 
tres pour juger avec une entière connoliran" 
ce de caufe. A cela le Synode ne répond pas 
un feul mot. 

Ce que le Synode de la //<jy^ met en avant 
pour montrer que celui de Campen n'a pas 
jugé fans examen, eft une Rcponfe que j'avois 
déjà examinée dans ma Prote/iatioft. J'ai fait 
voir la nullité de cette Réponfe, (<& c'eft ce 
qui compofe !a troifiéme raifon dont je me 
fers pour prouver le défaut d^Exaitie» SynodaL 
Celui de la Haye fe contente d'a'léguer la rai- 
fon que j'ai réfutée, fans toucher à ma réfuta- 
lion. Voila qui s'appelle répondre à ma Pro' 
tejiation, & prouver folidement qu'elle eft 
nulle. 

II. Je trouve dans la Rcponfe du Synode delà 
//'<«)'É'uncndroit,quifeul elt capable de convaincre 
& Tune (3t l'autre Afîemblce d'une iniquité ircs 
criante , & de faire perdre aujugement de l'un 
&de l'autre Synode toute l'autorité qu'il pour- 
roit prccendrc. La Lettre d'un Théologien ^ & 

la 



des Synodes de Campen î^ de la Hiye. y^ 

la Répotife de Mr. de la Chapelle avoient été 
lues de prefqne toas les Membres du Synode 
de Campen. Nous le voDlon'^ croire puifqce 
le Synode de la Haye l'affi-rne. Mais en di- 
iànr prelque tous, il fuppofe 6c il re-onnoit 
mêtne que tous n'avoietjt pa>. lu ces Livres. 
G'étoit. û vou'» voulez un très petit no. i-.bre 
au prix de!» autres; mais enfin c'étoient des 
gens qui faifoient pîriie de cette Alf mblée 
od cette afaire devoit être jugée. Un pe- 
tit nombre, quelque petit qu'il Inir, eit quel- 
que chofc dans une ÀfTimblée auffi peu nom- 
breufe qae l'étoit celle de ce Synode. Cô- 
toient des gens qui devoi>^nt donner leurs voix 
& leurs fuffrages, aalfi b en que les autres. 
Dans cette conjonctuie il y a^'oii un de ces 
trois partis à prendre. Le i. cioit de furfeoir 
le jugement , jufqu'à ce que tous les Juj»es 
fuflent bien inftruits, & qu'ils pûiïent pro- 
noncer leurs avis après un mûr examen & a- 
vec une entière connoiflTance de caufe. Le 
2. étdit de recufer ces Juges non iniïruits, 
comme étant des Juges incompétens. Je les 
obliger à ne point donner leurs voix, & de 
ne poiai compter leurs fuiFrages ; car un Ju 
ge qui n'elî pas inftruit, cft encore moins ca- 
pable d'être Juge qu'un Ju>;e prévenu; quoi- 
que l'un & l'autre foïent recufables. Le 3. 
étoit de permettre également aux uns & aux 
autres d'opiner, & de compter les voix des 
uns & des autres. Le premier de ces trois 
partis étoit fans contredit le plus raîfonnable, 
& le feul qu'il eût fallu Cuivre, puifque c'eft le 
feul qui ne renferme aucun des jnconvéniens 
C ?- des 



35 NnUitez des Procédures 

des deux autres partis. Ne le pas fuîvre, c'étoît 
fe rendre coupable d'unepr/(r//'/?fl^«o»inexcBfaWe 
& qui ne pouvoir être attribuée qu'à un princi- 
pe très mauvais. Car qu'eft»ce que précipiter 
fojj jugemem ^ Çi ce n'eft juger avant que d'avoir 
pris toutes les précautions que la raifon prefcrir, 
& que l'ufage autorife, pour faire un jugement 
équitable? Or n'elVce pas une précaution éga- 
lement aarorii'ee & par la raifon & par l'ufage, 
que de faire en forte que tous ceux qui doivent 
juger d'un fujet le puilfent connoître à fond? 
Le fécond parti, quoique défedueux, auroit 
encore été foutenable à quelques égards. Si 
l'on vouioit abfolument juger fans délai, il 
falloît au moins faire en forte qu'il n'y eût que 
ceux quiétoient inftruits de l'afaire , qui avoient 
lu & examiné foigneufement les deux Livres, 
qui en donnailent leur Jugement. Ceux qui ne 
les avoient pas lus dévoient s'abftenir de juger, 
ne pouvant juger fans une témérité & une in- 
jufiice toute fenfible. Mais en prenant ce fé- 
cond parti, on dépouilloit de la qualité de Ju- 
ges des gens qui avoient autant de droit de l'ê- 
tre que les autres , & à qui il n'étoit pas même 
permis de renoncer à cette qualité. Le troifié- 
me parti étoit le pire de tous. C'cfl; pourtant 
celui que le Synode de Campen a pris. Pref- 
que tous avoient lû les deux Livres : maïs tous 
ont condanné le mien aufll bien ceux qui ne 
l'avoient pas lû que les autres. L'Article du 
dit Synode fait foi que la condannation a été 
unanime ; tous ceux qui compofjtent cette AJfem- 
blée (c'eft-à-dire tant ceux qui connoiflfoient le 
Syftéme en queftion queceuxquinele connoif- 

foient 



des Synodes de Campen (^ de la Haye'. 57 

ibient pas ) fe font montrez tous également ap- 
pofez À ce Syftême^ & c'eft ce concours unani- 
me de lentimcnsqui a caufé à cette Compagnie 
nxntjoye qu'elle n'a pu i'emp-'chcr de fa re pa- 
roître. Je ne fai Ç\ tont lenjondetrouverav^u'u- 
ne pareille unanimité foit quelque choe û'aufn 
édifiant qu'il a paru à cette Compat;nie, & fi 
elle peut lui faire b:aucoup d'honreur. Mais 
je demanderois volontiers qui font les Juscon- 
dannahles, ou ceux qui ont ccndanné un Li- 
vre qu'ils c'avoient pas lu, 01 dont ils n'e'toieot 
pas en état de juger fan'» penfer au tort irrépa- 
rable qu'ils s'expofoient à faire, non feulement 
à un Particulier, n.ais à toute l'Ej^life, par un 
jugement qui étant téméraire pouvoir très aife- 
ment être injufte; ou les auircs Membres da 
Synode de Campen qui ont approuvé, qui ont 
autorifé une pareille ir.juft'ce, qui ont même 
forcé en quelque façon les autres à la com- 
mettre, en préciptant le jugem.eiit du Synode, 
fans donner à leurs Collègues !e tems de s'in- 
ftruire; ou le Synode de la/Z^v^i qui défend 
le procédé de celui de Campen^ & qui vraijTem- 
blablement en a eu un tout pareil. Car il ne 
paroit pas dans les Articles de celui de la Ha^e 
que le Livre condanné y ait été examiné ea 
Synode ou par ordre du Synode, non plus qu'à 
Campen. Et qui fait (i tous les Membres de 
cette Compagnie l'avoient lu? Que l'on fe fie 
après cela aux Décifions de ces Airemblées,que 
l'on régie fa foi fur leurs Décrets. Que l'on 
fe faife un mérite de ne voir que par lesyeoxde 
ceux qui ne fe fervent pas des leurs propres. 

Maïs 
Cl 



g 8 Nulliiez des Procédures 

Mais quand tous les Membres du Synode 
de la Hiye anroîent lu les deux Livres men- 
tionnez , j'ai fait voir dans ma Protejîaùon 
que ces deux Livres ne fuffifoient pas à des 
}u^es qui auroient voulu juger avec une en- 
tière connoiffance de caufe, pour leur don- 
ner tous les EcIâircifTemens néceffaires. Et 
comme à la Haye aulH bien qu'à Campen^ on 
s'eft hâté de dcci-ier avant que d'avoir vu ces 
Eclairciffemens, on peut conva'ncre également 
& l'un Cl l'autre Synode d'avoir jugé lans un 
examen fuffifant. 

III. PaJJi>ji2. 

\ Paffion eft le troifiéme Défaut que jV 
'i'ois fait obferver dans le Jugement du Sy- 
node de CampeK. Je fondois mon imputation 
fur les termes de ce Jugement, fur ce qu'on 
y honore du nom de zélé des mouvemens d'un 
ordre tout différent, & qui font de la même 
cfpéce que ceux qui ont 3nimé de tout tems 
les Perfecutenrs de la vérîié: fur ce enfin, 
que dans ce Jugement prccip'té , on apalTé par 
defTus toutes les régies de l'équité. 

Le Syn(^de de la Haye pour répondre à tous 
ces chefs fe contente de dire. 3. Le zélé qui 
anime cette Compagnie ne peut être qualifié df 
palllun que par du gens qui attachent des idées 
edieujes aux j'oins quune Ajfembiée Eeclé/iajisque 
eji obligée de prendre pour conferver dans fa pU' 
reté le dépôt de la vérité. 

Cette Rcponfe eft pareille à toutes les autres. 
Elle ne touche point à mes raifons, & elle re- 

pré- 



des Synodes de Campen y de la Haye. 39 

préfente les objets fous de fauffes idées. Je 
n'ai point qualifié du nom de PûJJion le, foins 
qu'une Aflèmblée Eccleliaftique doit prendre 
pour conferver dans fa pureté le dépôt de la 
vérité. Mais je donne ce nom à tout prin- 
cipe par lequel on commence par cundanner 
un fentimcntjpar l'avoir en horreur, par le re- 
garder comme une Hérclie monftrueufe, a- 
vant que d'avoir pris tous les foins requis pour 
s'éclaircir fi c'en eft une. j'appelle Pajjïon 
tout principe qui nous porte à infpirtr au Pu- 
blic des mouvemens d'averlîon contre un fen» 
liment^ non en éclairant l'efprit du Public 
par l'évidence & par la fo'idité de nos preu- 
ves, mais en excitant en lui u^e préoccupa- 
tion aveugle, par les qualifications faufies & 
odieufes fous lesquelles nous lui faifons envi- 
fager un tel fentiment. J'appelle Pajfion tout 
principe par lequel, au lieu de tâcher rie ra- 
mener par de bonnes raifons un homme qui 
erre, & qui ne demande rien linon qu'on lui 
prouve qu'il s'eft trompe dans fcs opinions, 
on ne lui oppofe que des InVeâives, que des 
Calomnies, que des Genfures & des Anaihé- 
mes. En un mot j'appelle Paffion tout Prin- 
.cîpe qui engage à des Procédures que l'on a 
condannées dan? les Payens^ danv les Juifs ^ 
dans les Catholiques Ror/iuins ^ & dans tous les 
autres Perfécuteurs de la Vérité & de ceux 
qui tâchent de la maintenir. Dans toute cet- 
te Conduite, je ne reconnois rien qui ait du 
rapport aux foins que doit prendre une Af- 
femblée Eccléfiaftique, pour conferver dans fa 
pureté le dépôt de la vérité. Je n'y apper- 
C 4 çois 



4^» Nulitez âei Proc.durês 

çoîs que les moyens par où les Partifans da 
Menfonge ont accoutumé de le foûtenir. J'ai 
crû que ces moyens mériioient le nom de Paf- 
■Jion p ûtôt que celui de zélé, A moins que Ton 
ne v.uiîle parler de ce zélé amer dont St. 'Ja- 
ques a fait mention, & qui a excité en divers 
lems de fanglantes tragédies dans la Société, & 
dans l'E^iile. 

IV. Fatijfeté des faits fuppofez. 

T E qutrriéme & le principal Grief, fur quoi 
•*^j'ui infîllé dans ma Protejiaiio», c'eft que le 
Jugement du Synode de Campe» s'appuye fur 
un fondement qui eft faux. Ce Synode accu- 
le mon Syftême d'enfcigner les Hcrélies d'/^- 
riits & de Sabelltus. je me fuis infcrit en faux 
contre ce fait, je l'ai qualifié de Calomnie atro- 
ce. J'ai plus fait; quoique ce fût l'office de 
mes Accufateurs de produire leurs Preuves, & 
qu'étant l'Accu fé je ne fuffe tenu que d'y ré- 
pondre, je n'ai pas lailie de montrer la faulFeté 
de cette Impoiation, & d'alléguer à cette fin 
diverfes railons que l'on ptut vcirdans ma Pro- 
teftation^ à djus d'autres Ouvrages, Comme 
c'eft-ici le point capital de toute cette afaire,âj; 
qu'il s'agit de maintenir l'honneur d'un Synode, 
de convaincre un homme que l'on croit être 
dans l'erreur & d'édifier le Public, chacun s'at- 
tend , ou que le Svnode de la Haye zura. prou- 
vé folidcment le fait qu'on lui nie, & qu'il au- 
ra montré que toutes mes Réponfes font nul- 
le; ou que fe défiftant de cette x\ccufation, & 
remcdiani au tort qu'elle m'a caofé par une lé- 



des Synodes de Campen^J de la Haye. 41 

paratîon convenable, il aura faïc voir au Public 
par Cet exemple édifiant, qu'il n'eiî pas impof- 
iible qu'un Synode le réiriiéte quand par trop 
de précipitation, il s'eft laifTé aller à un Ju- 
geaient dont il découvre etiluiic la fauiTeté, 
Qui e(t-ce q^ui peut confidérer lans êcre dans 
la dernière iurprife qu'au lieu de prendre au- 
cun des deux partis indiquez , le Sy-ode de 
la Haye prétend fatisfaire à tout par !a Répon- 
fe que l'»in va lire? 4. Ce S\node a dU cundan- 
aer ce Syflême; comme allant à ruiner le fonde 
ment de la Religion Chrétunns , puis qu^.l Ke faut 
qu'y jeîter les yeux. Pour découvrir avec la der- 
nière évidence qu'tl détruit abjAument fétermté 
de deux àei trois Ptrjunnes de l'Adoraile 'Trini- 
té. 

I. Ce qui d'abord frape dans cette Répon- 
fe, c'eft qu'elle change l'état de la quellion. 
Il s'apiffoit de faire voir avec évidence dans nioa 
Syllême toutes les Héréfies d'Arius., h toutes 
celles de SaUlljus , car c'eft là le fait fur quoi 
porte exprefîënient le Jugement du Synode de 
Campen. C'cft là l'acciifation qu'il falioit prou- 
ver, ou convenir qu'elle ell faulle Ici l'on fe 
retranche à une feule Hérétie, qui n'clt tout aa 
plus que le quart de celles dont'il auroit faîla 
nie convaincre. Ce Sy/féme, dii-on, ^'/^ ahfûlu' 
tnenî /'éternité de deux Perfmnesà^ entre les trois 
qui c'jmi ofnt i\idorable Trinité. E(l-ce 1 à la feu- 
le Hérélie qu'on m'accufe d'avoir enieignée? 
Eft-ce làlafeuie erreur que l'on veut que je lé- 
trade? Cù foni donc ks antres Héréfies d'/f- 
riui} Que tait- on de toutes celles de Sabeliius} 
Aurcii-on compris quel! rons'opiniâtroità foû- 
G 5 tenir 



4i N^lIîtcZ des Prcc:durei 

tenir que j'enfeîgne deux Héréfies contradi6l<)î« 
res l'une à l'autre , l'Accufation fe déiruit d'el- 
le même, & qu'il vaut mieus ne défendre qu'u» 
ne partie du terrain, que de ^'espoTer à le tout 
perdre en un même tems. Il eu vrai que l'nu- 
torité du Synode de Campe» recevroit une bien 
grande brèche , li l'on conveiioit qae cette Gom- 
P'.jinie a fondé fon jugement fur des faits qui 
font faux pour la plus grande parrie. Au moins 
auro!t-on dû s'expliquer bien nettement afin que 
je fûtie, & le Public auiïi, à quoi nous en te- 
nir. 

II. On s'attend su moins s trouver quelque 
preuve de cette Imputation, qui etl la feule à 
quoi l'on fe retranche dans cet Article. Rien 
n'cfi: fi facile que de la prouver li elle ellvraye. 
Jl n'y a qu'à citer une feule Propofition de ia 
Lettre d*uK T'h'eolog'en , dans laquelle j'aye nié 
l'Eternité du Fils & celle du Sr. Efprit. Le 
Synode de la Haye fe fert d'une preuve bien plus 
abrégée, & qui eft moins fujette à des difcuf* 
lions em.barâlTantes. La voici. // ne faut que 
jetter les yeux fur ce Syflème , pou*- Çenl'tr avec é- 
vidence t^uil détruit ahfolument ï' éternité de deux 
des trots Perfonnes de l'adorable 'Yrinité. Voilà 
une raifon à laquelle il n'y a rien à répli^iuer. 
Car que puis-je répondre à quelqu'un qui me 
foûtiendra qu'il voit avec évidence lachofeq-^e 
je lui nie. Lui dirai-je qu'il ne la fauroit voir, 
parce qu'elle n'exide pas ?1! continuera toujours 
à affirmer qu'il la voit, & le moyen de lui fer- 
mer la bouche? Ell-il concevable qu'il rre fe 
foit trouvé perfonne dans cette AfTeriiblée qui 
lui ait fait envifager les conféqucn;-cs qui ne 

man- 



des Synodes d£ Campe n & de h Flays^ 45 

iranqueront pas d'être tirées de cette manière 
d'art;umenfer pour convsir.cre quelqu'un d'un 
fait qu'il nie & qu'il J'oûficnt être une Ca!om- 
rie ? Si quelqu'un m'imputoit avec un front 
d'airain, d'avoir enfeijiné dans ir/on Livre tou- 
tes les erreurs de VÂicoran , h tîu'on le fom- 
niât de prouver le fait , foas peine de pafler 
pour Caloir.niareur. en feroit- il <^ijltte pour di- 
re , avec la même ailurance , qu'il n'y a qu'à 
jetter les yeui lur mon Livre , pour y voir à- 
vec évidence toutt-s ces erreurs ? li fjroit à 
craindre qu'une pareil 'e allégation fur in fait 
qu'il étoit tenu de prouver , ne lui aiiirâr !a 
Réponfe du Pérf l/'a!érien. Le Syrode <i\ à 
l'abri de cela. Mais il me ptrmturâ de faire 
trois chofes. 

I. L'une eft de lui foûtenir en face , que Iç 
fentimenr qu'il m'irrput-e n'a jamais éié mon 
fentiment ; que je ne l'ai jamais enftigné ni 
dans la Lettre d''un Théologie:-". , ni ailleurs; & 
qu'il ne faut que jeiter les yeux fur la diteL^^- 
tre ,^ pour (entir avec évidence que j'y étsblis 
formellement tout le coniraire de ce qu'on 
m'impute. Afin de ne pas tomber dans le vice 
que je hlame dans les autres, qj' <c^i d'avancer 
fans Preuves un fait qui eft oilouté, je rappor- 
terai un endro't de la di?e h^tue , qui eit dé- 
cifif fur ctîte matière. * Les autres Fa jf âge s 
âe i^ Ecriture' ^ qui attribuent rétermtc au Fils ne 
prBHvert rter. c r/itre moi , ^îà reconrifAs qu'il eft 
Dieu , ^ quil eji éternel en qualité de Dieu. Ce 
que j'ai dit da 1^'ils doit s'entendre aulTi du St. 

El prit 
* Lett. à' un Th. Art. XXIX. 



44 NulUtez des Prou dur es 

Efprit ; puifque je reccnnois dans le St. Efprîe 
la même Divinité que dans le Fils, & que c'eft 
fur cette Divinité que je fonde l'éternité de l'un 
& de l'autre parce que qui dit Dieu , dit un 
Rtre éternel. Je puis encore alléguer pour mes 
garans tous les endroits de la même Lettre où 
j'enfeigne formellement la Divinité du Fils & 
du St. Efprit. Quand je dis que le Fils eft Dieu^ 
& que le St. Efprii eft Dieu., cela emporte au- 
tant que fi je difois, le Fils eft un Etre éternel^ 
l^ le St. Efprit l\ft pareillement, 

2. Puisque le Synode de la Haye s'eft tû 
quand il s'eft agi de prouver les f.its fur les- 
quels le Synode de Campen a fondé fon Juge- 
ment & far lesquels celui de la //«je fonde pa- 
reillement le fieii , j*ai droit de prendre ce lî- 
lence pour une convidion , que ces faits ne 
fauroient être prouver. Toot Accufateur qui 
fe tait quand il eft queftion de prouver ce qu'il 
a avancé , eft cenfé être un faux Accufateur. 
(2e feul défaut futit , indépendamment de tous 
les autres , pour anéantir le Jugement de l'un 
& de l'autre Synode , puisqu'un Jugement qui 
s'appuye fur un fondement qui eflfaux,ne fau- 
ïoit être d'aucune autorité. 

3. Je prens à partie chacun de ceux qui ont 
compofé ces deux Synodes où l'on a décidé 
que j'avois enfeignédans monSyltême les Hé- 
réfies à^Arius & de SabelHus. Cette Décifion 
peut être mife fur le compte de chacun des 
Membres de ces deux Synodes; car elle a été 
unanime à Campen, comme portent les Arti- 
cles de cette Aflerrblée. Celie de la Haye a- 
yant avec une pareille unanimité de fuftrages, 

con- 



des Synodes de Campen (^ de la H.iye. 4)r 

confirmé le Jugement du Synode de Campen dam 
toutes ^ei f unies ^ rend, en vertu de cette unanimi- 
té, chacun de fcs Menribres comptables dcceue 
Imputation. Je les fomme donc tous , & ciia 
cuti d'eux en particulier , ou de me prouver 
cette Imputation, ou, s'ils Tentent qu'ils ne la 
peuvent pas prouver , d'en tùire un Désaveu 
public & auîentique, puisque tout homme qui 
en a faufTement accufé un autre, ell obligé en 
fa confcience de réparer autant qu'il dépend de 
lui le tort qu'il lui a fait par rapport à fa répu- 
tation. S'ils penfent fe tirer d'afaire en difant 
qu'ils n'ont point d'autres Preuves à produire, 
que celles de Mr. de la Chapelle , je les fomme 
de me marquer quelles d'entre loutes ces Preu- 
ves font celles qui leur paroiffcnt bonnes & fo- 
lides. S'ils ne t'ont ni l'une ni l'autre de ces 
deux chofes à quoi je les ai fommez , & dont 
ils ne fauroient fe défendre par aucune bonne 
raifon , je les renyoye ?.u Jugement de Dieu, 
puisqu'il n'y a point de Juges fur la terre à gui 
je puiiTe recourir pour me faire rendre juftice. 

V. Le Synode m'a condannê fam ïï^ entendre. 

LE cinquième Grief furjequel j'ai fondé ma 
Protejiation contre le Jugement du Syno- 
de de Campen^ c^eft que cette Compagnie m'a 
condanné fans m'entendra , & que ce n'eft 
■ qu'après m'avoir condanné de la. forte, qu'elle 
m'a ciré à comparoître au Synode fuivanr. Que 
répond à cela celui de \^Haye> 5*. C\Ji z^on- 
hir faire illufion au Public, que de dire que le 
Sr. Maty a été condanné fans être entendu, puis- 



4^5 Nuîliiez des Pnceâurei 

que la CondatiHation ti'a porté qm Jur une Lettre 
anonyme , dé^azouée juj'qu' alors par le Sr. iMa/y, 
Iff dont C Auieur coMJcKt quon juge Çi.r ce qu'elle 
contient ^dcclara-/it qu*tl n'a rien d^ejfentiei à y 
ajouter. 

Et moi je foûtîens que c'eft fe faire illufion à 
foi-même, & prendre le Public pvonr duppe que i 
de fe figurer qa'il fe contentera d'une tel'e ex- 
cufe, où les faits font entiéremenr déguileî, 
& dont !e raifonnement tout entier n'elî qu'aa 
compofé de Sophifmes. 

i. Je n'ai peint désavoué cette Lettre anony- 
me ^ comine le Synode l'aflârme contre la vé- 
rité. Je n'ai jamais dit s perlonne que je n'en 
fufïe pas l'Auteur. Il eft vrai que pendant UQ 
tems j? n'ai pas dit que je le fuiïe. Je me fuis 
tû, & j'ai lailfc former à chacuii tel jugement 
qu'il a voulu. En un mot je n'ai ni avoué Ti\ 
désavoué cette î^ettre. 

II. J'ai déclaré que je n'avois rien d'efTentîel 
à ajouter à ce Sylléme par rapport à la Dodri- 
ne , mais non pas par rapport aux Rarfons qui 
rétablijfent. J'ai dit au contraire que ces Rai- 
fons au moins quelques unes , n'ayant été 
qu'indiquées dans ce petit Livre, j'avois def- 
fein de les expofer avec plus de clarté & d'é- 
tendue dans un Traité plus ample. Or com- 
me c'eft par l'examen des Railons que l'on e(l 
en état de juger li la Doârine eft vraye ou fauf- 
fe, & que pour les bien examiner , il faut en 
avoir une julle idée, on ne fauroit m'attribucr 
d'avoir dit, que je n'avois rien d'elfentiel à a- 
jouter au contenu de cette Lettre^ fans déguifcr 

ma 



des Synode i de Campen l§ de U Hiye. 47 

ma penfée par une équivoque des plus fc^ii- 
fibles. 

I!I. Afin qu'on pût former un Jugemenï 
équitable de ines fentimens, il n'éioit pas moins 
elîenticlque je répondilTe aux Ûbjedions qu'on 
pourroit y fa-re , comme il eit elfentiel qu'au 
homme accuré (e puillê défendre , afin que fa 
Caufe foir tn état d'êcreju^ée. Or je n'ai point 
dit quej'cuifa répondu à toutes les objedtion'i 
que l'on pourroit faire contre ma Doârine. 
Comment aurois je pu le dire , avant que l'on 
m'eût fait ces Objcâions ? Au contraire j'ai 
dit que j'aitenlois que l'on m'en fit , afin que 
je pûlfc joindre à mon Traité Iz Réponfe à ces 
Objedions. 

IV. Comme je n'ai ni dit, ni prétendu dire, 
que je n'avoîs rien d'eiïentitî à ajouter à ma 
Lettre , ponr qu'on fût en état de former nn 
juiîtment folicie touchant la vériié ou la faulll-- 
té de la Doctrine qu'elle renferme, aufll n'^i- 
je dit liulle part ; comme l'Article du Synode 
P'aroit l'infinuer, que je confentois que l'on en 
ju^^tât défininvement ,fur le fimple contenu de 
la fasdite Lettre. il ferrble que l'on veuille 
confondre mon cas avec celui d'un homme 
dont la caufe ayant été débattue autant qu'elle 
puiiTe l'être , & les raifons pour <St contre a* 
yant été bien pcfées , déclare en préfence des 
.juges, qu'il n'a plus rien à ajouter à fesDéten- 
fes, & qu'il content qu'on le jnt;e fur ce q-a'ii 
a. dit. Si cen'cft pas là mon cas, comme il elt 
évident que ce ne l'ell point , le raifonncment 
du Synode porte à f^cx. 

\> Je n'ai pas mOnie dit que je confentois l 

éirs 



48 Nullitez des F} oc^ dur es 

être jugé de la manière que l'on a prérendu me 
juger, j'entens par un Jugement â^automé^yxO" 
nonce par une Alieinblée qui prétend que fon 
Jugement ferve de régie à celui des autres. 
JL'expériencede tous les tems doit avoir appris. 
I. Que ces fortes de Jugemens font injulks en 
eux mêmes , n'y ayant point d'Afiémblce Ec- 
cléfiaftique à qui Dieu ait donné cette auto- 
rité. 2. Qu'ils ne ramènent perfonne de fon 
erreur, c^ qu'ils opèrent un entêtement aveu- 
gle, ou une Rétraélation que lecceur désavoue, 
miiis non pas une perfualîon raif^nnable & é- 
elairée. 3. Qa'ils font plus propres à faire 
raître de nouveaux Schifmes , & à fortifier 
ceux qui font déjà finmtz, qu'à en faire ceffef 
aucun. La feule chofe à quoi j'ai non feu- 
lement confenti, mais que )'ai demandée avec 
înftance, & demandée inutilement, c'éioitunc 
Difcuflîon amiable & fraternelle. Je deman- 
doîs des Raijor.s ^ & non pas des Décifions , & 
fur une pareille demande, on fe croit autorizé 
en vertu du confentement que l'on me fuppo- 
fe , à me donner des Décijions en la place des 
Ratfons. N'elt-ce pas là donner honteufement 
le change ? 

VI. Mais à quoi fervent tous ces in:idens ? 
Il s'agit d'un fait que j'ai avancé dans ma Pro- 
îeftation , & par lequel j'ai prétendu convain* 
cre le Synode de Campe» de l'injuftice la plus 
criante qae l'on puifTe reprocher à une AfTem- 
blée de Juges. J'ai dit que ce Synode m'a con* 
danné fans m'entendre. Le Synode de \^Haye 
foûtient que f'r/i vouloir faire illufion auPtihlic que 
d'avancer une pareille chofe. Sa raifon eft, que 

la 



^es Synodes de Campen ^ de ta H^y^' 49 

la Condannation ne porte que fur un Liire atio-- 
nyme déswvoué pur mot juiqu''ators. Voyons qui 
cherche ici à faire illufion au Public. Ai-je e- 
té condannc par !e Synode de Cawpen-, & \^y 
je été fans avoir été entendu? Si ces deUN faits 
font véritables, ce n'ell pas moi qui ai cherché 
à faire illulion au Public. 

VII. Ai -je été condanné par le Synode de 
CampcK r Celui de la h^ye prétend que je ne 
l'ai pas été. Si on l'en veut croire cette Con- 
dannation ne me touche en ancnne manière , 
elle ne porte que lur un Livre anonyme df>nl jô 
ne m'avouois pas l'Auteur. Prcimcrcmcnt, a- 
vec la permifllon du Synode , laCondannatiort 
ne porte pas feulement fur leL/îr^, mai>« aulii 
for V Auteur du Lizre. Les paroles deSynodâ 
àçCuiT'pen lont fornielles ; La Compagriti ùcs- 
aioue unanimement ^i^ Ctt Ouvrr.ge/^ fort Aii^ 
îeur, elle les condanné Pun ^ l'' autre. Vv)il2 cet 
Auteur condanné avec fon L'vre. Que peut 
lignifier cette Condannation de l'zXu'eir ? C'cit 
à mon avis que l'on dv'clore par un Jot^ement 
Synodal , que l'Auttur du l.ivrc tft un H/rié- 
ttque ,\iw Arien ,^ un Sabtliiey> ,y^XY conféqucnt 
un homme qui n'appartient poirt a la Société ae 
l'E^life Chrétienne , & que !i jamais il vient à 
fe nommer, fon procès eli î'ai: & conclu Qr 
puisque c'tft moi qui fuis cet Auteur, n'eft ce 
pas fe mocquer du monde que de dire ,q«e jt* 
n'ai pas été condanné par cet Atr^t du Synode? 
Il e(t vrai que je n'y ai pas été nommé par nom 
& lurnom. On pourra dire encore que l'on ne 
favoit pas que ce fût moi que l'on ci>adsnnoit. 
Je veux le ii-prufcr, mais cela efDpêche-c-iluùd 



ro 



NuîUtez des Procédures 



je ne fafle cette perfonne-là? Siquelqu'un met- 
toit le feu à ma maifoii, fans favoir qu'elle fût 
à moi, n*auroit-il pas bonne grâce de foûtenir 
qu'il n'a pas brûlé ma maifon, mais la maifoa 
d'un inconnu? 

VIII. De plus quand le Synode de Campen 
n'auroit pas eu la précaution de joindre \ Au- 
teur du Sydéme à fon Ouvrage , afin que l'on 
fût que iaCondannation portoit également fur 
l'un & fur l'autre , il auroit fufi de condanner 
VOuvrage , pour condanner V Auteur en même 
tems. Quand on condanne comme Hérétique 
la Do6tfine de quelqu'un ,n'eft-ce pas déclarer 
He'réù^HCS ôc \ Auteur & les Partizansàt cette 
Dodrine ? Et cette Déclaration n'edelle pas 
une C'jadinnit'tm dans les formes ? De quelle 
autre efpéce de Condannation pourroit-on vou- 
loir parler ? 

IX. Je voudrois bien favoir à quel defleîn 
on m'a cité au Synode de la Haye. A ce été 
pour examiner (i je fuis coupable , ou fi je ne 
le fuis pas ? Cela ne peut pas être. On me 
cite pour m'être déclaré dans mon Apologie 
comme ayant adopte' le \entiment condanne far 
V Article précèdent. Qu'y a-t il à décider à cet 
ct^ard } Si j'ai compofc cette Apologie^ & fi 
j'y ai adopté un tel fentiment ^ C'eft une cho- 
ie avouée , & par conféquent décidée. Si je 
fuis Hérétique pour avoir adopté cette Doâri- 
ne.? C'ed 'ine chofe que le Synode de Campe» 
a déjà décidée d'avance; la Dodrine efl: dé- 
clarée Hérétique ^ elle elt condannée. Que refte- 
r i! après cela à examiner & à décider pour le 
Synode de la Haye ? Celui de Campen m'a con- , 

danu^ 



des Synodes de Campen 6? de la Hiye. f t 

danné en condarmani ma Dodrine. Il ne laiflè 
point d'aïKre fonâion à ct\xx\ dtr la Hiye que 
celle de me (î^nitier ma Con:annaiion Voilà 
l'unique vue pour laquelle jai été cité à ce 
Synode. 

X 11 ne faut auffi qae lire l'Article de ma 
Citation , pt>ur y ap^^ercevoir q le je fuis cité 
comme un h'>mme déjà C'-ndannc par ceux qui 
le citent. N'cft ce pa^ m'avoir condanné d'a- 
Tance que de tenir ce langage ; La C mpagnie 
a Ùé virement touchée de voir cet Ouvrage jorti 
en que Icjue fort i de fan pro/re fei» D -ns la fuite, 
ce Synode me donne le tître de frère errant. & 
qualifie ma conduite uns Conduite irrégul'.ére. 
il elt vrai que ces termtrs ne f-nt pas , z bçau- 
coup près, aulfi fwrcs que ceux que l'onvcnoic 
d'employer pour conaanner le dit Syitéme. Mais 
il» ne lailfent pas de contenir un Jugement pré- 
maturé fur la Gaufe pour laquelle on me cite, 
& quelque adoucis que fuient IcS termes , ce 
Jugement ne laiire pas u'étre u>ie véritable 
C'>ndannati'jn. 

Xl. Je puis ajouter par farcroit , que , qnoi- 
qu'anonyme, il n'y avoii perfui.ie daii> le Sy- 
node de C'impen^ qui ne lût dr Icience certai- 
ne ,que j'ctoib cet Auteur q.e l'on av.iit con- 
danné ave: ion Livre- Lrs principaux Chefs 
qui c<uiduifoent toute cette ataire avoicnt eu 
bien foin, dès longtems, d'en informer la So- 
ciété Les Ariiclcs même de Caynpen parljrnC 
âlfi-Z intelligiblement à qui les veut entendre. 
Trois Eglifes demandent que l'on cnndanneun 
Ouvrage ,& que i^o» en recherche l* Àu(e»r^pour 
iP.gir contre lut félon la rtgaeur delà Dtjcicline. 
D 2 Le 



fz Nuîîîtez des Procedurei 

Le Synode, qui approuve les deux demandes^ 
fatisfait à la préinîdre en condannant le Livre. 
Pour fatisfa're à la féconde , premièrement on 
condaime l'Auteur anonyme ; fecondement on 
me cite comme Approbateur ; Voilà toute la 
recherche. Il faut être bien ftupide pour ne pas 
appercevojr le but & la liaifonde toutes ces dé- 
marches. 

XI!. Le Synode de Campen m*a donc con- 
dannc. C'eltlà un fait avéré. Mais m'a t-il en- 
tendu avant que de me condanneri* On ne peut 
le dire qu'en funpofant que c'eft m'avoir enten- 
du que d'avoir iû la Lettre d'un Théologien^ 
Comme on dit que prefque tous les Membres de ' 
cette C(MTipagnie l'ont fait. Cette fuppofitîoa '^ 
efl la même que celle qui veut faire paflTer la 
Lecture de cette Lettre pour un Examen fuffi- 
fant. Mais (î cette fuppolition eft recevable,je 
trouve que Ton a autant de fondement d'affir- 
mer que le Pape Léon X. n'a pas condannéL»- 
ther fans l'entendre , puisqu'avant que de le 
condanner , il avoir pu lire les Livres que Lu- 
ther avoir écrit contre les Indulgences , & que 
c'eft en cfet fur ces Livres qu'il l'a condanné. 
Les Pérès du Concile de Trente n'ont pas auflî 
condanné nos Ancêtres fans les avoir entendus, 
encore qu'ils ayent précipité la Gondannation 
de leurs ientimens , avant que de leur donner 
le tems & la liberté de venir les défendre. Ils 
avo'.ent compofé alfez de Livres , pour que 
l'on pût dire avec beaucoup plus de fondement 
que le Synode de la Haye ne le dit par rapport 
à moi, qu'on les avoit entendus avant que de 
ies coadanaer. A ce compte nos Awteursoni 

eft 



des Synodes de Cawpen & de la Haye, f 5 

eu bîen grand tort , quand ils ont reproché 
cette conduite à l'Eglife de IWme ^ comme une 
înjullice criante, & qu'ils ont foûtenu que par 
un pareil procède le Jugement de cette Eglife 
étoit nul , & que nos Pcres avoient éic bien 
fondez de recufer de pareils Juges. A l'avenir 
il faudra tenir comme une régie de Difcipline 
Eccléfia(h"que,que tout homme qui a compofé 
un Livre dont il fe dit l'Auteur , peut être lé- 
gitimement , & fans autre lornie de ProccF, 
condanné comme Hérétique fur fon Livre, il 
ne doit pas demander qu'on l'entende. On Ta 
entendu fuffifsmment en lifant Ion Livre. Sc- 
ion cette maxime, le Synode de Campen a fait 
en me citant uneProcednre fort inutile. Pour- 
quoi ne me pas condanner de plein faut lur 
mon Apologie > Je n';iurc;is eu aucun fcjct de 
me plaindre. Ma prércnce n'ctoit nullement 
requife; puisqu'ayant mon Livre, on avoit 101. t 
ce qu'il falloir pour me jrger & pour me cou- 
danner. Ces Conféquences ne (auroient ctre 
conteftées, (ï le Principe que le Synode de la 
Haye veut ctabl'r efl véritable. 

XIII. A quoi boti ufer d'équivoques? Quand 
on pofe pour maxim.e , qu'il n'elt p;s ptrmis 
de condanner un homme fans l'entendre , que 
veut-on (îgnifier par le tcme d'-f»/^^<^rf ? N'eft- 
ce pas l'écouter fur tout ce qu'il a alléguer pour 
<è juftifierde l'Accufation qiie l'on intente con- 
tre lui. On m'accufe à^ Héréjie , pour avoir 
compofé ou du moins pour être Approbateur 
d'un certain Livre. Je puis prendre une de 
ces deux voyes pour repoulfer cette Accufation. 
L'une eft de nier que je fois Auteur ou Appro- 
D 3 baieur 



^4 NtdîiffZ des Procédures 

bateur d'un tel Livre. L'antre efi de foûfehîr 
quVncore que j'en fois Auttur ou Approba- 
teur , on ii'tlt [as fondi^ à m'accufer é'He'ré' 
fie. C'e(t par cette féconde voye que je pré- 
tends nie (Jéftndre. Il faut donc que Ton 
m'entende là delfus , avant que de prononcer 
fon Jujiement. Mais on a commencé par dé- 
cider que cette Do^rine eft Hérétique. II eft 
donc clair que l'on ni'a condanné (ur une ciio- 
fe lur a luelle on ne m'a pas entendu , & fur 
laquelle on devoir ni'enfendre. 

XIV W me paroit que dans tout Jugemenc 
juridique , jamais on ne nçoit d'Accufation 
contre quelqu'un, qu'on ne la communique à 
l'Accufé , & qu'on ne lui demande ce qu'il a 
à répondre. C'rft toujours l'Accufé qui parle 
le dernier à m'ins qu'il ne fe laife volt)ntai- 
rement. Cette maxime aulfi équitable qu'elle 
ell gcnéralemeit r<çpë parmi tous les Peuples 
policez , a t elle été obftrvée à mon égard ? 
Mr. de la Chapelle e(l m.on Accufateur : Il a 
écrit contre moi un Livre où il me ( harge de9 
plus énormes Hért'fies N'cit-ce pas lui qui a 
parlé le dernier ? N'a t on pas reçu fon Ac- 
cu'ation fuis demai der , lans mente atrendrè 
ira Kép 'ufe ? Et n'elt-ce pas fur fon Accu- 
f^!'on que l'on n 'a ct)nd^nnc ? Da. s quel Tri- 
bunal excepté Cvlui du 6)node Wallon, eli ce 
qu'' nt pnrcille ch fe le pratique ? 

XV 11 paro.t par tou;es ces Confîdcrations 
que le Synode de Campen m'a condamé fans 
m'entendrc , & q .e le synode de la Hiye l ex* 
cufe to t mal en oifant, quf la Conda. motion 
ne porte que fur un Livre anonyme , & désa- 
voué 



des Synodes de Campe» £5* de la Haye, ff 

voué jusqu'alors par fon Auteur. Quelque mau- 
vaifeque fait cette excufe , le bynode de la 
Haye ne peut point s'en prévaloir pour juilifier 
fa propre conduite. Dans rÂrticle XX., 
lia conclu que l'on me Ognifieroit ma Citation, 
mais avant que d*avoir reçu ma Rcponfe qu'il 
paroît n'avoir examinée que dans l'Article 
XXlV. & par conféquent avant qne de (avoir 
fi je comparoîtrois uu non, il s'eft hâté de pro- 
noncer fur le fond de la Caiite quand dans 
l'Article XXII. il confirme dans toutes Tes 
parties le Jugement du Synode de CaKr.pe»,ç\m 
condanne mon Syflême comme réumUant les 
Héréfies d^ Ar'tui (^ de Sabellius , ^ aient à 
ruiner les fondcmeKS de la lié^tg'on Chre'tiexKe. 
Le Livre où ceSyltêmeell enlVigné n'ctoitplus 
anonyme. Je m'en éiois avoue hautement l'Au- 
teur. En condannant ce Livre après le Sy- 
node de Campe» , celui de la H-iye ne fauroit 
plus nier qu'il ne m'ait condanne. Il faut qu'il 
cherche quelque autre txcuiè ; celle qu'il a 
fait valoir n'elt plus de mife. 

XVI. Mais quelle raifon peut avoir porté 
Tune & l'autre AfTemblée Synodale à prelTer 
fi fort le jugement de cette ataire ? L'une a- 
voit réfolu de me faire citer , l'aune ir/avoit 
fait citer aduéllement. Pourquoi ne me pas 
donner le tems de comparoître , & de dire 
mes raifons avant que de former leur jugement ? 
Ce délai n'auroit pu caufer aucun mal; au lieu 
que cette précipitation ne pouvoit qu'être Tour- 
née au désavantage des deux Synodes & qu'ê- 
tre nuifible à leur Caufe. Je ne puis m'iitiagi- 
ner qu'un feul motif de cette conduite. C'eft 
D 4 le 



f6 Nulîitez des Procédures 

le mêma que les Pérès da Concile de Trente, 
ont eu quand ils ont condanné la Dodrinedes 
Protefiat2s ^zvdini que les Théo'ogien* de ceux- 
ci pûflent venir la défenlre. Ce* deux Afrem- 
blées animées du me ne efprit , ont eu la mé- 
ine poHiique , & ont tâché d'obtenir une fcm- 
blable fin , par de fcnblables moyens. Ceux 
de Trente ne vouloient point que les Théologiens 
Protejlans comparurent dans leur AlFemblée. 
La voye la plus éficace pour les en empêcher, 
étoit de condanner leurs fentimens , fans at- 
tendre qu'ils vinfTent pour les dérendre ; car 
après qu'ils ont été condannez que ieroient- 
ils venus faire au Concile ? La fenrence é- 
tant une fois prononcée , il n'y avoit pas d'ap- 
parence qu'ils la fiffent révoquer. Ceux de 
Campen & ceux de la Haye n'avoient pas ap- 
paramment plus d'envie que je vînlfe à leur 
Ademblée. Toute leur conduite a aflez fait 
voir qu'ils cherchoient à me condanner, mais 
non pas à me perfuader , ni à entrer avec moi 
dans aucune difpute. En fe hâtant de me con- 
danner, ils ont fait tout ce qu'il falloit faire pour 
in'empê.her d'y venir. Celte voye ne pouvoit 
pas manquer de leur réuîTir. En éfet, qui fe- 
roit celui , qui pouvant difpofer de lui- même, 
reconnoîtroit pour fes Juges ceux qui fe fe- 
roient déclarez fes Parties , en le condannant 
avant que de rentendre. 



VI. 



âts SynoàëS de Campcn \i de la Haye, y j 

VI. Approbation du Livre de Mr. de la 
Chapelle. 

J'Avois all(;'gi]é l'Approbation du LivredeMr. 
de la Chapelle^ comme mon inicme Grief 
contre le jugement du Synode àt Campe». J'a- 
vois reprélenté qu'en donnant cette Approba- 
tion au Livre de celui qui éioit ma Partie , & 
cela avant que je lui euiFe répondu ; le Synode 
devenoit lui -même ma Partie, j'avois outre 
cela fait voir, que quand Mr. de la Chapelle au- 
roit raifon par rapport à la Caufe qu'il foû- 
tient , fon Livre ne laillbit pas de mériter les 
plus vives Cenfures plutôt que les Eloges qu'on 
lui a donnez avec protulion: & que li le Syno- 
de de Cdiw/^é'» eût eu un véritable «£-'/«• pour 1 ob- 
lervaîion des Loix de Jéfus Chrirt , pour l'E- 
dification des Chrétiens , & pour les intérêts 
même deVOrihodoxie. il l'auroit fait éclater en 
désavouant & en cenfurant un Livre pernicieux 
i tous ces égards. Pour appuyer cette reprc- 
Tentation , je m'étois fait fort de montrer que 
tout le contenu du dit Livre pouvoir être rap- 
porté à la clafTe de quelqu'un de ces cinq 
Défauts: i. Des Injures qui marquent un def- 
fein fuiv? de me rendre odieux ik méprifable à 
toute la Société, 2. Des Fallificatious de mes 
fentimens, de mes Railonnemens, & des Ex- 
preffions même de mon Livre, g. Des Pro- 
fanations. 4. Des Sophifmes greffiers & hon- 
teux. 5*. Des Principes qui renverfent , par 
des Conféquences néceflaires & évidentes la 
Dodrine de la Triutte' & de VifJcarKation. J'a- 
vois même d^nné une Preuve convaincantNe du 
D 5" cin. 



]f8 NuUitez des Procédures 

cinquième de ces Défauts. J'avois enfin allé- 
gué plulieurs autres Gonfidératioas qui ten- 
doient toutes à prouver , que le Synode de 
Campe» en donnant fon Approbation & fes 
Eloges à ce Livre , & en n'y cenfurant quoi 
que ce foit,n'avoit pu agir de la forte fans por- 
ter de vives atteintes à l'autorité des Synodes , 
& fans fournir un très légitime fujet" de tenir 
pour nul le Jugement de cette AlTemblée. 

Le Synode de la/fdy? pafTe prudemment far 
toutes ces Raifons , fans y répondre un feul 
njot. Il avoit à fa tête des Perfonnes affet 
clairvoyantes pour fentir , que quand on n'a 
point de bonne Réponfe à donner, le meilleur 
parti c'eit de n'en donner aucune. Toutefois 
atïn que l'on ne parût pas entièrement muet, 
ils ont mis quelque chofe dans leurs Articles 
qui elt une Pétition de Principe^ comme le font 
toutes leurs autres Réponfes , & qui , quand 
même il feroit vrai, ne toucheroit pointa mon 
Grief , & laifTeroit fubdfter toutes mes Con- 
clufions. 6. Enfin le Synode en approuvant le 
Livre àe Mr . de la Chapelle ^ Pa fuit y parce qu'il 
réfute heureufement une Erreur capitale , (jui 
faijoit du bruit, contre laquelle tousfe foulevoient^ 
fans qu"* aucun entreprît de la combattre. W pour- 
roit être que tout cela fût vrai ,<^ que le Livre 
ne laillâtpas d'être digne des plus fortes cen- 
fures. On peut faire de très mauvais Livres 
pour le foûtien d'une bonne Caufe. Ce qui eft 
fcandaleux dans des Livres qui traitent de ma- 
tières indifférentes , ou qui n'attaquent que de 
légères Erreurs , l'eft aulîî dans ceux où l'on 
entreprend de réfuter des Erreurs capitales, & 

eft 



des Synodes de Campe n y de h Haye, f^ 

eft même plus nuihble à la Religion dans ceux- 
ci que dans tous les autres. Une Alî^mblée 
impartiale , dnit le cenlurer lans les un*- & 
dai's les autres. Et quant au^ Principes qui 
vont maaifeltement à ruïncr ces mdmts Myf- 
tcres pour le tnainticn des lutls on (e montre 
fi lé é , je ne vois pas quelle raifoi) plaulible 
on peut alléguer pour n'y dai>;ner taire aucune 
attention, à moins que le Zt-'leq-^i porte à con- 
danncr les erreurs , ne foit un zifie qui s'en- 
flamme plus ou moins , non pas à proponion 
des fentimem , m.ais à propottion des f.'erjùnnes 
qui les cnfeignent. 

On examinera en fems & lieu Ç\ Mr. de la 
Chapelle a r;'fuic f(AiÀ>ment mon Livre, comme 
l'ail re le Synode de Cawpen , ou s'il l'a fait 
keunufemeKt comme le Synode de la Haye le 
foûti^nt . peut ctre avec jjIus de railoii que 
l'autre. Une Rcfutat'on peut c re hew^i.Uje^ 
au moins pendant un letns , fans ^\rt foltde. Je 
paUerai là deflus , aufH birn que fur pluli^urs 
autres Rcflcxions, dont l'Artic e que j'ai en main 
pourroit me fournir matière. J::* me contente 
de conchirre , que puiqne le Syi.ode de la 
Haye ne rdpoud rien à mon ilxiéme Grief , ce 
Gti f (ubi'l)e . l'i ma Pr-teflatio^ elt bien fon- 
dée à cet égard , de même qu'à tous les au- 
tres. 

Je crois cependant qu'il eft à propos de re- 
lever v.n /Article qui eft relatif â cc'ui ci. L'E- 
glife de LeiJe ^ que fur des r;iifons frivoles on 
avoir dépouillée du droit d^E^iife éxayntttatrice 
par rapport au l>ivre de Mr. de la Chapelle, 
parce qu'on prévoyoit que Ion Jugemeui ne fe- 

roit 



fo Nullîtez des P/ocedurcs 

foît pas aufll favorable à ce Livre que celui des 
autres Egliles, l'Eglile de Leide , disje, a de- 
K^andé far Inftruâionwi Synode de XzHaye^que 
ïa Compagnie déclarât , que dans l'' Approbatioit 
donnée auLiire de Mr. de la Chapelle, elle n'en- 
tend pas que cette approbation s^ étende jufqu'aux 
termes ^ aux exprejjions. C'étoit fè borner à 
bien peu de chofe au prix de quantité d'autres 
de bien plus grand poids que cette Eglife pas- 
foit fous (ilence , & dont elle ne demandoit ni 
explication ni reâification. Elle infinuoit ta- 
citeinent que li le Synode netroavoit pas à pro- 
pos de cenfurer un lille plein de 6el qui avoit 
îcandalizé tout le monde généralement , au 
moins devoit- il donner quelque marque par la- 
queileil pa{ût,qu*il n'approuvoit pas cette maniè- 
re d'écrire. Cette Eglife apparemment a crû 
<ju'en demandant peu, elle obtiendroit quelque 
chofe, mais tout ce qu'elle a obtenu a été une 
efpéce de réprimande. Cette demande ^ dit le 
Synode,(2^<2r« d^ autant plus mal fondée que cette 
JLglîfedoit [avoir ^ que les Examens^ ij' par cela 
même les Approbations de ce Synode, ne portent que 
fur les [KJets qui font traittzdans les Ouvra/ es de 
nos Auteurs , ^ ne font établis que pour confer- 
ler la pureté de la Dudrtne fur les véritez. qui 
eut intérefjent la Religion. 

J'avois crû jufqu'ici que la charge des Con- 
dudeurs de l'Eglife conlîftoit à veiller fur les 
?«ûe«r/ autant ou plus que fur XzDoélnne Dans 
cette croyance je m'étois figuré, que s'il y avoit 
des Régies de Difcipline établies pour prévenir 
le mal que pourroient caufer des erreurs ré 
panduës dans quelque Livre, il y en devoir aufll 

avoir 



des Synodes de Campen 13 de là Haye. 6 1 

avo'r pour arrêter le cours du fcan-ialequi pent 
naître d'un Livre où ie Prochain efl injuiic, 
calorniîié, ditfamé , expofé au mépris & à la 
haine du genre humain par des exprelîlons mor- 
dantes , <5r p.ir des iuliouations fauiïes & ma- 
lignes. J'avois crû que cet ordre de Défauts 
étoit digne de l'atteniion d'une Alfemblde Ec- 
clélia(tique,0|ui a à cœur la gioii-r de Dieu, l'a- 
vancemeni de la Religion Gnrccienne , & l'c- 
dification des fidèles. L'Eglife de Leii^e me 
paroit avoir été dans les mêmes fentimens- 
Mais le SynoJo de la Haye nous apprend que 
nous nous tbnmes trompez elle & moi. Pour- 
vu qu'un Livre n'enfeigne rien de contraire 
à nos Confejfiom de foi , & qu'il attaque tout ce 
que l'on veut faire pafler pour licréfie , qu'il 
en for»;e même qui n'exiflenc nulle part, pour 
avoir la gloire de les terratrer,il peut û'ailiears 
être écrit avec tout le fiel & tout le venin pof- 
iïb'e,afinîironner les plus pauvres raifonneinens 
d'Injures h d'Invedives, railler fur les chofes 
les pius faintes , bitir fur de tauires imputa- 
tions fes raifonnemens les plus frapans , ié 
manteau de VOrthoÀoxie njetrra liOn l'tuîe- 
ment un tel Livre à l'abri de toute Cenfure, 
mais le fera couronner des plus beaux Eloges, 
& des Remercimens les plus amples. 

Il me paroit toutefois , que le Synode de 
Caû7pen n'a pas toot à fait obfcrvé la maxime 
du Synoje de la Haye , quand il a approu- 
vé le Livre de \4r. de la Chapelle. Lits 
Eloges qui ont été donnez à ce Livre par cette 
Compa^,nie lî zélée , ne fe bornent pis à la 
pureté delà Doîtrine.Ils s'éieuûent autfi fnr îe 

zs'le- 



62, NuUitez â^s Procédâtes 

Zele^ fur la Solidité it^ raifonnemens,& même 
fur la Profondeur de l^Er>tditi,n. J'aurois crû 
avec beaucoup d'autres, que ce dern er Anicle 
n'entre point d.uis le biK do Examens , & par 
Conrév]uent des /Ipprobat o»s des. Synodes , & 
qu'il peut y avo-'r du moins des» fujets plus in- 
tertiraiis que celui-là , & par ctla même plus 
dignes de l'atteinion de ces Allemblées Ecclé- 
iîadiques , en mettant même à part la pureté 
de la Doârifle 

D'autres pourront objeder à cette maxi'me 
du Synode de la Haye des exemples que l'on 
pourroic produire de Livres, dont les Auteurs, 
ont éié très vivement cenfurei pour deschofes 
qui ne ti)uchuient point la pureté de la Dodri- 
ne. Mais to jtes ces Objcdt ons ne viennent 
fans doute que de l'if^norance ou de l'inatten- 
tion de ceux qui les propofent. 

Réfy.ltat des Réfléxi-mf précédentes. Le Jugement 
du Synode m doit être d^ aucun poids. 

/^E font là les raifons qu»j'ai eues de ne 
^^ point reconnoître i'aurorité du Jugement 
que le Synode de Campr-n a prononcé fur ma 
Dodriie , ni la validi é de fa Citation , non 
plus que de celle duSynoic de la Haye. J'ai 
fait voir que ce dernier n'a rép^indu âmes Rai- 
fons qu'en en paffint la plus granJe partie fous 
lîlence, qu'en 4.olant des maximes qui donnent 
gain de i^aufe aux Catholiques Romains, & qu'en 
u(ant de Péttti'im de Hrincipe^ qu'on aurot pâ 
abrci;er en les réduifani toutes à celte feule ré- 
pouie, le Synode de Campt» a eu raifon parce 

qx'il 



des Synodes de Campen 6? ds la Haye. 6 3 

qu'il a eu raipjYi. Il s*entuit de ces Confidcra- 
lions que le Synode de la Haye qui , bien loin 
d'y avoir égard?, quoiqu'il n'y ait rien pu 
objcder de Iblide , eft tombé dans les mêmes 
fautes que celui de Campen , ne doit pas exi- 
ger que l'on ait plus d'égard pour la Condan- 
nation qu'il a prononcée coiitre ma Doétrine, 
& contre ma Perfonne , qu'il n'en a eu Ici- 
iriéme pour les Loix de la Vérité & de U 
Juftice. 

I. Par rapport à ma Doéîrwe. 

QUant à la Condannation de ma Doârine, 
,elle ne mérite aucun égard, parce que la 
dite Do£lrine eft appuyée fur l'autorité de i'E- 
criiure Sainte , comme je l'ai fait voir par des 
Railbus auxquelles on n'a pas pu répondre 
jusqu'ici, & que le Synode n'y oppofe que la 
propre Déciiion deftituée de preuves, l'unani- 
mité de Tuffrages, & la fauffeté d'une Imputa- 
tion par laquelle on prétend confondre cette 
Doéliine avec d'autres qui en font ellenrielle- 
ment différentes. J'ai déjà fait mes remarques 
fur ce dernier moyen que l'on a tant taie valoir 
{)()ur convaincre mon Sylléme d'erreur. Il ne 
fera imprelîlon que fur les efprirs de ceux qui 
ne veulent voir que par les yeux des autres, & 
qui tiennent les Palk'urs & les Synodes pour îq- 
faillibles , auifi b'cn fur les fatts que fur la 
Duéirine. Une Décilïon fans preuves n'eit 
auffi de nulle autorité ; à aioins que l'on ne 
raye de nos Confcffioos de foi uu Article des 
plu^ elFentiels. 

Ré. 



^4 ■ JSluUittZ des Procédures 

Reflexions fur r unanimité de Suffrages, 

T ^Unammité de fuffrages eft une de ces Coiî" 
"*-' fiderations qui font les plus propres à é- 
hlouïr les efprits de la multitude. Les Syno- 
des de Campe» & de la Haye n'ont en garde 
de rometitre. C'eft là la prénniere chofe que 
bien des gens m'ont objeâce, comme c'a été 
]a première objedion que les Jufs de Rome^ 
firent contre la Dodrine de St. Paul , c'eftà- 
dire contre l'Evangile : Quant à cette Seéie ^ 
lui dirent-ils, nous [avons qtCon la euntredit par 
tout. Qui elt-ce qui pourroit croire que 11 mes 
fentimens étoicnt vrais, toutes les voix eufftnt 
été unanimes à les condanner dans deux Sy- 
nodes confécutifs ?Qui pourroit fe mettre dans 
l'cfprir, que toutes les Egljfes qui compofent le 
Synode Wallon, les unes par leur fiience ^ les 
autres par leurs InliruSiions , ont approuvé ., à 
tous égaras^ ( comme le témoigne le Synode 
de la Haye ) le Jugement de celui de Campen^ 
fi ce Jugement n'étoit pas approuvablc à tous 
égards ? 

!♦ Mais les véritables Réformel pourront ré- 
pondre à cette quertion par un autre queltion ; 
Et commenta t-il été poffible que lesjuifs fuf- 
fent unanimes à condanner 3^<''/«jC^r//î,fuppofé 
qu'il fût véritablement le .'Vf^^t'?Comments'ert- 
il pu faire que toute une Alfemblée de Juges 
fe foit trouvée d'un même avis pour lapider 
St. Etienne, li c'eut été un homme de bien,& 
un Serviteur de Dieu? Comment peut-on con- 
cevoir que dans le Concile de '^rente toutes les 
toix fe foient réunies à condanner les Pro- 

teftans^ 



des Synodes de Campen îs? de la Haye, ^f 

tejîans ^ fi ceux'ci eu/Tent eu la vérité de leur 
côté ? Et comment at-il pu être que les 400. 
Prophètes ^Achab , qui lui prédifoient unani- 
mement un heureux fuccès de fort expédition, 
fûffent tous des fourbes & des Impofteurs? 

II. Eft-il Ç\ difficile à comprendre que beau- 
coup de gens fuient unanimes , quand il y 
va de leur fortune, auffi bien que de leur ré- 
putation ? St. Jean remarque que plufieurs 
d'entre les Juifs , même des Principaux cro- 
yoient en JéfusChrift; mais qu'ils ne le con- 
fefToient point ; car ( ajoute l'Evangelifte ) ils 
•nt mieux aimé la gloire des hommes que la gloi- 
re de Dieu. Eft-ce une chofe fi incroyable , 
que dans une AfTemblée de Théologiens , il 
s'en puifTe trouver plufieurs qui ayent les mê- 
mes difpofitions? Pour pouvoir tirer quelque 
efpéce d'Argument de ce confentement una- 
nime , il faudroit changer l'état des chofes. 
Il faudroit fuppofer qn'il y eût autant de dan- 
ger à ne fe pas déclarer de mon fentimenr,qu'il 
y en a préfcntcment à s'en déclarer. On ver- 
roit alors fi tous les Théologiens demeure- 
roient unanimes à condanner ce fentiment, & 
de quel côté pancheroit la balance. Cet Ar- 
gument tiré de "^Unanimité étoit fort bon dans 
le lems que les Orthodoxes prévalloient fur les 
Ariens ; mais quand, à leur tour , ceux-ci eu- 
rent le deffus , l'Argument tire de VUnanimi~ 
//ne vallut plus rien. Comment auroit- on 
pu n'être pas unanime dans les deux derniers 
Synodes ? Si quelqu'un eût ofé prendre mon 
parti, & donner Ta voix en faveur de mon fen- 
E liment 



66 Nulîtiez des Procfâures 

tîtnent , l'auroit-il pu faire fans fubîr le même 
traitement que l'on m'a fait ? Quand on ehaffe 
de la Syfiagogue tous ceux qui ne font pas de l'a- 
vis courant ,1e moyen e(l infaillible pour qu'il 
n'y ait qu'un feul avis dans toute rAlIemblée. 

m. Quant 2L\iJîlefice de quelques Eglifes,que 
le Synode veut faire pafler pour une Approba- 
tion & pour un Consentement ^ il fait bien que 
la Conféquence n'eft pas fort fûre. Dans les 
occafions de contrainte, bien des gens croyent 
fatisfaire à leur confcience , en retenant leurs 
fentimens par devers eux. J'en connois tel 
qui a afluré qu'il a afFedé de ne pas affifter à 
un Jugement de Synode qu'il condannoit dans 
le fond de fon ame , mais auquel il n'ofoit pas 
s'oppofer , foit à caufe du danger , foità cau- 
fe qu'il croyoit que fon oppofition ne fcrvi» 
roit de rien. 

IV. Cependant ceux qui croyent remplir 
leurs devoirs en étant des 'Juges muèts^ feroient 
bien de refléchir fur l'ufage que l'on fait de leur 
filence ^ & fur la manière dont on a accoutumé 
de l'interpréter. On le prend pour un Confeu' 
ume-nt ^ & le Jugement qu'une AfTemblée pro- 
nonce, fans qu'il y ait perfonne qui s'y oppo- 
fe, eft cenfé être le Jugement de tous , des 
ahfents^ auffi bien que des prejens , de ceux qui 
fe font lû, auffi bien que de ceux qui ont opi- 
né. L'innocent fe trouve opprimé également, 
& ceux qui ne difent rien contribuent à foa 
oppreffion autant que les autres , parce que 
quand on prononce un Jugement comme a- 
yant été formé avec une unanimité des fuffra- 
geSf tous font ellimez y avoir concouru. 



des Synodes de Campe» ^ de la Haye. 6f 

V. Toutes ces raifons montrent que VUna' 
limite eïï de très peu de poids dans cette occa- 
fion. On fe confirmera dans ce fentiment, fî 
l'on fe rappelle une remarque que j'ai faite ci- 
deflus touchant ceux qui ( de l'aveu du Synode 
de la Haye ) opinèrent a Campen de même: que 
les autres , quoiqu'ils n'cuirent pas lu mon Livre. 

Si je voulois oppofcr Préjuge à Préjugé , n'en, 
pourrois-je pas trouver. un extrêmement fort 
en faveur de ma Dodrine dans la conduite que 
les Pafteurs & les Synodes ont tenue jufqu'ici 
pour empêcher qu*elle ne fit du progrès? Tous 
s^eppofent à ce Syjiême , à ce que dit le Synode, 
par conféquent perfonne ne paroit avoir du pan- 
chant à l'embrafler; tous les Palkurs, tous les 
Anciens, toutes les Eglifes le condannent d'u- 
ne voix , ainfi il n'y a point de danger que mes 
opinions fe répandent. Il faudroit donc ou le 
laiffer là, ou fe contenter d'y oppofer de bon- 
nes raifons. Mais au lieu de ces raifons, on 
ne s'attache à le combattre que par des Injufti- 
ces^ par des Calomnies^ par des Sophifmes. Ne 
me donne- t-on pas fujet d'en con dur re qu'il faut 
que l'on fe fente bien foible en raifons, & que 
l'on trouve bien mauvaife la caufe que l'on ne 
ioûtient que par de pareilles voyes? Je déclare 
donc que tant qu'on ne me donnera pas de meil- 
leures raifons que celles que l'on m'a données 
jufqu'à préfent, pour me perfuader que je fuis 
dans l'erreur, je perfifterai dans mesfentimens, 
& que j'appellerai du Jugement du Synode qui 
les condanne, au Jugement de l'Ecriture qui les 
approuve. 

E % II. 



<î8 Nullitez des Procédures 



II. Par rapport à ma Perfonne. 

QUant au Jugement qui regarde ma Perfon- 
, ne , les Raifons par lefquelles j'en ai prou- 
vé la Nullité ^ me difpenfent d'y avoir aucun 
égard , & il me paroit qu'on ne peut point le 
recofinoître pour être de quelque valeur, fans 
fe rendre complice de.rinjuftice de ceux qui l'ont 
prononcé. 

Je n'y veux relever qu'un feul Article. Ces 
charitables Meilleurs me font efpe'rer de me ré- 
tablir dans tous les droits , dont , à ce qu'ils di- 
fent, ils fe trouvent forcez de me dépouiller 
par leur fentence. Mais c'eft fous condition ^«ff 
je rétraéie publiquement mes erreurs. Voici ce 
que j'ai à leur dire par rapport à cette condi- 
tiofi. 

I. Ils auroîent bien fait de me marquer clai- 
rement & diftindement quelles font les erreurs 
que je dois rétraéter, afin que je fûffe à quoi 
m'en tenir. C'eft pourtant ce qu'ils ont entiè- 
rement négligé. Dans l'Ade qui m'a été remis 
par l'ordre de leur Compagnie, ils fe conten- 
tent d'exiger en termes généraux que je retraébe 
mes erreurs, fans m'enfpécifier aucune. Com- 
ment puisjefavoirce qu'ils ont voulu dire, puis 
qu'ils nefc font pas expliquez? S'ils difent que 
le Synode de Campen a éclairci la chofe quand 
il m'a accufé de réunir dans mou Syftéme les ^ 
Hcréfies d'//r/«j & de Sabellius ^ je leur répon- 
drai que celte Décifion même (mettons à part 
fi elle eft vraye ou faulfe ) eft vague & obfcure. 

Il 



dei Synodes de Camptn è? de la Haye, ôp 

Il eft queftion de favoir ce qu'ils entendent par 
les Héréfies à^/Jrius & de SahelUui. Je puis é- 
tre très Orthodoxe par rapport à la Doârine , & 
ignorer quels font les fentimens queMeflîeursda 
îjynode regardent comme des Héréfies dans A- 
rius & dans Sabellius. Il falloit donc ou laifTer 
là ces noms odieux qui nedonnent aucun éclair- 
cifTement, & dire en termes non équivoques 
quelles font les Héréfies que l'on m'accufe d'à» 
voir enfeignées , & que l'on veut que je retrac- 
te, ou du moins fpécifier ces Héréfies des A- 
riens & des SaheW'tens^ que l'on a prétendu 
trouver dans mon Livre. J'ignore par quel prin- 
cipe on a trouvé bon de s'exprimer d'une ma- 
nière â obfcure & fi enveloppée. 

II- Avant que de me demander une Rétrac- 
tation ^ le premier & le principal foin de ces 
charitables MefTieurs devoit être celui de travail- 
ler à me convaincre. S'ils euiïent pu gagner 
ce point, il n'eût pas été néceflaire qu'ils exi- 
geaient de moi ce que j'aurois fait de mon propre 
mouvement. Et exiger de moi que je me re- 
trace, avant que je fois convaincu, c'eft exi- 
ger de moi une démarche indigne d'un Chré- 
tien , & me vouloir vendre pour un prix fi 
honteux quelques avantages que je ne me ferois 
pas êxpofé à perdre, fi j'eufTe eu des fenti» 
mens fi bas. Mais ont-ils eu ce foin de m'in- 
ftruire & de m'éclairer^ de me perfuader par 
de bonnes raifbns ? On n'en voit pas la moin- 
dre trace dans la conduite de ces deux Syno- 
des. Sans m'ai léguer aucune raifon, fans me 
marquer même quelles font mes erreur^, on 
E 3 éxi- 



7© Nulîitez des Procédures 

exige que je les retrade. Je puis dire avea 
vérité, qu'un des principaux motifs que j'ai 
eus de difterer mon départ pour V Angleterre 
jufqu'après la tenue du Synode de la Haye^ 
& je l'ai dit à diverfes Perfonnes qui peuvent 
m'en être témoins , a été de donner occafion 
à tous ceux de cette Aflemblée qui l'auroienc 
pu fouhaiter de conférer avec moi , & de me 
communiquer les raifons qu'ils pouvoient a- 
voir de ne pas admettre mon Syftême. Je ne 
trouvois pas, à la vérité, qu'il fût à propos 
de paroitre dans une Aflemble, qui pour tou- 
tes Raifons n'a que des Décifions & des Cen- 
jures à m'oppofer, & qui, fi j'eulTe entrepris 
de défendre mes fentimens devant elle, n'au- 
roit pas manqué de m'arrêter tout court & 
de me dire. Nous ne Jommes pas ici pour dis- 
puter. Mais je n'aurois pas fui un Eclaircif- 
fement fraternel avec tous ceux qui auroient é- 
té porteï, à vouloir me dire leurs Raifons & 
entendre les miennes. Mes vues ont été fm- 
ftrées. De toute cette AfTemblée nombreufe 
de Théologiens, il n'y en pas eu un feul à 
qui il foit venu la penfée de tâcher de me per- 
fuader par de borines raifons. La charité de 
tous s'eft tenue à cet égard dans une parfaite 
inadion. 

m. Que demande-ton proprement d'une 
perfonne qu'on veut engager à faire xxue Re'- 
traéîation. Il me fembîe qu'on veut qu'il té- 
moigne qu'il a de fentimens oppofez aux er- 
reurs que l'on prétend qu'il a euè's. Ainfi 
moyennant qu'il ait de tels fentimens , & qu'il 

en 



des Synodes de Campen (^ de la Haye. 7 1 

en donne des marques non équivoques, on 
doit être content de lui. Si c'eft là le but de 
ceux qui veulent que je réirade mes préten- 
dues erreurs, j'ai de quoi leur donner toute 
la fatisfadîon qu'ils peuvent raifonnabîement 
fouhaiter. Mes erreurs, à ce qu'ils prétendent 
font celles des Ariem & des Sabelliens. Tou- 
tes les erreurs que l'on attribue aux Ariens fe 
réduifent à nier la Divinité du Ftts ^ du St. 
Efprit , & à faire de ces deux perfonnes de 
fimples Créatures. Toutes les erreurs que l'on 
impute aux Sahelliens confident à ne recon- 
noître <^ une feule Perfonne Divine fous des noms 
dijférens^ & à enfeigner qu'/7 n'y a entre ces 
Perfonnes aucune Dijîindion réelle. Si donc je 
déclare que je n'ai aucun de ces fentimens; (i 
je déclare que je crois que le Fils auffi bien 
que le St. Efprit eft vrai Dieu de même que le 
Père, qu'ils font tous deux Confubfiantiels au 
Père; fîje déclare que je crois que le Père, le Fils, 
& le St. Efprit font réellement âifliniîs l'un de 
l'autre, en faut- il davantage que cette Décla- 
ration pour témoigner que je fuis exempt des 
erreurs des Ariens & des Sabelliens > Or je fais 
ici ces deux Déclarations; je les ai faites plu- 
fieurs fois dans tous mes Livres , je fuis prêt 
à la faire toutes les fois que l'on voudra; & 
fi l'on me peut montrer dans mes Livres que 
j'y aye avancé quelques propofitions oppofées 
aux fentimens que je viens d'avouer comme 
étant les miens, je m'engage à les défavouér 
& les condanner. Je ne luis donc point dans 
les fentimens de Ariens & des Sabelliens , & 
E 4 puis- 



7^ NulUtez des Procédures 

puîfque c*eft en ces fentimens que l'on fait 
confifter mes prétendues erreurs & mes pré- 
tendues Héréfics^ on doit recevoir cette Dé- 
claration, comme un témoignage que je fuis 
parfaitement Orthodoxe. Que peut-on deman- 
der de plus? Que j'avoue que j'ai eu ces er- 
reurs-là, & que je les ai enfeignces dans mon 
Syftême. Mais je fuis perfuadé du contraire. 
En tout cas il ne s'agit que d'un fait qui n'in- 
térelfe point '^Orthodoxie. Quoi feroit-ce être 
Hérétique que croire que les Hérefies des Ariens & 
At%SabeUiens ne font pas dans monSyftéme, quand 
en même tems on témoigne que l'on n'adopte 
pas ces Héréfies ? Si l'on n'eft pas content de 
cette Déclaration que je viens de faire, il faut 
que l'on ait un tout autre but que de s'a/Tûrer 
de mon Orthodoxie. Ceux qui infiftent fur u- 
ne Ràraélation ou un Aveu que je ne faurois fai- 
re en confcience, montrent évidemment que 
ÏSipurete de la Religion n'eft pas le motif qui leur 
fait exiger un tel aveu , mais que c'eft leur ré- 
futation qui en eft le véritable motif. Ils m'ont 
accufé à* Héréfies que je nie. Si l'on me re- 
connoit Orthodoxe en vertu de cette Déclara- 
tion, qui eft la même que j'ai faite dans tous 
mes Livres où j'établis mon Syftême, chacun 
en tirera cette conféquence, que mon Syftême 
«ft exempt de ces Héréfies , & qu'on l'en a ac- 
cufé fauiïement. Afin donc que mes Accufa- 
îeurs ne palTent pas pour des Calomniateurs , il 
faut que j'avoue des lentimens que je n'ai ja- 
mais eus, parce qu'il leur a plû de m'en accu- 
fer. Il faut que jefacrifie la Vérité à la Réfuta- 
tion 



des Synode i dt Campen £s? de la Haye. 75 

tio» de ces Meffieurs. Je n'achèterai jamais à 
ce prix tous les avantages qu'ils feroient capa- 
bles de me procurer. 

Les faits avancez dans mon Apologie n'ont point 
été convaincus de faujfeté. 

TL ne me refte plus qu'à jaHifier mzfiacérité 
•^ contre trois Articles du Synode de la H^ye^ 
dans lefquels on a taché de la rendre fafpede. 
Le premier de ces trois Articles touche un en- 
droit de ma Protejlation, dans lequel j'ai dit 
quelques mots au fujet de V Approbation que le 
Synode de Campen a donnée à la conduite des 
quatre Pafteurs de la Haye par rapport à moi. 

J'avois fait dans mon Apologie un eïpofé auf- 
fi tidcle que circonftancié de cette conduite. 
Quoi qu'elle ne parût pas fournir une grande 
matière à Approbation , le Synode de Campen 
en a jugé autrement , il ne faut pas en être 
furpris. Mais il n'a point nié ni mis en doute 
la vérité des faits que j'ai rapportez. C'eft ce 
que j'ai fait remarquer dans cet endroit de ma 
Protejiation. Il n^y a pas unfeul mot dans cet 
Article du Synode de Campen qui témoigne , ou 
qui fajfe .même foupç»nner , que dans ma dite A- 
pologte faye avancé quelque chofe de faux au dé- 
savantage de quelqu'un de ces quatre Mejjieurs. 
S'ils fe fujfent plaints de quelque chofe de pareil , 
cette AJfemblée , qui ^ dans tout [on procédé^ a fait 
voir qu'elle leur ajoutait foi aveuglément en tou^ 
tes chofes^ zsf f»'^//? n'éxaminottrien après eux^ 
ii'attrtit pas manqué de retever cette circonjian- 
E S ce. 



74 NuUitez des Procédures 

ce ^ ^ de témoigner de la manière la plus forte 
fon indignation^ de ce que feujfe ofé calomnier de- 
vant le Public des Pajieursfi prudens , Ji léle^, 
^ fi charitables, en ajoutant /^ferment à la ca- 
lomnie. 

Le Synode de la Haye^ à la requifition da 
Confiftoire du même lieu a relevé cet endroit, 
mais d'une manière aflez finguliére. Il méfait 
dire autre chofe que ce que j'ai dit, afin qu'il 
paroifTe ne pas convenir de ce que j'ai avance. 
Avec cela il ne dit rien qui y foit contraire, non 
plus que le Synode de Cawî/'É'». La demande étoit 
que l^AJfemble'e voulût bien faire paraître , que le 
dernier Synode en ne relevant point ce que le Sr. 
Maty avance dans fon Apologie touchant les qua- 
tre Pafieurs de la Haye , n'a point prétendu con- 
facrer par fon filence ^ les ir/7putations du dit Aw^ 
teur, lequel dans fa prétendue Protejiation tâche 
de perjuader au Public^ que cet Article de la 
jufdiie Apologie a été tacitement approuvé , par 
cela même qiion ne Pa pas condanné d'une ma- 
nière formelle. Cette demande eft l'une des deux 
qui ont été accordées avec cette pluralité de fuffra- 
ges qui tient de l'unanimité. 

Je n'ai rien dit qui tende à perfuader au Pu- 
blic que cet Article de mon Apologie ait été ta- 
citement approuvé. J'ai dit uniquement qu'il n'a 
pas été accufé , encore moins convaincu de fauf- 
fêté, & que s'il y eût eu furicc fujet quelque plain- 
te portée au Synode de la part de ces quatre 
Paiteurs fufdits, & quelque jugement du Syno- 
de formé fur ces plaintes , la matière éioit af- 
fez grave & aflez de conféquence, pour que 

les 



des Synodes de Cawpen 6? de la Haye. Jf 

les Articles du dit Synode en euflent fait men- 
tion. La demande de l'Eglife de la Haye que 
le Synode a appointée, contredit-elle à aucun 
de ces chefs? Dit-elle que mes Imputations font 
faujfes'i que le Synode de Campen les a jugées 
telles fur les plaintes que ces Mefîîeurs y ont 
apportées & qu'après^une recherche éiaâe, ces 
plaintes ont été trouvées juftes ? Rien de par 
reil. II femble pourtant qu'elle ne feroit pas 
fâchée qu'on le foupçonnât; car la demande 
eft conçue d'une manière à faire naître cefoup- 
çon. Alais ce n'eft pas ainfi que l'on parle d'u- 
ne chofe de cette nature quand elle eft avérée. 
On s'exprime nettement & fans équivoque. 
Qu'eft-ce que cela veut dire , cet Article n'a 
pas e'té cbndanné d'une mamére forr/ielW^. A-t-il 
été condanné de quelque autre manière. Ces 
endroits de mon Apologie ont-ils été lus dans 
le Synode de Campen} A-t-on fait des infor- 
mations touchant les faits? Les fuffrages ont- 
ils été recueillis? Y a-til eu quelque Juge- 
ment prononcé ? Que l'AfTemblée de Campen 
ait ou n'ait pas voulu cunfacrer par fonfiUncecQ 
que j'ai avancé fur le compte de ces Palkurs, 
il eft confiant qu'elle s'eft tuë, auffi bien que 
celle de la Hayç^ & que fi k filence dans ces 
occafions ne prouve pas une Approbation poji' 
the ^ il prouve qu'il n'y a point eu de Jttge- 
ment pojiuf qui renferme une Délapproùatton. 
Au refte, il me femble qu'un Synode iié- 
geant peut bien témoigner quelles font fes pro- 
pres intentions , mais que quand il s'agit de 
celles d'un Synode déjà difTous , on n'en peut 

juger 



y 6 Nullitez des Pi^oc:dures 

juger que par ce qui paroît dans les A£l:e$ de 
ce Synode. Or tout autre Synode n'a pas plus 
de droit de faire ce jugement, qu'un fimple 
particulier. 

Repsnfe à une fommat'ton du Synode. 

"D îen ne m'a partf plus fingulier que l'Article 
••^fuivant, dreiîe de même que celui que je viens 
d'examiner, à la réquifition de l'Eglife de la 
Haye. Cette Eglife a aujji fait remarquer au 
Synode , ^ac les infmuations re itérées du Sr. Ma" 
ty en divers endroits de fes Ecrits , (^favoir qu^a^ 
yant confulté plufieurs Théologiens à fa portée , 
/'/ les avait trouvé en tout ou en partie approha- 
teurs de fes fentimens ) n'allaient pas à moins qu'à 
répandre des foupçons auffi odieux que vagues fur 
tout le Corps Ecclefiaflique du Synode IValloH, 
C^efl ce qui a engagé la dite Eglife à prier cet- 
te ÂU'emblée de fommer l' Auteur de déclarer 
par nom ceux dont il a voulu parler ; à moins 
que de vouloir être cenfé avoir parlé contre la 
vérité. La Compagnie a trouvé ces deux de- 
mandes jufîes Ç3' elles ont été accordées avec 
cette pluralité de fuffroges qui tient de l'unani- 
mité. On a pu lire l'exécution de cette fom- 
mation dans l'Aâe qui m'a été communiqué 
de la part du Synode. 

Je n'examinerai pas ici quel droit ce Syno- 
de a eu de m'adreflèr une fommation pareille. 
Je ne demanderai pas auffi à ceux qui en font 
les Auteurs, d'où ils ont pris que les Théo- 
logiens dont j'ai voulu parler fulTent du Corps 

Ec' 



des Synodes de Campen £5? de la Haye. 77 

Eccléfiajiiijm Wallon, De tous ceux avec qui 
j*ai eu quelque Entretien fur mon Syftême/ 
je n'ai caradérifé ni dans nion Apologie ni ail- 
leurs, que les quatres Pafteurs de la Haye ^ 
quand j*ai donné le détail de leurs Conver- 
fations avec moi. Quant aux autres , com- 
ment peuvent deviner Meffieurs du Synode 
qu'ils foient de leur Corps, fi ce n'ell parce 
qu'il leur a plû de le fuppofer, afin que leur 
Sommation pût être appuyée fur quelque pré- 
texte apparent. G'eft dans le même defifein, 
que par une Pe'thion de Principe que mes 
Adverfaires ne manquent jamais de mettre eu 
ufage, ils m'accufent de répandre des foupçons 
odieux fur ceux de qui j'ai dit qu'ils ont ap- 
prouvé mon Syftême. Ce mot, odieux y eft, 
dans cette occafion, tout à fait d'un ftyle 
Chre'tien & Synodal. 

Mais ont-ils bien confulté les régies de la 
morale , & les devoirs de l'honnête homme , 
quand ils m'ont non feulement confeillé , 
mais fommê^ & en quelque façon commandé 
un Ade de UahiÇon ? Quel autre nom pour- 
roit-on donner à ma conduite, Ç\ j'allois leur 
découvrir les perfonnes qui , à ma prière 
m'ont communiqué leurs penfées, & 'à par 
cette démarche je les expofois aux pourfui- 
tes de ceux, qui ont donné à connoître par 
le traitement qu'ils m'ont fait, celui que tous 
les fauteurs connus de mes fentimens, s'ils 
dépendoient d'eux, auroient à attendre de leur 
part? Quoi, un Synode a pu m'impofer une 
pareille Loi? Les Membres de cette Alfem» 

blée 



^8 



Mullitez des Procehrei 



blée ont pA y foufcrîre? & cela s'eft pu re- 
fondre avec cette pluralité' de fuffrages qui tient 
de l'unanimité'} J'en fuis tout à fait mortifié 
à caufe d'eus. Comment oferons-nous cenfu- 
rer la conduite du Concile de Confiance^ qui 
fut perfuader à un Empereur que la foi don- 
née à des Hérétiques ne devoir pas être gar- 
dée? Je crois, & c'eft ce que je puis juger de 
plus avantageux pour ces Melfieurs, que la 
plupart de ceux qui ont donné leurs voix pour 
faire pafTer cet Article, l'ont fait fans aucune 
réflexion. Je leur ferois tort de penfer qu'il 
y eût quelqu'un d'eux qui voulût être 
eftimé capable d'une adion pareille à celle 
que le Synode m'impofe. Et qui voudroit ja- 
mais fe fier à eux, s'ils étoient connus fur ce 
pié-là? Mais cela même fournira matière à 
bien des gens de dire que ce n'eft pas d'une 
Aflemblce Synodale, telles que font confti- 
tuées celles d'à préfent, qu'on doit attendre 
de grandes lumières , & des direâions fort fû- 
res, foit pour la/c//, foit pour les meeurs. 

Des ordres qui émanent d'une Autorité qui 
n'eft pas reconnue, font fujets à être mal ob- 
fervez , à moins que cette Autorité ne puiffe 
faire agir pour elle la Crainte oa l'Efpérance. 
Si ceux qui m'ont fait (ïgnifier cet ordre Sy- 
nodal euilent été armez du Pouvoir des /»- 
quijiteurs de Rame ou à'Efpagne^ le plus éfi- 
cace moyen de me contraindre à leur obéir 
eût été de m'appliquer à la Queftion , pour 
me faire nommer mes Complices. Le Syno- 
de n'a pu appuyer fa fommation que de cette 

me- 



ûts Synodes de Campen 6? de la Haye. 79 

menace, qu'à mon refus je feroîs cenfé avoir 
parlé contre la vérité. C'eft me marquer en 
termes un peu honnêtes, que tout ce qu,ej'ai 
avancé dans mon Apol'jgie touchant ceux qui 
m'ont paru être dans des dKpolitions favora- 
bles à mon Syflême, fera regardé comme des 
Menfonges & des Impoftures. Et pourquoi , 
je vous prie? Ce He peut être qu'en vertu de 
ce Principe ; 7out homme qui ne veut yas fe laif- 
fer perfuader de trahir la confiante que l^o» a eue 
tn lui , efi un menteur ^ un impojleur. Ce 
Principe pofc, la Conféquence eft immanqua- 
ble. 

Jl y a des gens dans le monde qui fouhai- 
leroient fort que ce Jugement défavantageux à 
ma fincérité fe pût introduire dans l'efprit du 
Public, & que la Société fe lailTât perfuader 
que tous les faits contenus dans mon Apolo- 
gie font un affemblage de Faufieteï, y com- 
pris non feulement les Converfations de vive 
voix, qui font fujettes à être racontées diffé- 
remment, mais même les Extraits des Lettres 
de Mr. de la Chapelle , dont j'ai les .Origi- 
naux par devers moi, & qui feuls peuvent 
faire foi de tout le refte. Grâces à Dieu , oa 
n'a fait jufqu'icî que des éforts impuiffans pour, 
me faire paflTer pour un menteur. Il feroit à 
fouhaiter pour Mr. de la Chapelle^ & pour fe$ 
2élez Approbateurs, que celui-ci pût fe jurti- 
fieraufîi bien à l'égard des Fauffetez qu'il a avan- 
cées en grand nombre dans le Livre par lequel 
il prétend renverfer mon Syftême, & dont- il 
y en a plufieurs que j'ai déjà fait toucher au 

doigt 



8o Nuîîitez des Procédures 

doigt. Je l'en ai accufé hautement dans ma 
Protejlation que le Synode a vue, & à laquelle 
il lui a pIû de n'avoir aucun égard. Si quel- 
qu'un me fomme de montrer ces Faujfetez , on 
me trouvera prêt d'obeïr à ceitcfommatioft. 

Fait avancé touchant Mr. Frefcarode. 

TTOici pourtant un Article très grave. L'on 
' m'y accule d'une Calomnie^ pour avoir, 
dans ma Proteftation^ avancé un fait qui re- 
garde Mr. Frefcarode^ lequel fait, après les in- 
formations faites s'eft trouvé faux. G'eft ce qui 
fournit matière au Synode de la Haye de me dé- 
peindre comme un Calomniateur^ par le tour 
qu'il donne à fon Article, dont la Conclufion 
eft, que le fait avancé par le Sr. Maty eji une 
Calomnie. J'avertirai le Public d'une chofe que 
le Synode auroit bien fait de ne pas pafïer fous 
filence, que je n'ai pas avancé ce fait comme 
en étant moi-même témoin, que je ne l'ai 
point affirmé d'une manière abfoluë, mais d'u- 
ne manière conditionnelle, & fur la relation 
que des gens que j'eftimois digne^ de foi m'en 
avoient donnée. Voici par où j'ai débutté: // 
s\[i paffé une clvfe dans cette jljjemblée , au 
moins à ce que des gens dignes de fui ^ ^ qui 
pouveient le bien [avoir , n^ont ajfuré, dont- il efl 
utile que le Public ait connoiffance. Que le rap- 
port qui m'a été fait le trouve vrai ou faux, je 
n'ai avancé rien que de vrai , quand j'ai dit que 
des gens dignes de foi, & qui pouvoient le 
bien favoir, m'ont aflurc que la chofe s'ctoit 

ainil 



des Synodes de Campen {î? de la Haye. 8 1. 

aîiifi paflee. Et je voùdroîs bien que l'on me 
dît où feroît le fin, fi je l'eufTe inventé de 
mon chef. Pouvois -je ignorer qu'un fait de 
cette nature ne pouvoit pas manquer de le vé- 
rifier, & que i\ j'en eulfe voulu impoftr au. 
Public, je n'en aurois que de la confulion. 
Je l'ai donc crû vrai, & j'ai eu des raifons 
aifcz fortes pour le croire. Je ne prétens pas 
le défendre en aucune façon, & j'acquicfce 
volontiers aux inforinations que le Synode 
a faites, par où il a paru que j'ai été mal 
informé. Si l'on eût daigné nous inftruire 
au vrai de ce qui s'tft pallé au fujet de cette 
afaire, nous faurions en quoi cela diffère da 
récit que l'on m'en avoit fut, & que je n'ai 
fait moi-même que fur la foi d'autrui, & l'on 
pourroit découvrir ce qui a pu caufcr le mal- 
cntendti; car il ne me paroit pas apparent 
qu'il y ait eu de \i mauvaife foi dans ceux 
de qui je le tiens. Ocoiqu'il en fuit , li j'euf- 
fe été mieux informé, ou que j'eufle eu queU 
que Xoupçon par rapport à la vcricc de ce 
fait, je ne l'aurois pas mis dans ma Frvte/ia- 
tion ^ & je prie tous ceux qui peuvent avoir 
cette pièce entre les mains d'en éfacer cet Ar- 
ticle, comme y ayant été mis par abus. 

Voilà ce que je crois devoir faire pour ren- 
dre à Mr. Frefcarode la jullice qui lui appar- 
tient, & pour réparer une faute que mon trop 
de crédulité m'a fait commettre, plutôt que )e 
deifein de lui faire aucun tort. 11 fcroit à 
fouhaiter que ceux qui ont avancé contre moi 
des faits de la faufTeté desquels il leur ctoit 
aifé de le convaincre par leurs propres yeux, 
F tri 



8i Nuîlîtez des Procédures ^cl 

en lifant mes Ecrits, fiiïent paroître une équitç 
pareille à mon égard. Toutes les rétra6lations 
du monde ne fauroient réparer le dommage que 
les faaffes Impataiions m'ont caufé ; mais quand 
l'Adion dont Mr. Frefcarode aété judifié par 
le Synode fe feroit trouvée vraye , elle ne lui 
auroit pas caufc un grand préjudice. 

En fuppofant la vérité de ce fait, j'ea'avois 
tiré la conféqucnce, que les fufFrages de l'Af- 
femblée de Campen n'ont point été libres. Mon 
Argumenc tombe, je l'avoué", avec la fuppo- 
fition fur quoi l'avois raifonné. Mais la Con- 
clullon ne laiiFe pas d'être vraye, parce qu'elle 
eft appuyée fur d'autres Preuves bien plus con- 
cluantes que celle dont je m'étois fervi. J'ai 
fait fentir la chofe ci-defius dans les Réflexions 
.que l'ai faites fur VUnanimlté des f»ffrages; & 
ce fait eft d'une nature à ne pouvoir m'ctre 
contefté. Quoi, ofcroit-on dire que {\ quel- 
qu'un, foît dans le Synode de Campe» ^ foitdans . 
celui de la Haye ^ eût opiné en faveur de mon 
Syltême,ilne lui en feroit arrivé aucun mal. ^ II 
n'étoit donc permis dans ces deux Affemblées de 
donner fa voix que contre mon Syllême , c'eft 
une chofe fûre & conftantc. 

Ce font U les Réflexions qu'une jufle & né- 
ceflaire défenfe m'a contraint de mettre fur le 
papier. Dieu veuille qu'elles fervent à défa- 
bufer le Public, & à faire rentrer en eux-mê- 
mes ceux qui m'ont mis dans la fâcheufe né- 
cefl3té de recourir à ce genre d'écrire qui eft fî 
oppoféàmon penchant, & à mon inclination. 

FIN. 

RE'- 



REPONSE 



A 



• M^. DE B O N V O U S T. 




de la Paix. 



'Aï à cclaircir le Public par rap- 
port à certains Articles que Mr. 
de Bonvoujl a avancez fur mon 
fujet à la fin d'un Livre qui a pour 
tître, Le Triomphe de la Véritél^ 
Si par mon (ilence je paroilTois 
confirmer ces Articles, ils pourroient faire naî- 
tre des Préjugei far mon compte, lefquels il 
m'importe de prévenir. Sans cela, je m'en 
îiendrois à mon Traite fur la Trinité , & aux 
Preuves que je viens de donner dans le préfent 
Ecrit touchant les Nullitez des Procédures des 
Synodes que M, D. B. a entrepris de )uflifier. 
je crnirois toutes fes Conlîdcrations fuffifam- 
ment anéanties par ces deux Livres. 

Ce qu'il peut ]' avoir de plus impofant dans 
cette prétendue Jujlification du Synode de la 
Haye^ ce font deux Converfations que j'eus a- 
vec M.D.B. il y a environ lo. mois. Je n'ap- 
préhende pas le tort que fes Objedions qu'il y 
rapporte me pourroient caufer. Sans avoir dé- 
fîgiîé celui qui en éioit l'Auteur, on verra que 
je les ai refutées, finon toutes, au moins cel= 
F i les' 



§4 R E^ P O N s E 

les qiiî peuvent paroître les plus frapantes , dans 
la [II. Partie de mon Traité, que j'avois com- 
polee dans l'état où on la peut voir, longtems 
avant que je lûlFe que M. D. B. eût rien écrit 
contre moi. Mais il ne fait mention que defes 
Objections, qu'il étale tout de leur long. , 

Qaaiit à mesRéponfes, elles font ouomifes 
ou mutilées d'une grande partie, parce qu'ap- 
paremment il ne s'eft fouvenu dilîindlemenc 
^ue de fes Objeéïions, & que mes Réponfes 
lui font pour la plupart forties de l'efprit. Des 
gens qui fe laifTent prévenir ai fé ment au défa- 
vantage de tout homme qu'on veut faire palTer 
pour hérétique, jugeront par l'expofé du Li- 
vre de M. D. B. que fes Argumens m'ont fer- 
mé la bouche. Mon lilence en cette occalion 
ne manqueroit pas d'être pris pour un aveu de 
ma prétendue défaite. Afin donc d'empêcher 
que perfonne ne préne pié fur mon filence, je 
fuis obligé d'avertir le Public, comme c'eft la 
vérité , que j'ai répondu à toutes les Objections 
que M. D. B. rapporte , & même à toutes fes 
Répliques. . J'y ai répondu d'une manière qui 
m'a paru luffifante pour faire voir la nullité de 
toutes fes Raifons. J'ai même crû l'avoir moi- 
même réduit, non pas à un filence abfolu, les 
gens d'efprit ne demeurent jamais tout à fait 
muets ; m?iis à me repondre comme l'on fait 
quand on elt fort prefiTé par une Objection , & 
qu'on ne fc veut pas avouer vaincu. Souvent 
dans ces rencontres, on fe tire d'affaire en fai- 
fant paroitre du mépris pour l'Objection qui 
flous embarrafle, & je puis alTurerque dans les 
deux Converfations dont il s'agit, M. D. B, 



A Mr; de Bonvoust^ ^S 

â eu plus d'une fois recours à cet expédient. Si 
l'on ne veut pas s'en rapporter à ma déclaration, 
qui pourtant, à ce qui me femble, mérite au- 
tant de créance que celle de ma Partie, je ren- 
voyé le Public au témoin que M. D. B. a cité 
lui-même, & qu'il n'oferoit recufer après l'é- 
loge qu'il a fait de lui, auquel je n'ai garde de 
m'oppofer. Si fa mémoire lui peut rappeller 
des chofes qui fe font palTées depuis fi lon^tems, 
je m'aflure que fon témoignage ne me fera pas 
défavantageux. 

Mais dans le fonds, le monde prend fort peu 
d'intérêt à la manière dont deux Perfonnes de 
différens avis ont pu foûtenir le leur dans une 
Difpute, & fur tout dans une Dilpute de vive 
vois. Il n'en eft pas de deux fentimens oppo- 
fez, comme de cesditférens entre deux Nations 
ennemies, qui fe peuvent décider ou par une 
batailk rangée, ou par un combat flngulier de 
deux hommes de chcique nation. Une bonne 
caufe peut-être mal défendue, & une mauvai- 
fe peut rencontrer des Avocats gui la favent fi 
bien défendre, qu'ils ferment la bouche à ceux 
du parti contraire. Il n'elt pas queflion fi j'ai 
répondu ou non, fi j'ai bien ou mal répondu 
aux Objeâions de M. D. B. mais fi fes Objec- 
tions font folides ou û elles ne le font point. 
Si le fécond cas eft le vrai, il ell clair que ces 
Obredions n'ont point dû meperfuader,& que 
j'aurois péché contre laraifon û jemefulfe ren- 
du à des Argumens frivoles. 

Pour montrer que c'eft là mon cas, je n'au- 

rois qu'à réfuter chacune de ces Objeâions. 

Mais qu'eft - il befoin de faire ce que j'ai déjà 

F 3 fait ? 



8<î R e' p, ^ ■ Nt, se 

fait? Que le Lcâeur fe donne la peine de lire 
mon Traite, il y trouvera ce que j*ai répon- 
du, oa au moins ce que ]*ai pu répondre à 
tout ce que M. D. B. m'a opporé de plus 
plaulibie. 

Par exemple, il m'objeâe (a) que l'Ecritu- 
re ne dit nulle part qu'il y ait eu deux Etres 
créez avant la Création du Monde. J'ai prou- 
vé le contraire dans mon Traiie, & même dans 
ma Lettre d'un 'Thccloghn.. Je bâtis fur ce - 
Principe, que j'ai fnppofé ayec les Orthodoxes 
dans cette Lettre^ & que j'ai prouvé dans la 
II. Partie de mon Traite {h) que V Ecriture c- 
tablit , Ui^e Diftindhm entre les Personnes , qtii a 
devancé ï'incarnathm , ^ qui remonte jufquau 
comrne-iicement du Monde. M. D. B. elt trop 
bon Orthodoxe pour aie nier ce Principe. En 
le fuppofant, on n'a qu'à lire les Art. XVII. 
XVIIL XIX. & XX. de la Lettre d'un Toéo- 
hgten^ pour y trouver la dcmonftration de la 
Thefe dont mon Adverfaire foutient, par une 
pure pétition de Principe, que l'Ecriture ne par- 
le nulle part. 

Il va plus loin, cette Théle, félon lui, eft 
contraire à ces paroles de la Genefe; Au corn' 
mencement Dieu créa la Ci eux çjf 1^ 'l'trre. Je 
croyois qu'une propofiiion ne peut point être 
dite contraire à un PalFage de l'Ec.iture, à 
moins que ce PalTage ne nie ce que la Propo- 
fiiion affirme. De forte que pour anéantir l'Ob- 
jeâicn de mon Adverfaire, il m'a femblé qu'il 

(a) Triomphe ^c, P. qjjf. 
0} Art. L 



A Mr. DE Bon vous T. 87 

n'y avoic qu'à faire voir que le PafTage qu'il 
m'oppofoit ne nioic point qu'il n'y eût eu des 
Etres créez avant la création de ces deux <k. 
de cette T'erre ^ dont Motfe nous parle dans 
cet endroit. M. D. B. a crû détruire ceite 
réponfe en difant, que fi ces Paroles de la 
Genefe ne nient pas ime création antérieure 
à celle dont il y cft fait mention, elles ne 
rétablilîènt pas non plus. C'ell comme iî 
l'on préteudoit nous prouver, que le (èntiment 
que nous avons, que celui qui tenta Eve, n'é- 
toit pas un fiirp'e Serpent, mais le D.able re- 
vctu du corps d'un Serpent, eft contraire à la 
relation de MoVfe, qui ne nous parle que d'un 
Sotpeiu. Si nous répondons que MoïTe en ne 
taifant mention que d'un Serpent, ne nie pas 
qu'il n'y eût là quelque autre Etre différent d'un 
Serpent, on nous dira fuivant la Logique de 
M. D. B. que nôtre réponfe n'a point de fon- 
dement, parce que fi Moïfe ne nie pas la cho- 
fe en quefiion, il ne l'affirme pas non plus. 
J'avoue qu'au cas que j'eulfe dit que je n'avois 
rien à répondre à un pareil Argument, je ne 
croirois pas que ma Caufe en fouffrît aucun 
dommage. 

Pour montrer que ces paroles. Au commen- 
cernent^ excluent tout autre Etre fini , qu'on 
pourroit fuppofer qui eût esifté avant la créa- 
tion du Monde, M. D. B. s'eft fervï de l'Ar- 
gument ordinaire de ceux qui foutiennent ce 
même fentiment. Apres l'avoir rapporté, il ne 
me fait répondre rien autre chofe , finon que 
dans les Ecrits que je mcditois fur cette matiè- 
re, il pourroit voir l'explication que jedonnois 
F 4 à 



^8 R e' p o N s p 

à ce Paflage & à plufienrs autres. Si je lui 
ai dit pareille chofe, j'ai aulfi tenu parole, 
comme le Chap. Vlil. de la Se^l:. IL de la 
JII. Partie de mon Traité en peut faire foi. 

Mais M. D. B. auroit bien fait d'inftruire le 
Public en même tems, que je ne lui ai pas fait 
une Rcpnnfe aufTifcche-^ue celle qui paroit dans 
fon Livre. S'il prend la peine de rappeller (es 
idées, il fé fouviendra que dans cette Con- 
verfation je lui dis à peu près la fubftance de 
ce que /ai écrit fur ce fujet, à ces enfeignes, 
qu'entr'aatres conlîdérations, je lui mis en a- 
vant l'exemple de Melchifedec ^ de qui il eft 
marqué dans l'Ep. aux Hebr. Ch. VII. qu'il 
éto'\t fans commencement àe jours ^ fans fia de; 
vie; quoique félon le fentiment du commun 
de nos Théologiens , (& P^f parenthefe M. D. 
B. me parût être de ce nombre, ) ce Melchi- 
fedec n'Otoit qu'un (impie homme. 

Mon Antagonilîe a prétendu réfuter toutes 
mes conlîdérations, {a) en leb qualifiant à^rai- 
fonnemens met3phyfi:jHes. J'aurois cru que cet- 
te qualification convenoit à plus jufte lître à 
çeu^k des Orthodoxes qu'aux rniens, & que ces 
derniers méritoient plutôt d'être nommez des 
xaixÇonmmtws ftmples ^ naturels^ fondez fur la 
propriéic des termes ôç fur les loix du langa- 
ge 

Quand il me reprcfente que f aurais bien de 
la peine à déraciner des efprits cette penfée puiie'e 
dans l'Ecriture , que ce qui ejl avant la création 
du monde efi cenje' éierr.el , ces mots j puifée dans 

/'i:»-; 

(a) Triomphe &c. f. 336. 



A Mr. pe Bonvoust. 8p 

i'Ecriiure^ ne font qu'ûtje pétition de Principe 
toute pure, après que j'ai prouvé le contraire 
par des Argumens fans réplique. A cela près, 
fa confidcrationm'a tout l'air d'une certaine ré- 
ponfe qui eft en la bouche de bien des (^ens, & 
avec raifon, puifqu'il n'y a point d'Argument 
qui puifle tenir là contre; la voici; Qjtoi que 
"VOUS me puijjiez dire , je ne changerai jamais de 
gentiment. 

M. D. B. a prétendu renverfermon Syftême 
par {a) une autre Objedion, qui lui a paru ii 
forte qu'il s'eft étonné , à ce qu'il m'a dit, que 
M. D. L. C. ne s'en fût pas avifc. C'eit que 
je n'explique pas dans mon Syftême en quoi 
diffère la Génération du Fils, de la Proce(îîon 
du St. Efprit. Objedion terrilfante ! il faut 
l'avouer. Un telSyllcme e(t faux , parce qu'on 
n'y trouve pas l'éclairciirement général de tou- 
tes les Quefiions qui regardent une certaine ma- 
tière. Les Articles qu'un certain Auteur éta- 
blit, après les avoir prouvez font faux, parce 
qu'il y a d'autres Articles fur lefquels il ne 
déduit rien, faute de preuves. Cet homme ne 
fait pas toutes choies; donc il ne fait rien, &il 
fc trompe en ce qu'il prétend favoir. 

Ce qu'il y a de (îngulier en ceci, c'cQ que 

M. D. B. a prétendu prouver que mon Syilê- 

lîie e(l faux, par une chofe qu'on peut objeder 

■ au fien tout comme au mien, & ii ne veut pas 

que fa raifon foit b.'nne, ii l'on tn fait ufage 

contre lui. 

Le fondement de fa prétenfioneft,ouun mal- 

F 5" en- 

{a\ Uid. 



pO R E* P O N s E 

entendu , ou une chicane, (a) Les Orthodo- 
xes,comme il dit, reconnoifleni le Myftére de 
la Trinité comme inexplicable; doncperfonne 
n*a droit de leur en demander l'explication. 
Mais dans mon Syftcir.e, on a droit de me de- 
mander l'explication de toutes chofes , tant de 
celles que je définis, que de celles que je ne 
définis pas. - On a droit d'exiger de moi la fo- 
Jution de toutes les qneftions que l'on peut 
former fur la matière de la Trinité. Si je ne 
iàtisfais pas à toutes ces demandes , on eft 
fondé à rejetter m.on Syftême. En vertu de 
quoi > C'cfl que /ai déclartf que , foKciéjnr /'/- 
'vidence ^ mon Syjième n'a rien d^wU'Iligihle^d^ifi' 
cor/jpréhenfible. j'ai diverfes chofes à lui repré- 
lenter là-delTos. 

1. Pour me faire tomber eh contradiflion , il 
a ramaffé plulieurs endroits détachez de ma 
Lettre d^un'7héo!ogien^ & il en a compofé une 
Propolition que je n'ai point avancée , telle 
qu'il la propofe. 

2. je n'ai jam.ais prétendu que mon Svilc- 
me fût capable d'expliquer tout ce qui peut 
regarderie Myllére de la Trinité. Je ne. me 
fuis jamais vanté de pouvoir décider toutes 
les Queftions , puisque j'en ai laifle plufieurs 
indécifes , fur lesquelles je n'ai fait aucune 
difficulté d'avouer mon ignorance. Je n'ai 
jamais pris fur n.oi, par exemple, de définir 
la (JifFcrence qu'il y a entre la Génération & 
]a Proctlîion. J'ai toujours regardé ce point 
comme un de ceux qui font inexplicables par 

rap- 

<") ^ 337. 



A Mr. DE Bon V0 us T. 91 

rapport à moi , ainfi l'on n'eft pas davantage 
endroit de mVn demander l'explication, que 
de la demander aux OrthoJoxes. Si M. D. B. 
croit que j'aye dit quelque chofe d'oppol'é à 
ce que )e dis maintenant , je lui déclare qu'il 
a fort mal entendu ma penfée. Cette feule dé- 
claration doit fermer la bouche à M. D. B. 
& anéantir fon Objeftion. 

3. Je n'ai dit nulle part que mon-Syftcme 
ne renferme rien d'incomprcht-niibie , comme 
mon Adverfaire le Toûtient. Quand {a) j'ai 
parlé de V Incompréhenfibilité du Myftére , qui 
avoit donné lieu à cette divertitc de Solutions, 
par où les Chrétiens fe font partagez en di- 
verfes Seftes , je n'ai eu en vue qu'une elpcce 
particulière ^ Incomyréhenfibiiné , & pour fa- 
voir de quelle j'avois voulu parler , on n'a- 
voit qu'à lire l'endroit de ma Lettre , où je 
m'explique en ces termes ; Cejl l^lncompré- 
benfxhtïtté du Myjiére (jui a fait naître ces Sedef^ 
C5' cette IncompréhenftbUité n'e'toit autre chofe 
cjne fimpoJJibîUté que ï'bn je figurait à ccncilter 
les Pa(/ages qui traitent de ce point de la Kéli- 
^Jon. Cen'elt qu'en ce Icds que l'on peut m'at- 
tribuer d'avoir dit que mon Syftcme cil: com- 
prchenlible. Mais qui jamais , avant M.D. 
i5. & quelques autres Advcrfaircs qui m'ont fait 
ia même difficulté, s'ed avifc de confondre ces 
deux chofes, la Conciliation de divers paffcges 
qui ont paru oppofez , & la Solution générale 
de toutes fortes de quellions ? 

4. j'ni dit que mon Syilcine ne renferme 

rien 
U) Lett.d'tinTh. Art. XXXI. 



92' R e' P O N s E 

rien ! d'inintelligible rc'eft- à- dire que toutes les 
Propolitions que je définis, & qui feules com- 
pofent monSyftême, lont conçues en des ter- 
mes que l'on peut entendre. M. D. B. con- 
clut de là , en habile Logicien , qu'il n'y a 
rien dans tout ce qui regarde la Trinité, qu'un 
§yftéme tel que je fuppofe le mien , ne foit 
capable d'éclaircir. Il n'y a pas un Traité de 
Géométrie compofé par un Auteur qui a quel- 
que habileté , dont on ne puifle dire qu'il ne 
renferme rien d'inintelligible. Mais y en a t-il 
un feul qui nous ait fait trouver la Solution 
de la Quadrature du Cercle , & de tant d'au- 
tres quellions qui n'ont point été expliquées 
jufqu'à préfent ? Cependant, fi le raifonne- 
ment de M. D. B. ell folide , tout Géomètre 
qui nous dira que fou Traité ne renferme rien 
d'inintelligible, que toutes les Fropofitions en 
font compréhcnfibles , & fondées fur l'évi- 
dence, s'engage par là à expliquer toutes ces 
queftions qui ne l'ont pas étéjufqu'à préfent. 
S'il avoue qu'il n'eft pas en état de nous en 
donner la Solution , on fera fondé à rejetter 
tout fon Traité comme faux , & à faire palfer 
l'Auteur pour un homme qui s'efl; contredit, 
& qui n'a point rempli fon engagement. 

5. luévidence que j'attribue à mon Syftcme 
eft une de ces Expreffions dont M. D. B. a 
abufé, faute de l'entendre, quoiqu'elle nie pa- 
roifiTe fort intelligible. Je n'ai pas dit propre- 
ment que mon Syflcme foit fondé fur Pe'vide»- 
ce ^ comme M.D.B. me l'attribue , tant dans 
cet {a) endroit que j'ai en main , que dans 

quel- 
(<j) Triomphe &c. p. 337. 



A Mr, DE BoNVOUST^ P| 

quelqaes pages plus haut (a). Mais les Pa- 
roles de ma Lettre (^) d'où il a tiré cette ci- 
talion, marquent feulement , que la perfua- 
iïon que j'ai d'avoir trouvé la vraye folution 
du Myftére de la Trinité , ou le vrai fens des 
PafTages de l'Ecriture qui nous inQruifent de 
ce Myftére, tÇ(. fondée fur l'' évidence , c'eft-à- 
dire,fur des raifons convaincantes. Je ne fais 
cette remarque qu'afin qu'on voye queM.D. 
B. n'a pas lu cet Ecrit avec affès de foin pour 
le pouvoir entendre , & par conféquent pour 
en pouvoir juger , puisqu'il prend ainfi le 
change. Cependant fa bévue ne tire point ici 
à conféquence. Si je n'ai pas dit que mon 
Syrtême ell fondé fur l'évidence , j'ai pu le 
dire, & j'ai dit ailleurs des chofes équivalan- 
tes, quand j'aî dit que (c) je me croyais en é- 
tat de prouver^ par des Démonjlraîions auffi év't' 
dente s que des Demonjlrations Mathématiques fui f- 
fent Ntre , que tous les Articles qui cumpajent 
mon Syjlême font fondez fur l'' autorité de l^Ecri' 
ture. C'eft dire que mon Syltcme eft fondé 
fur V évidence ^ mais cette évidence eft V évident 
ce du témoignage , comme on parle dans l'E- 
cole, c'eft-àdire une certitude bien fondée de 
la conformité de ma Dodrine avec l'Ecriture 
Ste. J'entens , en un mot , la même évidence 
que les Réformez font profeffion' de recon- 
noître dans toutes les véritez révélées , donc 
ils font l'objet de leur foi. Sans une telle é- 

viden- 

{a) Ibid. p. 3:^0. 

{b) Lett. d'un Th. Art. IX. 

(0 Ibtd, Art. XllI. 



94 ii e' P O N s È 

vidence leur foi ne feroit qu'une foi aveugle» 
qu'un pur entêtement. Mais fi je n'ai enten- 
du autre chofe que cela , comme on ne fauroit 
me le contefter , M. D. B. a donné extrême- 
ment à gauche quand il m'a dit que mofi Syfîê- 
tne fi'avoit pas pour lai r évidence non plus que 
le Syfîême ancien^ qui eft celui des Réformez. 
Il fuppofe par là que celui-ci n'a pas pour lui 
cette évidence de témoignage^ laquelle il conte- 
fte au mien. N'eft-ce pas dire en d'autres ter° 
mes , que les Réformez n'ont point de bon- 
nes raifons d'être perfuadez que leurDodrine 
de la Trinité eH: celle de l'Ecriture ? D'ailleurs 
quel raifonnement eft celui-ci , un tel Syftême 
ne reCout point toutes les Queftions que l'on 
peut propofer fur une certaine matière, donc les 
Preuves qu'il donne des points qu'il décide ne 
font pas folides ? Car c'eft tout ce que j'en- 
tens par l'évidence. Ceux qui fouhaiteront d'ê- 
tre éclaircis plus amplement fur ces Objeftions 
de M. D.B. qu'il avoit déjà propofées plushaut 
i'i) h qu'il ne fait ici que répéter , n'ont qu'à 
lire l'Art. 72. de la H. Part, & les Art. 5-3. 5-4. 
yy. 76. 77. de la III. Part, de mon Traité , dans 
lesquels j'ai répondu à M. D. L. C. & à l'In- 
connu,qui m'avoient fait les mêmes Objedions, 
ou d'a'Jtres toutes pareilles. 

6. Au relie M. D. B. a fait voir dans cette 
Objeâion de la manière qu'il la rapporte, qu'il 
n'entendoit pas mon Syftême. Gela parole 
auffi dan"; l'expofé qu'il en a fait à la tête de 
fes Confidérations. {b) La GeKération du Fils ^ 

(c!ic- 

(d) Triomphe &cc. p. 330. ::;3t. 

(^; lùid.p. 328, 



À Mr. de BonvoUst^ 535* 

(dit'il) conjijîe , felonluiycnceque la même Pef 
fonne a um à [a Nature Divine une Intelli- 
gence finie. Et il m'Impute plus bas d'enfei- 
gner que légère n'a engendré le Fils, que quand 
il a uni la Nature Divine avec une Intelligence 
finie ç^ créée ^ & que le St. Efprit n'efl procédé 
du Père i^ du Fils , que quand le Père a uni la 
Nature Divine avec une Intelligence finie z^ criée. 
Notez qu'immédiatement après cette préten- 
due expofîiion de mon Syllême , M. D. B. 
a rapporté l'endroit fuivani de ma Lettre d'un 
Théologien, qui eft le feul où j*aye expliqué ma 
penfée fur la Nature de la Génération du Fils 
& de la Proceflïon du St.ETprit ; (2) Au rejie^ 
f ignore la àifférence qu'il y a entre lu Génération 
^ la ProceJJion. Ces deux termes expriment la 
manière dont les deux Intelligences finies du Fils 
t^ du St. Efprit ont été produites par celle du 
Père. Mais cette manière m'eft inconnue. W me 
(embleque fans avoir l'efprit extraordinairement 
fubcil , on peut comprendre aifément ma pen- 
fée, laquelle revient à ceci; J'ignore en quoi 
conlifte la Génération du Fils & la Procetîion 
du St. Efprit. C'ell-à dire que je n'ai qu'une 
idée générale de ce que ces deux termes expri- 
ment. Cette idée eft celle d'une Produéiion, 
Mais comme il peut y avoir des Produâionsde 
différentes efpéces, j'ignore quel le efpece c'cft, 
<Sc par là l'ignore ce qui diftingue la Proceffion 
du St. Efprit , de la Génération du Fils, il 
n'entre là dedans, comme l'on voit, que l'idée 
d'une Produâion ,& non pus celle de Vi/nton. 

Je 
(rt) Lett. d'un Th. App. Art. IX. 



$•(? Ré* p 6 N s E 

Je ne fais icî aucune mention de cette fécondé 
idée. Par quelle bévue M. D.B. a til pu pren- 
dre fi fort (échange ? Comment eft-il conce- 
vable, qu'ayant mes paroles devant les yeuxit 
y ait trouvé ce qui n'y eft pas ; & qu'en chan- 
geant mes Idées , il ait mis celle d't/«/o» en là 
place de celle de Produéiion ? Je fuis perfua- 
dé'qu'il n'y a point eu de malice dans fon fait; 
mais il ne fauroit fe difcalper d'une négligence 
extrême. 11 devroit au moins apprendre par 
cette méprife, qu'il faut être plus circonfpeôl, 
ouand il elt queition de condanner lefentimenc 
de quelqu'un. Qae le Public juge par cet 
exemple , & par plusieurs autres que je lui en 
iii donnez, quel fonds il doit faire, & quel fonds 
je dois faire moi-même fur les Décifions de 
mes prétendus Juges : puisqae ceux d'enîr'euï 
qui ctoient engagez à étudier mes fentimens 
mieux qae les autres , s'étant chargez du foin 
d'en inftruire le Public , & de les réfuter, les 
ont étudiez avec tant de négligence , & d'une 
manière fi fuperficielle, qu'ils n'ont pu jufqu'à 
préfent s'en former une julîc idée , avec quel- 
que clarté que je me fois exprimé ? 

C'eit fur cette fauiïe idée de mes fentimens, 
que je viens de marquer , que M. D.B. fonde 
cette Objeâion qa'il rapporte {a). 1! ne pa- 
roit pas cependant par laRéponfe qu'il me met 
en la bouche que je l'aye relevé fur ce mal en- 
tendu. En quoi il me femble qu'il n'a pas bien 
^obfervc dans fon récit les régies delà vrailfem- 
blance. Qae M. D.B. n'ait pas entendu mon 

Syftê- 
(«) 1tio-(n. p. 336; 



A M R. D s B O N V o u s tJ S>7 

Syftéme, il n'y a rien là que de naturel ; i! ne 
s'eft pas donné la peine de l'étudier. Qu'il ait 
fondé quelque Objedion fur un mal tnicndu, 
cela encore n'a rien de furprenant. Wm que 
je n'aye pas entendu mon Syftéme mieux que 
lui, ou que l'entendant, & voyant que M. D. 
B. s'éloignoit de ma pcnlée , je ne Paye pas 
relevé, que je lui aye laifTé pafTer cet abus qui 
m'impute une penfée différente de la mienne, 
c'eft ce qui n'eft guère croyable. On voit clai- 
rement par là que la mémoire de M.D. B. lui 
a été infidèle, & qu'il ell impoffible que je ne 
lui aye répondu bien des chofes dont il ne fait 
aucune mention. 

En fuite de cette Objedion qui paroi" (i bien 
foûtenue de ion côté , & C\ foiblement repouf- 
fée du micn,M.D.B. nae reprcfenie (;>) qu'/7 
était en droit (Teinger de moi ^ que je n'avaH' 
^ajfe rien , dont je ne pûjje rendre raifon. Je 
n'avois pas la moindre penlée de lui difputerce 
droit ; mais ne le faifo.t il pas valoir bien à 
propos , dans une occalion où je m'abftcnois 
d'avancer des chofes dont je ne me fentois pas 
en état de donner des raifons afiTès folidesr' 

Cette répréfentation eft fuivie d'une exhorta- 
tion pathétique , qui lendoit à me fermer la 
bouche , à me lier les mains, à^me taire trahir 
la vérité , & abandonner le foin de ma dét'en- 
fe. 11 s'agiffoit de me laillèr calomnier, noir- 
cir, diffamer dans toute la Société, de fouffrir 
fans m'y oppofer qu'une ligue injuile & vio- 
lente me fit paflèr par toute la terre comme un 
G abomJ- 

<-) P' ÎI37. 



jE^ R e' P O N S E 

abominable hérétique , ou plutôt comme us 
monftre plus pernicieux que les Telands & les 
Servets , plus ennemi qu'eux de la Société fit 
de l'Eglife. Il falloit par mon filence fécon- 
der les vues pieufes d'une Ligue lî Sainte, par- 
ce que le bien de la paix demandoit que j'en 
ufafle ainfi; comme le même bien de la paix 
exige que des voyageurs attaquei par des bri- 
gands, oû qu'un peuple attaqué par des ufur- 
pateurs, (e lailTe piller & malTacrer fans faire 
aucune reiiftance. Cette exhortation étoit dans 
le même lyle que celles que les quatre Paf- 
teurs de la Haye m'avoient adreflees peu aupa- 
ravant; lorsque ces charitables Meffieurs ta- 
choient de m'ébranler par des menaces, au lieu 
des raifons,en me faifant appréhender les mau- 
vais traitemens d'un certain ordre de Perfonnes 
a qui l'on ne refifte pas impunément. Que de- 
vois-je oppofer à des argumens de cette force: 
Si ce n'eft cette Réponfe que M. D. B. a rap- 
portée, qu'«« Chrétien^ quoi qu'il lui en pût ar- 
river^ ne devoit pas retenir la vérité en inju* 
ftice> 

Mais quand , pour rendre fon exhortation 
plus cfficace,il l'appuyoit fur la fuppofition que 
mm Syfiême e'teitfujet à autant âe difficultez^pour 
le moins ^ que celui des Orthodoxes , que ee mê- 
me Syfiême , non plus que le leur , n'avait pas 
four lui V évidence , & qu'f» me faifant du mal 
à moi-même ^ je ne ferais aucun bien à rEglife^ 
lui ai-je paiTé toutes ces hypothéfes, fans y ré- 
pliquer quoique ce foit ? N'ai-je pas eu l'ef- 
prit de lui dire, qu'il n'en ayoit prouvé aucu- 
ne, & quec'éioient tout autant de Pétitions de 

Prin- 



A Mr. DE Bon vous T, 99 

Principe ? Ne lui ai je pas dit entr'autrcs cho- 
fes qu'il n'y av')it pas unepropolition de mon 
Sydê^nc , que je ne prétendilTe avoir démon- 
trée par TEcriture , que je prétendois auffi a- 
voir convaincu le SyUêine ordinaire de s'êtrç 
écarté de l'Ecriture a l'égard de certains points? 
Que mes preuves étoient co; tenue- dans ma 
Lettre d'un ThéuUgien , & que c'étoit à ceux 
qui ne Ics trouvoient pas alîè* convaincantes 
de les réfuter , & non pas de les diffimuier ? 
Quand je lui ai mis toutes ces conli Jcrations 
devant les yeux , y a t il répondu autrement 
qu'en les renvoyant trcn loin avec des airs de 
dédain & de mépris, comme <i c'étoicnt h deç 
chofes qui ne valoient pas la peine que l'on y 
fit aucune attention ? Pour lui montrer la né» 
cefllté où l'étois d'écrire pour ma défenfc , je 
liii mis devant les yeuï les calomnies dont M. 
D. L. C. m'avoit chargé dans un Livre Satyri- 
que qui couroit le monde, dans lequel il m'im- 
putoit fauflement les plus odieufes hcreties , & 
que ces faulFes accufation, étoient appuyées par 
un nombre de Théologiens liguez, qui faifoient 
tous leurs eforts pour qu'on y ajoutât foi. M. 
D. B fans contredire aucun de cos faits , fan& 
me foutenir , encore moins fans entreprendre 
de me prouver que ces accafaiions dont je me 
plaignois étoient vrayes , fe contenta de me di- 
re qu'elles ne dévoient pas m'empêcher de de- 
meurer dans le filence pour l'amour de la pair. 
Pourquoi toutes ces circonftances fe trouvent- 
elles fupprimées dans fa narration ? A t il ju- 
gé qu'il n'importoit au Public que d'être in- 
ftruit des raifôns que l'on m'a alléguées, ^c qu« 
G .-' Tir 



I30 ^R e'p O N S E 

par rapport aux miennes , il n'étoit pas à pro- 
pos qu'elles lui fulTent communiquées ? Je 
penche plutôt à croire que toutes ces idées é- 
to;ent parfaitement effacées de fa mémoire; & 
je l'eflime trop confciencieux , pour avoir de 
deflein formé, ufé d'une réticence^ qui dans u- 
ne occafîon de cette nature, feroit qualifiée du 
nom de menfonge chez les Cafuiftes les plus re- 
lâchez. Moins encore auroit-il commis cette 
faute dans un Livre deftiné à faire triompher la 
•vérité , & à combattre tout ce qui peut avoir 
la moindre apparence du menfonge. 

Je me rappelle à l'efpritune autre cîrconftan* 
ce de cette même Converfation, dont je ne veux 
pas que le Public foit privé , quelque peu im- 
portante qu'elle puifTe paroitre. Dans le lems 
que M. D.B. faifoit tous fes eforts pour me 
difTuader la publication de mon Apologie^ qui, 
par parenthefe, étoit aâuellement fous prefTe, 
je lui dis que ce Livre étoit abfolûment nécef- 
faire pour ma juftification, & qu'il auroit mê- 
me dû paroître beaucoup plutôt. Que ce qui 
l'avoit retarde jufqu*alors , c'eft que j'avoîseu 
beaucoup de peine de trouver un Libraire qui 
eût voulu l'imprimer, la plupart de ceux de ce 
païs en ayant été détournez par les înfiuuations 
de mes Adverfaires , qui avoient eu la précau- 
tion de leur faire parler pour les intimider. M. 
D. B. après m'avoir écouté en foûriant, Je fuis 
fur pris , dit-il , que nôtre Vifch ait bien loulfi 
l'' entreprendre. 

Voici une Objeâîon qui mérite l'attention 
du Public. Elle peut lui donner quelque idée 
du rsifonnement de ceux à qui j'ai à faire. M. 

D. 



r 



A Mr. de Bonvoust^ lor 

D.B. conclut de mon Syftême («) queJ.C. cd 
bien de toute éternité en qualité de Dieu, mais 
non pas en qualité de Fils de Dieu. Il en tire 
la même conclufion par rapport au St. Efprit. 
En m'attribuant ce fentiment , que le Fils & 
le St. Efprit font éternels l'un & l'autre en qua- 
lité de Dieu, qui eft une chofe que j'ai affirmée 
pofitivement dans ma Lettre d^unThculo^ien ^ il 
me rend juftice. En même tems il renverfe 
d'un coup de plume cette faulTe accufation que 
le Synode de la Haye a adoptée , & fur quoi il 
a appuyé la condannation de monSyftême, 
quand il a dit {b)f\\i' Une faut que jetter les yeux 
fur monSyftême , pour lotr avec év'tdevce qu'il 
détruit abftlûment ^Eternité de deux des îrcis 
Perfonnes de l'Adorable Trinité. M-D B.a auffi 
adopté lui-même cette faufle Accufation après 
le Synode, comme on peut le voir (f) quelques 
pages plus haut. Ainfi celui qui avoit entreor-s 
de jullifier la procédure du Synode de la Haye 
contre moi, me juftifie hautement ici, <*t con- 
tre ce Synode, & contre lui-même , & con- 
vaind de calomnie tous ceux qui m'ont inien- 
té cette Accufation. 

Je paiTe au fécond chef qu'il prétend infe'rer 
de mes Principes , que le Fils ne feroit pa^ é- 
ternel en qualité de Fils de Dieu , ni le St. 
Efprit pareillement , en qualité de Perfonne 
diftinâedes deux autres. Je dis que c'eit là u- 
ne fauffe conféquence tirée d'une fauffe fuppo* 
filion que j'ai déjà relevée , qui cft que Is Fih 
G 3 n's 

U) P- 337- 

(b) Art. XXV. 

(f) Trio m. p. 331. 



iQfc R E* P O N S E 

»'tf èt^ engendré que lorsque le Pe're a uttifaNs' 
tu^e Divine avec un tùire créé.. Je n'ai avancé 
cette Propolition nulle part. Quand je l'au- 
?ois fait , la conféquence feroit nulle. La Gé- 
nération du F"ils, & l'Unon de !a Divinité a- 
vec cet Etre fini engendré du Pérc pourroient 
avoir eiifté de toute éternité. Je l'ai fait voit 
dans ma Lettre d'un 'Thé(jlogten ( Art. XXV. ) 
& dans la 111. Partie de mon Traité (Art. LIX. 
--LXVlI ) Ainfî cette Propoiition n'ert point 
yne conféquence de mon Syftême,puisque fans 
retrader aucun des Articles dont il eft compo- 
ié^ je puis affirmer que le Fils & le St.Efprit, 
conliderei non feulement comme Dieu , mais 
comme Perfonn^s dillindes de celle du Pére^ 
ont été de toute éternité. Mais comme le con- 
traire pourroit aulTi être vrai , & que je n'ai 
pas des raifons allés fortes pour me déterminer 
ni d'un côté ni d'autre , j'ai laifTé la chofe en 
fafpens. 

Mais pofons que j'eufle pris le parti d'afEr- 
mer que leFils^ non plus que le St. Efprit, ne 
font point éternels en qualité de Perfonnes di- 
flindes de celle du Père, M. D. B. combat un 
tel fentiment par un Argument bien convain- 
cant , & qui Hed merveilleufement bien dans. 
la b -u-he d'un Miniftre qui vit dans le fein d« 
l'Eglife Réformée. C'</2,. dit-il («), avancer 
»n Dogme , dont la nouveauté n'eji paS'Un fa-- 
vorahie préjugé pour le Syjïème qui V adopte. Cet- 
te Preuve Ç\ décilive ne lui étoit pas venue 
dans l'efprit, pendant nôtre Entretien. Il s'en 

cft 



A Mr. de Bonvoust. ioJ 

eft avifé depuis , & ne voulant pas perdre une 
penfée (i utile, il la communiqua enfuite à mon 
Parent , qui lui promit de m'en écrire. Qui 
eft-ce qui ne dira que je fuis un Hérétique bien 
pbftiné , pour ne m'être pas rendu à des rai- 
fons de cette force ? 

(a) La féconde Converfation dont M. D. B. 
fait le récit, renferme deux autres Objfdions 
qu'il m'a faites. On ne devineroit pas^que l'u- 
ne de ces Objeâions a été prife de ces paro- 
les de J. C. (^) IVIon Père eft plus grandque mot. 
Tout autre que M.D. B. ne fe feroit jamais a- 
vifé d'en conclurre que le Père n'étoitpas plus 
grand que le Fils avant l'Incarnation, de même 
qu'après. Ni ces paroles , ni celles qui précé- 
dent ou qui fuivcnt , ne font aucune mention 
de l'état où J. C. étoit avant que d'être in- 
carné. Dans tout fon difcours , on ne remar- 
que pas la moindre trace d'oppofition entre 
fon état d'autrefois , & fon étal d'alors. Où 
eftce donc que M. D. B. a trouvé cette pré- 
tendue opp ilition? D'où tire-t-il que(t:) cette 
fenfée qui pofe qu'avant l'Incarnation le Pcre 
ctoit plus grand que le Fils , efi contraire an 
but des paroles de "J. C. Çjf à la Itaifon qu'el- 
les ont avec les précédentes ^ Tout autre n'y 
verroit rien de pareil , & pour l'appecevoir il 
faut avoir les yeux difpofcz d'une cer- 
taine manière. Mais voici ce que c'eft ; 
<3uand on regarde au travers d'un verre colore, 
tous les objets paroifTent teints de la même 
couleur. 

(a) p. 338. {h) JeaH.XlV, 28. 

(c) Triom.p, 339. . 



Ît04 R e' P O N s E 

Là dit M. D. B. le Sauveur parlait en quét- 
hté d'Envoyé du Pere^ D'accord. Mais pour- 
quoi ne veut-il pas qu'il y parle aufli en quali- 
té de Fils. Sans contredit, cette féconde qua- 
lité eft défignêe clairement dans les paroles dont 
il s'agit. Quant à la première , c'elt un fait ea 
queflion s'il l'y a eue direâement en vûë. 

Enfin il ne me faut que ce queM. D. B. 
m'accorde, pour prouver le contraire de ce 
qu'il prétend prouver. Quand J. G. dit, mon 
'Père efi plus grand que moi ^ il parle en qualité 
à' Envoyé. C'eft M. D. B. qui le dit. Cette 
qualité di^ Envoyé renferme donc eflentiellement 
celle d'un Etre inférieur su Père. Mais peut- 
on nier que J. C. n'ait eu cette qualité d'£«- 
^oy/ avant fon ïncarnation? N'étoit-i! pas cet 
Ange qui fe manifeftoit fous l'ancienne Al- 
liance, & que les Théologiens Orthodoxes 
appellent An^e incréé> Qui dit Ange^ ne dit- 
il pas Envoy} N'eft-il pas celui de qui il eft 
dit {a) Voici f envoyé un Ange devant toi ^ a~ 
fin qtitl te garâe d^tts le chemin ? Donc , (elon 
le principe adopté par M. D. B. puis qu'a- 
vant fon Incarnation, de même qu'après, J. 

C. étoit V Envoyé de ion Père, rien ne l'au- 
roit pu empêcher, avant fon Incarnation, dp 
parler en qualié d'£»^*y/, & de dire en cet- 
te qualité, Mon Père ejt plus grand que moi. 

Voyons 11 la dernière Objedion {h) de M. 

D. B. aqra quelque chofe de plus démonftra- 
^|f que toutes cçs autres qui viennent d'ctrfs 

ra&- 
ia) Exo. XXÏII. 20. 
{b) Irt»K9, ^. 339. 



A Mr. de Bonvoust^ lOf 

rapportées. Elle a paru telle à M.D. B. qui 
nous dit ingénument, qu'/7 avait bonne opimo» 
de ce dernier raijonnement. Il a même crû en- 
trevoir ^ (je ne fai par quel endroit) que f en 
avuts jenti l* force ^ &L qu'il m'avoit fait chan- 
ger de fentiment. Cette Objedion triomphan- 
te elt prife de ces paroles de St Paul aux 
Philippicns {a) Lequel étant en forme de Dieu ^ 
n'a point repute rapine d'être e'gul a Dieu.,^ lou' 
tefois il s*eji ane'anti foi- même ^ ayant prii^ for- 
me de fer vite ur fait àlarejfemblance des hommes^ 
^ étant trouvé en figure comme un homme ^ il 
i'efi abatjjé lui même ^ ayant été obeiffant jufques 
à la mort ^ même la mort de la croix. M. D. B. 
a prétendu prouver par ce Pafîage, qu'avant 
l'Incarnation de j. G. il n'y avoic dans fa Per- 
ionne que la Divinité toute pure, & non pas 
une Intelligence finie unie à cette Divinité. 

Pour en venir à cette conclulion, il rai- 
fonne fur ce fondement. (/->) St. Paul, dit-il, 
Qppofe rétat ok étoit J. C. avant fon Incarnation 
à l'état où il s'e/i réduit par fon Incarnation. A- 
vant fm Incarnation il était égal à Dieu., il jof- 
fédoit la même saloir e qut jon Père- Mats par fon 
Incarnation il a été moindre que fon Père., tl a même 
été f .lit moindre que les Angcs. J'accorde à M. 
D. B. fon Principe; mais je ne lui pafTe point 
cette conféquence qu'il en veut tirer; Or cet- 
te raifon à'oppofiîion s'évanouit dans le nouveau 
^y(lême ; car il pofe qu'avant même l"* Incarnation 
le Fils étoit moindre que le Père ; puifque J. C. 

n'é- 
{a) Ch. II. V, d, 7, 8. 

c^) p' 339. 



io5 R e' I> o N s B 

tC étant devenu Fils de Dieu que par VUniott de 
la Nature Divine avec un Etre crée', il a dépen- 
du Père à l'égard de cet Etre créé, comme u- 
Ke Créature dépend de fin Créateur. M. D. B. 
continue à m*attrîbucr ce fentiment ^ que J. 
C. n'eli devenu Fils de Dieu, que par l'u- 
nion de la Nature Divine avec un Etre créé. 
C'ed une méprife que j'ai relevée ci-deflus. 
Sans nous y arrêter, je lui foûticns, que l'U- 
nion^rfonneile de la Divinité avec une In- 
telligence finie, ne détruit, ni cette qualité 
d'égal à Dieu que J. C. avoit avant l'Incar- 
nation, ni roppofition que St. Paul nous fait 
envifager entre l*état qui a précédé l'Incarna- 
tion de J. C. & celui qui Ta fuivie. 

Je dis que cette Union ne détruit pas l'é- 
galité dn Fil'S au Père, puis qu'elle ne détruit 
pas fa Divinité. Il y auroît une contradidioti 
manifefte à dire qu'il e(t Dieu, & qu'avec ce- 
la il n'elt pas égal à Dieu. Mais , m'oppofe- 
t on, cette Union le conftituë auffi inégal, 
par rapport à cet Etre fini, lequel dépend de 
Dieu, comme la Créature dépend de fon Créa- 
teur. Que veut-on conclurre de là.? Il fuffit 
qu'il foit égal à Dieu en qualité de Dieu, pour 
qu'on puifle lui attribuer cette égalité à jufte tî- 
tre. M. D B. ne convient-il pas lui-même a- 
vec les Orthodoxes, qu'encore que dans l'état 
de l'Incarnation J. G. foit inférieur au Père en 
qualité d'homme, il lui cft égal en qualité dé 
Dien . 

Mais, pourfaît M.D.B. fi, foit avant foit 
après rincarnation, J. C. eft égal ^u Père en 
qualité de Dieu , & inégal en qualité d'Etre fi- 
ni 



A Mr. de Bonvoust. 107 

ni, où trouvefat-on l'oppcfition de fes deux 
états? J'ai fait voir dans la I Partie de mon 
Traité, Art. LXIV.quecetteoppofition fetrou- 
ve entre la gloire qui accompagnoit le premier 
de ces états, &■ l'opprobre qui a été attaché aa 
fécond. Avant rincarnation, non feulement 
il étoit Dieu, mais il étoit informe de Dieu ; 
non feulement il ctoit égal à Dieu mais cette 
égalité paroilfoit d'une manière fenfiole. Aa 
lieu que quand J. C. en venant au monde, a 
pris la forme de Serviteur ^ cette ^orme de Servi- 
teur ou ù'efclazie, qui comme M D. B. le re- 
marque très bien, l'a même rait être un pen 
moindre que les A»ges ^ a caché pendant uutems 
la Divinité qui étoit en lui, & a empêché qu'il 
ne parût en forme de Dieu. C'eft pour nous 
faire mieux fentir cet éïtx, que St. Paul ajou- 
te, qu'// a été trouvé en figure comme un homme^ 
c'eft-à-dirc, qu'il n'a été trouvé en figure que 
comme un fimple homme. 

M. D. B. doit avoir la même idée que moi 
de l'oppolition de ces deux états, (1 j'enttns au 
moins ce qu'il dit. Il convient avec moi que 
ia) la forme de Dieu ne figieifie pas PEJJenceDi- 
"vine , mais la Majefîé ^ la Gloire de la Dtvini' 
té. {b) Etre égal à Dieu ^ dit il encore, Jignifie 
plus que partit iper à la Nature Divine , car , en 
ce fens , J. C. a été é^al à Dieu après , auffibie* 
ffu' avant fon Incarnation. Il faut donc qu^ètre e- 
gal à Dieu fignifie encore Poféder la même Ma- 
je [té y la même Gloire que Dieu. 

Ces 

(-) P- 339. 
(^) p. 340- 



ïOS R E* P O N s E 

Ces Idées font juftes , mais elles ont befoia 
d'être un peu dévelopces. Qu'entend-il par 
cette Maie/ie\ par cette Gloire de la Divinité^ 
Eft-ce celle qui eft ejfentielle à l'Etre infini, & 
qui n'eft autre chofe que l'Aflemblage de tou- 
tes fes Perfeâions ? Ce ne fauroit être là fa 
penfée. Elle détruiroit l'oppolition des deui 
états de nôtre Sauveur ; puis qu'on ne fauroit 
nier, que, dans le tems de fa plus profonde 
htimiliation il ne fût Dieu, & que par con- 
féqiient il ne poffedât dans ce tems-là même 
cette Majefté & cette Gloire qui eft infépa- 
rable de la Divinité. 

Il faut donc que M. D. B. . entende cette 
Majefté & cette Gloire que l'on appelle acci- 
dentelle . c'eft-à-dire, une Manifeftation fenfî- 
ble & éclatante de la Divinité. Si c'eft là fa 
penfée (& je ne vois pas qu'il en puiffe a- 
voir une autre) c'eft auffi la mienne: Nous 
fommcs d'accord lui & moi fur la nature de 
roppofition de ces deux états de J. G. avant 
(?)£ après fon Incarnation, que St. Paul nous 
a voulu faire envifager. Il étoit Dieu dans 
l'nn & dans l'autre de ces états: mais avant 
l'Incarnation la Divinité fe manifeftoit en lui 
d'une manière fenfible & 'éclatante; au lieu 
qu'elle ne fe manifeftoit pas de cette forte, & 
qu'au contraire elle fe tenoit comme cachée, 
depuis fon Incarnation, je parle du tems qui 
a précédé fon Afcenfion dans le Ciel. 

Mai^ je voudrois bien que l'on me mon- 
trât par quelle régie de Logique M. D. B. 
peut tirer de ce Principe que nous admettons 
lui & moi, cette conféquence qu'il prétend 

en 



A MrI de Bonvoust. lop 

en tirer? (a) Or fi J. C. avant (ok Incartia- 
tion , a pojfédé la même Majefté^ ta même G loi' 
re que Dieu, il ne faut donc pas i^ imaginer 
qu^ avant fon Incarnation il y ait eu dans fa Per- 
fonne un Etre créé: car y en ce fens ^ il aurait 
dépendu du Père \ ^ par conféquent ^ il n^ aurait 
pas la même plaire que lui. Je fuis fâché de voir 
que M. D. B tombe ici dans le même Sophif- 
me que j'ai relevé tant de fois dans M. D. L. C. 
& qui a été la fonrce féconde d'une infinité de 
chicanes que l'on m'a faites. Il confond la 
Nature avec la Perfonne. Voici le raifonne- 
ment de M. D. B. dévelopé ; „ La Nature 
„ finie eft toujours dépendarite, elle n'eft pas 
„ Dieu, elle ne poflede pas la même Majefté, 
„ la nriêrne Gloire que Dieu, elle ne peut pas 
„ fe manifefter comme Dieu: donc la Perfonne 
„ qui eft compofée de cette Nature finie unie à 
), la Divinité, & qui par conféquent eft vérita- 
„ blement Dieu, & a la même Majefté & la 
„ même Glcrire eflèntielle que Dieu , ne peut 
„ pas manifefter avec éclat fa Divinité & Tes 
„ Perfedions infinies, elle ne peut pas paroître 
„ en forme deDieu, elle ne peut pas donner des 
„ marques fenfibles qu'elle eft égale à Dieu,& 
„ qu'elle eft Dieu même". Que M. D. B. pré- 
ne la peine de repaffer ce raifonnement , je fuis 
perfuadé qu'il rabbattra beaucoup de la bonne 
opinion qu'il en a euë,& qu'il ne trouvera plus 
fi étrange que je ne m'en fois pas laifTé perfua- 
der. 
Pour lui faire toucher au deit, s'il eft poflj- 

ble^ 



iio R e' P O N s ï 

ble, la nullité de fon raiToanemcnt , je luiop- 
poferai celui-ci. 

Ou l'état que St. Paul a voulu exprimer en 
difant que J. C. étant en forme de Dieu n'apotnt 
repute rapine d'être égal à Ûieu^ ou (dis- je ) 
cet état peut compatir avec l'Union de la Di- 
vinité avec un Etre créé, ou il ne le peut pas. 
S'il le peut, la prétention de M. D. B.eft nul- 
le, ces expreflîons de St. Paul ne prouvent en 
aucune manière la non-exiftence d'un tel Etre 
fini avant l'Incarnation. Si ces expreflîons ex- 
cluent néceflairement de fa Perfonne toute Na- 
ture finie, 6c ne permettent d'y cnviCiger que 
la Divinité toute pure, il s'enfuit que dès lé 
moment que le Fils de Dieu s'eft incarné, il a 
abandonné non feulement pendant le lems de 
fon fejour fur la terre, mais pour toujours, 
cet état glorieux qu'il avoir poffedé auparavant. 
Oti ne pourra donc plus dire de lui, même a- 
près fa Refurredion, môme après fon Afcen- 
fion, même après la fin du monde, <\\x'il ejîen 
forme de Dieu , ^ qu^tl ne repute point rapine; 
À^ètre égal à Dieu, Je ne fai s'il fe trouveroit 
quelque Orthodoxequi voulût admettre cescon- 
féquences, <5r fi M. D. B lui-même ne fe fe- 
roit aucun fcrupule de les adopter. Je fai du 
moins , que la penfée de St. Paul y elt direde- 
ment oppofée. Quand il nous parle de ce chan- 
gement humiliant , par où celui qui étoit en for- 
me de Dieu a pris en la place de cette forme 
celle de Serviteur, il ne nous le fait envifager 
^ue comme un changement pafiTager, qui ne 
devoft durer que jufqu'à ce que J.G. eût fait 
Tex^iation de nos pécher par fa mort.,,.; H 

nous 



A Mr. i)E Bon vous T. iii 

iious fait comprendre que J. C. n'étoit def- 
cendu du faîte de cette première gloire, que 
pour y remonter après fa Refurredion, 
qu'il devoir reprendre la dignité qu'il avoit 
quittée pendant un tems, qu'il devoir niême 
être élevé à un degré de grandeur ôf de ma- 
jeflé, qui furpaffoit celui où il s'étoit vu pla= 
ce avant fon Incarnation. Ce font là Ls j* 
dées que l'Apôtre nous donne d'un fécond 
changement qui devoir arriver en la Perionne 
de J. C. changement auflî glorieux que le pre- 
mier avoit été ignominieux , changement qui 
devoit le recompenfcr magnifiquement ae l'a- 
baiflement qu'il avoit bien voulu fubir par un 
cfet de fon obeïflance aux ordres de fon Pè- 
re, & de fa charité envers les hommes pé- 
cheurs. Si J. C. a fait à Dieu cette deman- 
de à la veille de fa paffioa, Maintenant glori- 
fie moi , ô mon Père , de la glaire que fat eue 
par devers toi, avant que le Monde fût fait ^ fa 
demande, fans doute, a été exaucée. Il a de- 
mandé de jouir après fa mort de la gloire qu'il 
avoit pofTédéc avant la création du Monde, & 
par conféquent avant fon Incarnation. Quelle 
ctoit cette gloire? St. Paul la fait conlifter en 
ceci, <\\l*il étoit en forme de Dieu Çsf qttfl nere' 
putoit point rapine d^être égal à Dieu. C'eft là, 
par conféquent, la gloire à laquelle Dieu l'a 
élevé après fa Refurredion. Sicelaeft,il peut 
jouïr de cette gloire, & tout ce que St. Paul 
lui attribue dans l'état qui a précédé fon Incar- 
nation lui peut être appliqué, encore qu'un fup- 
pofe qu'il y eût dès ce tems-là un Etre créé u- 
ûi pcrfonnelleoient à fa Nature Divine, corri- 

me 



112, Re'ponse 

me il eft confiant qu'on peut lui appliquer les 
niênnes idées à prélent que faPerfonneelt com- 
pofce d'une Nature Divine & d'une Nature 
créée, comme M. D. B. le reconnoit avec 
moi. Cette raifon prouve invinciblement, à 
mon avis, que le Paflàgc de St. Paul, allégué 
contre mon fentiment, ne le contredit en au- 
cune manière. 

Je lailFe , au refte, à des Logiciens plus ex- 
perts à pefer ce raifonnement ; ,, Vous n'en- 
,, trez pas affès dans ma penfée, parce qu'ap- 
,, paremment vous ne l'entendez pas a/lès bieri. 
,, Mais j'efpére qu'elle vous paroîtra plus rar- 
„ fonnable, quand dans un Ecrit que je médi- 
„ te, l'aurai occalion de la déveloper mieux 
„ que l'on ne peut faire dans une Difpute de 
„ vive voix. Donc vos raifons m'ont convain- 
„ eu que ma penfée eft faulTe. Je l'aband <n-- 
„ ne, & je renonce au delfein d'écrire pour la 
,, foûtenir." Il faut avoir une fubtilité d'ef- 
prit peu commune pour tirer de telles conié- 
quenccs. Il n'en faut pas avoir une moindre, 
pour avoir pu entrevoir que les raifons de ma 
Partie m'ont à peu près perfuadé, parce que je 
me fuis féparé d'elle d'une manière honnête, de 
que je lui ai témoigné être fatisfait , non pas de 
la folidité de fes raifons, mais de ce qu'elle ne 
les avoir pas afTaifonnées d'injures àc d'invcdi- 
ves, comme d'autres ont fait. 

Après ces éclairciffemens, je ne vois rien 
dans le refte des Cunfidéraaions de M. D. B. qui 
mérite que je m'y arrête. J'aurois trop à faire, 
iîj'entreprenois de relever toutes les fautes qu'il 
a faites contre la juftefle du raifonnement, fau- 
tes 



A A^R. DE BoNVOUST. 115 

tes que je nefaurois imputer qu'à la Caufe qu'il 
a entrepris de défendre, & qui ne pouvoit pas 
l'être par de meilleures raifons. 

Il trouve (a) qu'il y a de l'injuftîce en moi 
de me plaindre que l'on m'ait condanné fans 
avoir tâché de me perfuader par des raifons, 
fuppofé qu'on me crût être dans Terreur, Cet- 
te plainte, félon lui, ell Tans fondement, a- 
près les raifons que M. D. L.G. ffs trois Col- 
icgues , & M. D. B. lui-même ont mifesen u- 
fage à mon égard. Je penfe avoir mis le Pu- 
blic afsès au fait pour qu'il puilTe juger de quel- 
le nature font celles dont M.D. L.CJ. s'eft fer- 
vi, tant dans nôtre Entretien par Lettres^ que 
dans le L\\itûe^Q% Réflexions. Celles qui m'ont 
été propofées par ks trois autres Pafteursde la 
Haye le peuvent lire dans mon Apologie. En- 
fin on vient de voir quelles ont été celles de M. 
D. B. Si j'ai eu tort de ne m'en pas contenter, 
tout Marchand à qui on donnera de la faulfe 
m.onnoye en payement de fes marchandifes^ 
devra auffi s'eflimer bien paye. ]Iauroit grand 
tort de le plaindre. Cela me rappelle un mot 
qui me fût dit par Mr. Chion^ en la compa- 
gnie de deux de les Collègues. Comme j'in- 
liftois à leur demander des raifons, s'ils vou- 
loient que je changealïè de fentiment, il me 
fit cette queftion fufpenduë; Mais Ji on -vous en 
doKKoity ^ qu'elles ne ïimis fatisfijjertt pas 

Outre la faune imputation que M.D.B. m'a 
faîte de nier l'Eternité du Fils, & que j'ai rele- 
vée ci-delfus, C^) tons les Argumensdoni ilrâ- 
H ch^ 

{a) p. 334. & 341. 

{b) p. 341, "&C. 



114 R s' p o N s iJ 

che de jnftifier la conduite du Synode a mon é- 
gard, ne le peuvent foûtenir qu'à la favtur de 
quelqu'une de ces fuppoliiiGns ; Toutfentiment 
qui ditFere le moins du monde de la Dodri- 
ne reçue par les Théologiens d'une certaine 
Société, en diffère efTentiellement. Sans au- 
cun autre éximeti on doit condanner un tel 
fentrnent comme une Erreur fondamentale. 
Il n'ert plus permis d'examiner nos Confef- 
fions de foi fur l'Ecriture. C'eft une hérefie 
digne de l'excommunication de mettre feule- 
ment en doute (i elles ne renferment point 
quelque erreur, ne fût ce que dans le plus 
le^er article Toute dodrine que Ton met- 
tra en avant, ^ qu'on prétendra appuyer fur 
l'autorité de l'Ecriture, ne doit être examinée 
que fur nos ConfefTions de foi. S'il s'y trou- 
ve la plus petite différence, il ne faut faire au- 
cune attention aux preuves que l'on prétend 
nous donner d'une telle Doârine, Il faut la 
refetter comtne une Héréiie capitale. Tout 
homm-^ accufé d'hérélîe, peut être légîtime- 
ment condanné avant que d'avoir été ouï. Il 
eft permis d'imputer à un tel homme des fen- 
timens qi'fl n'a pas, & de le condanner fur 
te (impie rapport de fes A-Ccufateurs. Avec 
tclîes et femblables fuppolitions, il fera aifé à 
M D' J3. de prouver q^ie le Synode en me 
coiidannatit n'a rien fait qui ne fût dans les ré- 
gies. Pour mieux réufîir dans fon deffein, il 
a fa>^ement évité de répondre un féal mot aux 
raifons par lesquelles j'ai fait voir dans mon /1- 
pulogieqne ma Dodrine n'eft point enoppofition 
avec Ros Goafeflions de foi, & qu'on peut les 

figfter 



À Mr^ de Bon vous tJ tif 

ligner fans fcrupule, encore que l'on adopte 
mon Syftême. 

Je ne relèverai plus qu'un endroit. C'eft 
celui qui regarde Mr. de la Placette. {à) M. 
D. B. a fort à coeur ce que j'ai dit dans ma 
Lettre d'un Ihe'ologien touchant cet Auteur fa- 
meux. 

II lui fâche beaucoup que j'aie donné lieu de 
penfer qu'il avoii fur la Trinité , des idées par- 
ticulières qu'il n'a pas trouvé à propos de ren- 
dre publiques, & qui ne s'accordoient pas en 
tout avec celles qui font autorifées dans l'Egli- 
fc. Pour détourner ce préjugé, il veut que 
l'on croye fur fa parole , que dans {h) le paflage 
de cet Auteur qui a donné lieu à ma remarque, 
il ne s'agifToit point de Dogmes, mais feule- 
ment de quelques 7er;«fj dont tesScholaJîiques fe 
font fervit , pour expliauer le Myjie're de la Tri- 
nité. Selon l'expofé'de M. D. B. la penfée de 
M.D. L. P. ne confilte qu'en une remarque ju- 
dicieufe qu'il fait , qu'il ne fiiut pas prendre ces dits 
Termes ^comme autant de Termes de ï'Kcriture ^aux- 
quels on doive fe tenir fcrupuleuÇement attaché. 
Mais que pourtant , comme ces Termes des Schola- 
fiiques n'ont rien de mauvais , ^ qu^ils confer- 
vent le fond du Dogme , il vaut mieux les rete- 
nir ^ s^en accommoder ^ que d*exciter fans «/- 
cej/ité des conteftations. Je ne veux pas que le 
Leâeur s'en rapporte ni à M. D. B. ni à moi. 
Qu'il juge par lui-même, & qu'il cherche la 
penfée de M. D. L. P. dans fes propres paro- 
les. 

{a) p. 331. 

Kb) La Plac, Rep. à deux Obj, p, 260. £ic. 
H 2. 



tlS R E* P O N s Ê 

les. Afin de le mettre mieux au fait, il faurs 
que cet habile Théologiet\s'étnit propofé de ré- 
pondre à une Objedioii que l'on fait contre le 
Dogme de la Trinité, par laquelle on prétend 
prouver qu'il renferme de la contradidion. (a) 
Il remarque que la plupart des Théologiens qui 
ont t-ncrepris de repondre à l'Objedion dontil 
s'agit, prétendent que c'efl la p/us embarrajfan- 
te de toutes les diffi.cultez qt*'on trouve dans la 
'Théologie ^ & que peu s'en faut qu'ils n'avouent 
qu^il ejî impujfible de la lever. Il ajoute que ^«ff/- 
ques-uns ont crû qu'ils pouvaient fe dtfpenfer de 
V entreprendre ., & qu'une des rai Tons fur quoi 
ils fe foiident, c'eft qu'il prétendent que <•£■ /V/y- 
ftére efl abjulûymnt incompréhenfible , èsf qtt'H y 
aurait de la témérité à le promettre de f éclair cir. 

M. D. L. P. combat cette excufe, il prou- 
ve par des riifons évidentes qu'elle n'eft point 
de mife, & que refuGr fur un pareil prétexte 
de répondre aux Objedions qu'on nous peut 
faire centre ce iVlyltére, c'cft donner gain de 
caufe à nos Adverlaires 

Ayant ainli fait voir qu'il n'y a point d'excu- 
fe h gitime qui puifFe no .s difpcnfer de répon- 
dre à l'^.)b)cdi')n propolée, il examine quel eft 
le meilleur moyen d*y répondre, & voici ce 
qu'il dit à ce fujcf. (^) U y a deux voyes qu^on 
pourrait prendre pow répondre à cette Objection, 
Lêti .rérntére ferott de dijiuguer avec foin ce que 
V Ecriture nous dit fur ce Ùilyftére^^ qui feul peut 
être de /?>/, d'avec ce que les Scholajtiques y ont 

0JoA' 

(â) Ibid. p. x^6. 

{b} p..l()0. 



A Mr. de Bonvous't^ 117 

^QMte\ Is' qui des Ecoles âe rEgliJe Roma'me efi 
pa[jé'Jans la plupart des nôtres, ^ de faire vu r 
que , (jui'i qu'il en foie de ces Additions , où nous 
avons très peu ^intérêt , le Dogme de Foi qui efi 
le rcfultat de ce que P Ecriture nous en apprend^ 
n^ejî nullement ébranlé par cette Ubjeélion. L a 
féconde confifie à faire voir que cette Objeéliin hg 
renverfe pas même le Dogme enjeigr,é communé- 
ment dans rEcole. M. D, L. F. nous dit net- 
tement, ce me femble, dans les paroles qoeje 
viens de rapporter que dans le Dogme de la Tri- 
nité, tel qu'il tft enfeigné commincment par- 
mi nous, il y a des chofes que i'' Ecriture dit ^^ 
qui feules font de foi ^ & qu'il y en a d'autres qut 
les Schùlafliques y ont ajouté, fi que ccs chofes 
là 0}7t pd(jé des Ecoles deTEglife Romaine dans la 
plupart des nôtres. Cela veut d^re qu'elles ont 
été adoptées par la plupart de nos Théologiens, 
que la plupart de nos ProfffTeurs les enfei- 
gnent dans nos chaires de Théologie, qu'el- 
les nous font inculquées dans la plupart de 
nos Livres de Théologie, deftînti à nous ex- 
pliquer ce point de la Relig'on, avec tous les 
autres, d'une manière plus détaillée qu'ils ne 
le font dans nos Confeffions de foi , & dans 
nos Catechifmes, Où ell-ce que M. D. B. 
a vu que par ces'' A Mitions ÇnHitszw Dogme de 
l'Ecriture par les Scholaftiques, 6c admifes par 
la plupart de nos Théologiens, M. D. L. P. 
n'tntend que quelques termes dont les Scholafli- 
ques je font fervis pour expliquer le Myfiére de 
la Trinité^ h non pas des Dogmes ? Si c'eût 
été là la penfée de ce judcieux Auteur, gui 
entr'auires bonnes qualittz avoij celle de s'é- 
H 3 non» 



ii8 Re*ponsi: 

noncer avec une clarté admirable» n*auroît-il 
pas fû exprimer Ton fentiment d'une manière 
intelligible, fans avoir befoin que M. D. B. 
lui fervît d'Iiiterpréie pour lui faire dire ce qu'il 
ne dit point? 

Pour entendre fa penfée, il n'y a qu'à lire. 
Il oppofe le Dogme de Foi au Dogme enfeigne' 
communèrfieKt dans l^ Ecole. Le premier eft le 
résultat de ce qae T Ecriture nous apprend touchant 
lia Trinité. Le fécond renferme , outre ce que 
V Ecriture nous dit fur ce Myjîere^ les Additions 
que les Scholaftiques y ont faites, & que la plu- 
part de nos Théologiens ont reçues de la main 
de ces Doâeurs. Ce font là deux Dogmes dif- 
tinéls, & non pas le même Dogme exprimé en 
differens termes. Si ces /^<:/^/V?o»j des Scholaf- 
tiques n'étoient que de (impies termes qui lîgni- 
âaffent la même chofe & rien de plus que ceux 
que l'Ecriture a employez pour exprimer lesmc- 
mes Dogmes, le terme di*Aâdttions feroit tout 
à fait mal choifî,& donneroit lieu à de lîniftres 
foupçons. Les Scholaftiques ne font pas les 
feuls, ni les premiers, qui ont introduit dans 
la Théologie des termes differens de ceux de 
l'Ecriture Ste. Des Dofteurs plus anciens & 
plus refpedez qu'eux , des Conciles Oecuméni- 
ques leur en ont montré le chemin. Et il n'y 
a perfonne qui ignore que nos Confeflions de 
foi font remplies de pareils termes. Si cepen- 
dant quelqu'un ofoit imputer à ces Conciles , 
& à nos Confcjfiins , d'avoir fait des Additions à 
ce que nous dit l'Ecriture, ^ qui feul peut 
être de Foi y fur le Myftére de la Trinité, auf- 
ii bien que fur tous les autres , en faudroit-il 

d'à- 



À Mr. de Bonvoust. 1T9 

d'avantage pour lui intenter une Accufati;)n 
d'Hérelie? S'il fe retr.inchoit à dire que par ces 
Additions il n'a entendu que des termes qui ex- 
priment les méines Dogmes qui fontenfeignez 
dans l'Ecriture, il poxirroit à la faveur de cette 
explication, fe mettre à couvert de l'excommu- 
nication : mais il ne fauroit manquer de fubir 
une très vive cenfure , pour av^îr employé des 
termes qui donn'nt lieu de ptnfer qu'il eft dans 
des fentimens oppofez à ceux de l'Eglile, ou 
que l'Eglife a adopté des fentimeas erronei. 

La fuite du difcours de M D. L. P. appuyé 
mon ibfervation. {d) Ln première d? en deux 
voyes ^ dit -il , feroitfans dijficu/te ia metHeure en 
foi , mais elle eft jujette à de très fâcheux ineon- 
véniens. Pour la ftcivre un peu exaélement ^ il 
faut entrer dans de longues , ^5* tt'épineufes conief' 
tations. Il faut choquer des préjugez ajjes an» 
tiens ^ y prefque univerfellement répandus. Il 
faut irriter ceux qui en font prévenus ^ ^ leur 
donner roccafion de traiter de Sociniens , pour nt 
pas dire de Déifies ^ d"" Atké's ^ ^ de quelque cho'- 
fe de pis ^ t*il y en a, ceux qui voudraient faire ce 
difcernement On ne fait que trop que c^efî là 
Pefprit dominant du fiécle ^ ^ le fAt en un mot 
ejî indubitable. Cela étant .^ ne dnt on pas éviter 
avec t ut le foin poffible , de donner lieu à de tels 
excès} Ne do't'on pas tacher d^éfargher , ^ cet- 
te inju/lice au Prochain, ^ à Dieu cet outrage H 
oppofé au refpeél que nou devons avoir pour fes 
vohntez} Je compte pour tris peu dcctoje lepré- 
judice qui en revient à celui qu'on foupfonne , ou 

(.a) P, iCï. 

H4 



uo R e' r o N s e' 

qiion conâanne même ^ fi mal à fropoi. ^ Mais fe 
ne c roi pas qu'on pmjfe^ Cif moim encore qu'on 
doive ^ me'prifer le refis . Quoi qu'il en fuit toutes 
ces confidérations rn' empêchent de prendre la pre- 
mière route pour répondre à VObjeéiion. Je m^ at- 
tacherai à la féconde , ^ je tâcherai de faire voir 
que cette difficulté peut être pleinement levée par 
les principes mêmes de ï'Kcole. 

Il s'aghToiî de répondre à une Objedion qui 
eft la plus embarrafïante, félon le fentimep.t de 
bien des gtns, de toutes celles que l'on a al- 
léguées contre le MyQére de la Trinité. Il 
s'agifToit non feulemeiit de défendre ce Dog- 
me contre les Hérétiques qui le nient, n)ais 
de défendre l'autorité de l'Ecriture- Ste. h la 
Vérité de la Religion Chrétienne contre les 
Pirrhoniens, les Difïftss & les Athées qui par 
cette même Objeâion prétendent anéantir l'a- 
Oe & l'autre. Qui peut douter qu'un homme 
tel que M. D. L. P. qui avoit compofé dans 
ce deffein , ce Livre qui porte pour lître B.é- 
ponfe à deux ObjeÛioas de Monfieur Bayle , 
jn'eût pas employé la voye la plus efficace pour 
y réulîir, s'il n'y eût vu de très fâcheux in- 
çonvéniens} Ceux qui l'ont détourné d'emplo* 
yer la première voye, qui lelon lui étoit la 
meilleure en foi fans difficulté^ étoient de cette 
nature, j'en conviens. 11 n'y alloit pas de moins 
que d'être traité de Socinien, de Déifie^ d'/i- 
thée, d'homme plus pernicieux à l'Églife que 
les Tola/jds & les Servets ^ d'êire dépofc de Ton 
Miniftére, d'être excommunié, en un mot, 
^'ctre traité comme je l'ai été. Mais il f;îutque 
M. D. B. air bien raauvaife opinion du Public, 

s'il 



A Mr. DE Bo N vous T. 121 

s'il croit lui pouvoir perfuader que M.D.L P. 
eût appréhendé tons ces inconvéniens qu'il a fpé- 
cifiez, s'il n'eût été quedion que de répondre à 
une Objedion propofée en n'employant que des 
termes dont l'Ecriture s'eft fervie, &ens'abl]e- 
ment de ceux que les Scho'afliqaes ont trouvé 
à propos d'introduire dans le langcige de l'Eco- 
le. Les Théologiens font, je l'avoue, de ter» 
tibles Adverfaires, quand on choque leurs 
préjugez le moins du monde. l! y a peu de 
gens qui en fâchent parler par expérience auffi 
bien que moi. Mais quelque éteniuë que l'on 
puifTe donner aux éfets de leur irritaiion^ je 
ne conçois pas qu'ils euffent pu avoir le moin- 
dre préteste d'agir contre un homme, qui 
convenant avec eux des mêmes fentimens, <3c 
ne condannant pas même l'ufage des termes 
dont- ils fe fervent dans leurs Ecoles, quoi 
qu'ils ne foient pas dans l'Ecriture, fe feroJt 
contenté pour répondre à une Ohjed'on de 
lallfer ces termes-là à quartier, & de n'em- 
ployer que ceux qui fe trouvent dans l'Ecri- 
ture. Si par une telle conduite on fe voyait 
expofé à fubir ces T'raitemeKs dont on vient 
de parler, & qu'il ne fût pas permis à un Re- 
formé de parler le langage de l'Ecriture, fans 
ç'expofer aux Perfécutions les p'us afi'reufes, 
nous vivrions dans le fein de l'Eglife Réfor- 
mée fous une Inquifiiion plus terrible que n'eft 
celle d'Efpagne. Ce feroit avoir une idée bien 
défavantageufe du jugement de M. D. L. P. 
fi on le pouvoit croire fufceptibie d'une pa- 
reille terreur panique. La fienne, pour être 
bien fondée, devoir avoir pour principe, non 
H 5- pas 



112 R e' P O N S E 

pas de fimples termes, qui ne fîe[nifient que 
ce que d'autres fignifient , & dont il a tou- 
jours été libre de ne fe pas fervir dans une 
difpute, mais des fentimens reçus parmi les 
Théologiens , fentimens qu*on ne pouvoir 
point contredire , fans choquer des fre'ju- 

GEZ ASSE'S anciens, ET PRESQUE UNIVER- 
SELLEMENT re'pandus. 

Ces raifons fuffifent, à ce que je croi, pour 
convaincre le Lecteur que je n*a point imputé 
à M. D. L. P. une penfée qu'il n'a pas eue, 
& que M. D. B quoi qu'il ait, à ce qu'il dit, 
lu tsf réÎH le Livre dont j'ai pris cette cita- 
tion, ne l'a pas lu avec affès d'attention, oa 
peut-cire avec un efprit aHè, dé^^agé de pré- 
jugé, pour entendre ce que cet Auteur a vou- 
lu dire. Ce n'eft pas donc un foupçon quej'a- 
yjt hazarde\ comme mon Adverfaire m'en ac- 
cufe, c'eft un fait que j'éiois en état de jufti- 
fier. 

Au refte fi cet Auteur, de qui V autorité eft 
fi rcfpeâahle, de l'aveu de M. D. B. a eu par 
devers lui quelques fentimens fur la Trinité 
ditFérens des fentimens reçus, & que par la 
crainte des inconvéniens marquez ci-defTus, il 
n'ait point ofd ît-s produire, cette conduite 
n'eft point une fl rriffure pour fa mémoire , (d) 
comme M. D. B prétend qae c'en feroit une. 
Quoi que je n'.iye pa* crû devoir imiter la con- 
duite de cet excrllentftrviteur de Dieu, je n'aî 
garde de la condanner. J'ignore de quelle na- 
ture étoient fes fentimens particuliers, & dès là 

(4) Triom. p. 331. 



aJ^MR. DE BoNVOUSTi HJ 

je fuis hors d'état de décider, s'il acrû avecraî- 
fon, toutes chofes pefées, qu'il fût plus utile 
de les tenir cachez, que de les publier. Et 
quand ce feroient les mcnries fentimens que 
les miens, ce que je ne puis pas favoir, tous 
les hommes n'envifagent pas les chofes de la 
même manière, ce qui fait que dans les mê- 
mes circonftances , il peut leur arriver de tenir 
une conduite différente , fans qu'aucun d'eux 
foit condannable. Ce font lia des chofes dont 
il faut laiffer le jugement à Dieu , & obferver 
ce précepte de J. C. ne jugez point ^ afin que 
nous ne Joyez point jugez- 

Mais i\ M. D. B. eft de l'avis qu'au cas que 
M. D. L. P. eût penfé comme moi, il n'au- 
roit pas pu taire fes fentimens , fans flétrir fa 
mémoire^ & lans agir contre l'intégrité , la can- 
deur , i^ le zèle infatigable qti'il a fait paroitre 
dans tous fes Outrages puur la glo:re de fon Maî- 
tre ^ le fervice de fin EgliÇe ^ pourquoi, immé- 
diatement après avoir porté un pareil jugement, 
trouve t- il mauvais que je n'aye pas pris fa con- 
duite pour modèle de la mienne? Devois-jegar- 
der un lilence qui auroit été \mQ flétrijjure à ma 
>»e»;'>/rf ?N'étois-je pas oblige, aufll bien que 
M. D. L. p. de faire paroître de Vintégr-té ^ de 
la candeur ^ du zélé pour le fetvice de Dieu ^ 
pour le Lien de fEglife} Je ne vois aucun mo- 
yen d'accorder ce Cafuïlle avec lui-même. 
Quelque parti quej'euflè pris, j'auroîs encouru 
la cenfure. Il auroit blâmé M. D. L. P. li é- 
tant dans les fentimens où je fuis, il fe fût tenu 
dans le fiknce. Et fi dans la mêmefoppofition, 
M" D. L. P. eût divulgué fes fentimens com- 
me 



114 R e' P O N s E 

me je l'aï fait, il l'auroît auiTi blâmé, puisqu'il 
trouve cette conduite blâmable eu moi. Com- 
ment vouloit-il donc que )e fiffe pour m'atiirer 
Ion approbation ? 

Je lui fai au moins quelque gré de ce qu'il 
m'a juftifié, quoique contre fon intention, & 
qu'en voulant me convaincre d'Hérélie, il a 
tourni une preuveévidente de mon Orthodoxie. 
11 veut faire voir (a) que M. D. L. P. penfolt 
entièrement [ur le Dogme de laTri»ite\ de lamê- 
me mamére qu'il ejl reçu dans VEglife. Il cite 
les paroles de ce célèbre Théologien pour témoin 
de iba alTertion : Nous croyom tous fortement 
que le Pe're, le Ftls ^ ^ le St. Efprit Jont un 
Jeul 'zff ynême Dieu\ nn feul ^ même Efprit; 
une feule ^ même Subfiance ; un feul ^ mè» 
me Etre ; une feule ^ même chofe, F'silà fré- 
{ifement nôtre croyance^ dit M. D. B. mais ce 
r^sft pas celle de Mr. Maty , qui par confé' 
quent auroit pu fe difpenfer de dire , que peut- 
être J\lr. de la Placette a eu fur cette matière 
la même penfée que lui. 

Si c't(} là, de l'aveu de M. D. B. la cro- 
yance des Orthodoxes, je lui dis qu'il fe trom- 
pe en niant )\it cefo't auffi la mienne- Et pour 
l'en convaincre, je luis prêt de ligner cette 
Propofition, telle gue M. D. B i'a couchée. 
S'il s'ed lîii!, dans l'efprit qu'elle ne peur pas 
s'acccwder avec les principes de mon Syilême, 
c'eft qu'il ne Us entend pas, ni lui ni les autres 
qui l'ont ce ndanné. Je l'ai enfcignée en ter- 
mes équivalatis dans ma Lettré d'un Théologien^ 

où 

{a) Ibid. 



À Mil. DE EONVOUST^ tii( 

où j*ai dit, par exemple , (a) La Divinité au 
Père , la Divinité du Fils , ^ la Divinité du 
St. Ej'prit ne Jont pas trois Divinitez différen- 
tes ., mais le feul (ff même Diett^ le jeul ^ 
même Etre. Je l'ai inculquée en cent & cent 
endroits dans tous mes autres Ecrits. Quoi 
qu'il en l'oit, je le répète encore, cette Pro- 
pofition que M. D. B. a alléguée comme é- 
tant la croyance des Orthodoxes , eft aufll ma 
croyance. Je laifTe à préfent à fa confcience, 
& à celle de tous mes autres Accufateurs à 
fentir l'injullice deUurs Accufations,& fi leur 
confcience n'a aucun feijtiment à cet égard , 
j'efpére que le Public aura des yeux. 

(tf) Lett. d'un Th. App'. Art. VIIL 



F I N. 




AVER- 



AVERTISSEMENT. 



T A Lettre faivavte r/z'a été comr/iunîquée de- 
"^-^ puis peu , fans que je fâche qui en ejl 
V Auteur. Quel qu'il foit , fat fujet de me louer 
de [on procède' e'quitable , ^3* je ne me ferais pas 
attendu de trouver dam fa Communion des gens 
qui priffent ma défenfe , pendant que dans la 
mienne fe'prouve le traitement que chacun fait ^ 
fans qu'aucun ait le courage de s^y oppofer. On 
verra par cette Lettre que les Réformez ne font 
pas les feuls que la conduite du Synode IVallon a 
fcandalizez. Les Catholiques Romain^ ne la 
trouvent pas moins condannable , ^ comme ils 
v»yent que les Reformez abandonnent leurs prin' 
ctpes , ils fe confirment dans l"" éloignement d'une 
Société' , qui porte au milieu d^elle ce quelle 
blâme dans les autres. Peut-être ces confîdéra- 
fions feront - elles ouvrir les yeux h plufieun 
Personnes , qui comprendront enfin , que le Des- 
potîfme des Théologiens , vice de tous les 
tems ^ de tous les lieux , ejl aujft contraire 
aux fondemens du ChrifiianiÇme , qtCà ceux fur 
lesquels la Religion Réformée s* appuyé. 



Lét- 



Lettre d'un Eccléfiaftique de France. 1 2;^ 

Lettre <^un Eccléfiafiique de France fur l*I»t9' 
lerance des Théologiens de Hollande. 

JE ne faurois vous pardonner , Monfieur, la 
vivacité des inftances que vous me faites 
pour m'obliger de parler , quand tout lemble 
m'impofer le filence. Quoi ! . parce que je fuis 
votre ami , hMi Catholique Romain , & d'un 
caradéte franc, je dois félon vous déclarer ce 
que je penfe touchant les divifions qui ré- 
gnent aujourd'hui parmi Meilleurs vos Ecclé- 
fiaftiques ? Avec vôtre permiflîon, Monfieur, 
la conféquence ne me paroit pas des plus juf- 
tes, & mes raifons valent bien les vôtres: Car 
I. Se mêler parmi des Théologiens Réformez 
qui fe battent , ne me parcit pas d'un homme 
fage ^ pacifique; je pourrois bien n'y gagnée 
que des coups , ou tout au moins perdre mes 
peines, z. Croytz-vous donc qu'un Catholi- 
que Romain foii un aulïî bon Juge en pareille 
caufe ? Le plaifir qu'il goûte en voyant de» 
Miniftres aux prifes , & fe déchirant les uns 
les autre*:, ne lui ôte i il point la dofe d'équi- 
té néctffiire pour envifager les choies avec 
une entière impirtialité ? 3. Que refte-til à 
produire là-deilus après les Ecrits de Mrs.Ma- 
ty & la 'hipeUe , & ce que la Bibliotbe'que 
Raiptnnée & la Critique Deunterejfée des Jour* 
naux nous ont foanii pour & contre la DiG* 
fertation de Mr. Saurin ? 

Vous n'auriez donc pas le moindre fujet de 
plainte contre moi , quand je finirois ici ma 
Lettre. Ainli ce que je vas ajouter, n'eft tout 
aaplas que poar vqus prouver à quel point je 



izË Lettre 

fais être complaifant 'pour me'i amis. MaiV 
avant toutes chofes, je vous demande, Mon- 
fieur , que mon nom ne paroifle pas dans 
cette guerre Thcologique: à cette conditionne 
vais tout rondement vous découvrir ce que jè 
penfe des Divilîons de Mrs vos Minières. Je 
n'ai qu'un mot à dire au fujet d-u procès , oU 
plutôt de la querelle d'Allemand , qu'on s'eft 
avîfé de faire à Mr. Saurin touchant Hi DilTer- 
tation fur le Menfonge. Si cet habileThéolo- 
gîen fait, comme je n'en doute nullement, ce 
que le Public écla-ré penfe du procédé de fes 
accufateurs, je le félicite d'avoir effjyé un pa- 
reil procès ; & j'ofe l'aflbrer que long-tems a- 
vant la tenue du dernier Synode de la Haye, 
tous les honnêtes gens luiavoient rendu juftice, 
& avoient prononcé en fa faveur. An relîe, 
c'eft quelque chofe de bien flatteur & de bien 
glorieux pour Mr. Saurin, que de voir tous les 
Laïques, <5î tout ce qu'il y a de plus eftimable 
dans le Corps Ecclcfialtique du côté de l'éru- 
dition & de la probité , fe déclarer fes Apolo- 
giftes ; & d'entendre ceux de fes ennemis qui 
l'avoient accufé de blasphème , le reconnoitre 
pour un Théologien très Orthodoxe. Voilà, ce 
me femble , ce qui s'appelle remporter une pleine 
vidtoire, & goûter les honneurs du Triomphe. 
Il s'en faut beaucoup que le fort de Mr. Ma- 
ty, envifagé d'un certain côté , foit aulîi digne 
d'envie que celui de M. Saurin. M. Maty eft 
un Théologien plein d'efprit & de droiture, un 
Auteur à Syllême , qui hazarde une nouvelle 
explication, ou plutôt une nouvelle manière dé 
s*exprimer touchant le Myftére de la Trinité, 



d'un Ecclejlaflipe de France. 15=5? 

& quî bien loin de trouver dans fes Confrères 
ces difpolitions de douceur & de charité dont 
il s'écoit flatté dans fa Lettre à »» Tèe'ologie», 
ïie reçoic que des Anathêmes pour prix de fa 
découverte ; & devient enfin le Martyr de fon 
léie pour le progrès de la Vérité. J'apelle zélé 
pour laVérité, les vues dans lesquellesje croique 
M. Maty acompofé & publié fon Ouvrage fur 
la Trinité; & on doit le préfumer ainfi de tout 
bon Proteltant , qiii agit & qui écrit en con- 
formité des principes de la Rétbrmau'on. 

Vous favez, Monfieur , que le premier de 
ces Principes , eft le Privilège qu'elle accorde 
à tout particulier de lire, d'examiner , & d'in- 
terpréter l'Ecriture fuivantle degré de lumierç, 
dont il eft ou fe croie éclairé , & cela fans ê- 
tre adujetci à reconnoître d'autre Tribunal, ni 
d'autre Juge que fa confcience. M. Maty a 
nfé de ce droit; la manière dont on s'exprime 
aujourd'hui dans l'Eglife Chrétienne , en par- 
lant du Myftére de la Trinité , lui a paru fu- 
jette à d'extrêmes difficultcz ; & il a cru voir 
dans l'Ecriture plulîeurs palTages concernant 
ce Myftére , auxquels leSyftême reçu ne dori» 
ne aucune folution plaulible. Là-delfusil s'eft 
mis à réfléchir , & à force d'étude 6i de médi- 
tation , il a découvert une nouvelle roaie, qui 
félon lu! mène plys droit à la Vérité. Mais 
comme il n'a garde de fe croire int'ailUb'e , il 
abandonne au Public une ébauche de fon Syftê- 
me; il prie qu'on examine fon Ouvrage fans 
pafl[îon (k fans préjugé; il oflTre loas les éclair- 
cîffemens qui dépendront de lui ; & il paroit 
enfin lrès-difp,ofé à fefoumettreôc à (e retradtr, 



I|0 Lettre 

fi par de bonnes raifons , on lui montre qu*îl 
eft dans l'erreur. 

Voilà, Monlîeur, ce que j'appelle fe con- 
duire en homme droit & en vrai Proteftant: & 
quand je vois un honnête homme expofé à là 
perfécution pour en avoir agi de la forte, je ne 
faurois m'empêcher de dire que fes Perfécuteurs 
fe comportent en Miniftres , mais non en 
Réformez. Je dis en Minifires , car com- 
me a remarqué M. de la Chapelle dans fa * 
'Bibliothèque Angloife ; " On ne fauroit ôter de 
„ la tête de bien de gens , que le Clergé ( nota 
„ qu'il s'agit du Clergé Proteftant ) ne s'arro- 
„ ge quelque efpece d'autorité dans le Spiri- 
„ tuel , que pour s'en faire un degré à la Ty- 
„ rannie ; & à dire le vrai, ajoutoit cet habile 
„ Journalifte , l'expérience a fait voir , que le 
5, pafTage de l'un à l'autre eft facile. " 

Ouï, Monfieur , ce qui s'eft paffé depuis peu 
en Hollande entre M. Maty & fes Confrères 
inet dans le plus beau jour du monde la ré- 
fiexion de M. de la Chapelle ; & cela s'appelle 
dans la conjondure préfente une preuve des 
plus vidorieules. En effet , lî on veut rendre 
juflice à Meflieurs vos Miniftres , on peut & 
on doit même affurer , qu'ils ont en cette oc- 
taHon franchi les bornes de leur autorité légi- 
time, & qu'ils marchent aduellement dans les 
voies de là Tyrannie. 

Vous allez un peu vite, me direz- vous , & 
vous ne favea pas fans doute, que ce M. de là 
Chapelle, que vous citez avec tant de confian- 
ce, a joiié un des premiers rôles dans l'affaire 

de 
* Bibliothèque angloife, Tom.Yll.pag.i, 



«/•»« Ecclêfiafiique de France, i %i 

de M. Maty. Aulii a - 1- il bien prévu votre 
objedion. Lifez fes Réflexions fur la Lettre 
qui a commencé cette guerre Théologique,vous 
trouverez réponfe à tout. M. de la Chapelle ne 
commence-t-il pas par écarter prudemment 
V incident fondé fui la dette du fuporf mutuel} Ne 
pafTe-t-iJ pas fa déclaration exprelTe , qu'il eft 
auffi Tolérant qu'aucun de fes Frères ( fous 
entendez, Minières ); C"*^) qu'il n'eft point Per- 
fécuteur , & que ce ne fera jamais de fa part que 
viendront les disgrâces que pourra efTuïer Mr, 
Maiy ? N'avoit-il pas d'ailleurs protefîé à la 
tête de la Bibliothèque An^loife , que fon incli- 
nation pacifique lui ferait d^un grand fecourspour 
ne rien écrire ( à plus forte raifon pour ne rien 
faire ) qui fût cmtre les régies de la Juftice , de 
PHonêteté^ de la Bienféance Çff de la Charité. 
Ces paroles, comme vous voïez, Monfieur,ren" 
ferment de grands engagemens ; & fans doute 
que M. de Ta Chapelle ne les a pas perdu de 
vûë, <5r qu'il compte les avoir bien remplis dans 
la condannation de M. Maty. 

Enfin pour fermer la bouche à lamédifance» 
& couper tout d'un coup les difficultez, M. de 
la Chapelle vous dira qu'il s'agit ici d'un Dog- 
me fondamental de la Religion Chrétienne ;& 
que par confcquent tout le zélé d'un Mini- 
ftre de l'Evangile doit s'allumer ; & quand bien 
même on viendroit lui réprétenter que peut- 
être il prend le change , & qu'autre chofe efl 
denier le Myftére de la Trinité, autre chofe 
eft d'établir un Syftême , où véritablement 
l'Auteur foutient de toutes fes forces ce My» 
I 2 fte- 

O Réflexions fur la Lettre ô^c pag. 13. 



I|.S Letite 

ftére, maïs avance des propofitions d'où M. 
de la Chapelle conclut que l'Auteur eft Arien 
&Sabellien; quand, dis-je , vous iritz faire 
toutes ces remontrances à M. de la Chapelle, 
vous trouveriez en lui un homme ferme & in- 
ébranlable dans le parti qu'il a pris. Mais,di- 
ret-vous, l'Auteur du Syftême n'aperçoit pas 
ces conféquences ! tant pis pour lui : mais il 
les desavoiie hautement ! n'importe. Il s'agit 
ici de la caufe de Dieu, un Mini(ke zélé ne doit 
pas reculer. Ainfi on dénoncera le Syftéme, 
on en citera l'Auteur au Synode , on lui refu- 
fera conftamment lesEclaircilIemens qu'il de- 
mande, on le foudroiera, on le déclarera inha- 
bile à jamais exercer leMiniftére, que fais-je ! 
on fera peut-être encor pis contre lui. Mais 
non; Mrs. du Synode ont le malheur de ne 
pouvoir infpirer aux Magiftrats ce beau zélé 
dont ils fefentent dévorez. On dit à cette mer 
irritée: Tu viendras jufqu'ici , là tes flots fe 
brilèront. Sans cette digue , comptez , Mpn- 
lîeur , que vous verriez de jolies chofes , & 
dûlfent Mrs. les Minillres Evangeliques s'expo- 
fer aux plus vives & aux plus huiTiiliantes . ré- 
criminations de l'Egiile Romaine , on vous fe- 
roit voir que plm d'un Pajîeur Reformé porte 
un Pape dans fon jein ; dût-on fournir des ar- 
mes aux Efprits forts & aux Deïltes , on agi- 
roit de façon, qu'on les affirmiroit de plus en 
plus dans l'idée qu'ils ont que toute Religion 
eft perfécutrice. 

Parlons férieufement, Monfieur,rîen nefîed 
moins aux Protertans, fur tout aux Miniltres, 
que ces voïes de fait & ces airs d'intolérance. 

Car 



(Vun EccUftaftque de France. 15$ 

Gar fi on doit être quelque parit tranquille, 
quand on interprète l'Ecriture d'une manière 
peuve & inconnue à l'Antiquité , ce doit être 
dans une Communion , qui a pour loi de ne 
s'alTujettir à aucun Tribunal qu'à celui de la 
confcience & del'Efprit particulier. AulTi nous 
autres Catholiques Romains , quand nous vo- 
ïons un Protelîant qui donne à certains palFa- 
ges des Livres Saints une interprétation abfolu* 
ment de fon crû ^ démentie par la Tradition, 
nous gémifTons d'abord ; puis nous difons,c'eft 
un Proteftant qui ufe de Ion droit j il n'y a pas 
le mot à dire; tel eft le privilège de la Réfor- 
me. Mais lorsque nous voi'ons ce Proteltant 
perfécuté dans fa propre Communion pour a- 
voir ofé défendre & foutenir fa découverte, ce 
phénomène nous rend plus attentifs. L'indi- 
gnation qu'an tel procédé excite d'abord , eft 
bientôt fuivie d'un mouvement de joVe , que 
l'intérêt de la bonne caufe nous inlpire. Qui 
*fait , viifons-nous, (i peu à peu ce germe d'in- 
tolérance venant à fermenter & à fe dévelo- 
per dans les Efprits de la Réforme, on ne par* 
viendra point à la Pfix générale & à utie réu- 
nion complète. Ouï vraiment, Mor^lieur, aa 
train que les chofes prennent, je ne désefpere 
plus de vous voir bientôt paflir de notre côte. 
Ne r«marquez-vous pas que vos Minières fe 
laffent d'avoir à comJDattre à tous les inftans 
contre les effets de ce malheureux Examen par- 
ticulier? Pardonnez- moi ces expreffîons; c'eft 
une efpece de boëte de Pandore, d'où eft for- 
tîe une Légion de maux, qui depuis long-tems 
inondent la Réforme. Que vos gens fe ren- 
1 3 dent 



ï^ , Lefff-e 

dent donc juftice; qu'on entre dans les vues 
d'un M. de la Chapelle & de tous ceux quîpen- 
fent comme lui ; & je fuis perfuadé que bien- 
tôt on pofera parmi vous pour un des Arti- 
cles les plus Fondamentaux , l*Infaillibilité de 
l'Eglife, c'efl-à-dire, rinfaillibilité de vos Sy- 
nodes, dans l'interprétation des Saintes Ecri- 
tures. Qu'en penfez-vous ? Gela après tout 
épargneroit bien de l'embarras & des peines à 
Meffieurs les Magiftrats. Ces Meffieurs vou- 
droieni bien tenir la balance égale entre le Peu- 
ple & le Clergé. Or le moïen d'affigner les 
juftes bornes de l'autorité des Pafteurs & de 
l'obéïflance qui leur eft dûë , quand on veut 
s'en tenir aux Principes de la Réforme ? L'Au- 
teur de V Avis 2Mii Réfugiez l'a prédit il y along- 
tems, que le droit d'Examen accordé à chaque 
particulier , feroit parmi vous une fource éter- 
nelle de trouble & de divifion , & que tôt ou 
tard il cauferoit la ruïne entière de la Reli- 
gion Proteftante. 

A tous ces inconveniens , je le répète, trou- 
vez-moi un meilleur remède que l'Infaillibilité 
de l'Eglife. C'eft quelque chofe, il eft vrai, que 
vos Synodes; mais s'ils n'ont le don d'Infailli- 
bilité, leurs décifions poar l'ordinaire aigriflent 
plutôt le mal qu'elles ne l'arrêtent; au lieu que 
chez nous la voix de l'Eglife affoupit tout ; 
quand la Mère commune a parlé , les Enfans 
n'ont plus que le partage & le mérite de l'obeïf- 
fance. Ce n'eft pas cela à beaucoup près dans 
le païs Réformé : le moindre Laïque veut tout 
voir par Tes yeux ; tout jusqu'aux décifions du 
Clergé les plus folemhelles , reflbrtit au Tri- 
bunal 



Sun EccUfiajiique ai France, I J j* 

bunal de l'Examen particulier ; & Dieu fait 
comme les gensd'Eglife font habillez dans cet- 
te revûë; on ne leur paiïe pas la moindre cho- 
fe; on va fouiller jufques dans les plus fecrets 
replis de leur cœur. Si malheureufement il 
leur eft échapé quelque chofe qui relfente la 
paflîon , il taut voir avec quelle maligne ex- 
aditude cela eft relevé; & comment de tou- 
îes parts on leur décoche le Medice cura teip' 
fum. Il faut donc , Monfieur > & c'eft moa 
refreîn , il faut un Juge en dernier reflbrt, dont 
les Arrêts foient irreformables. 

Il eft vrai que M. l'Ancien. Evêque de Ban- 
gor (M. Hoadly ) a crû découvrir un excel- 
lent moïen pour prévenir toutes les contefta- 
tions Théologiques , en défendant ligoureufe- 
ment la liberté' fpirittielle des Peuples, i*f corn- 
hattant le pouvoir tyranique que les Gens d^E" 
gitfe ufurpent fur la coKfcience des hommes. C'eft 
ainlî que s'exprimoit en |7iO. M. de la Cha- 
pelle, quand il donnoit * l'extrait de l'Ouvra- 
ge du Prélat Anglois ; & il ajoutoit fort judi- 
cieufement. Ventreprife ns fduroit être plus 
belle ; elle ejî jujle , conforme à ï'Efprit du Chri' 
fHanifme ; ^ il y règne même une efpece d'im^^ 
partialité' qui touche , lorsque Pon conjidere le 
fojîe êminent que tient dans le Clergé , celai qui 
s*oppofe à Vimpirieux orgueil de la plupart des 
Eccléjîajîiques. 

Cependant vous le fave2, Monfieur, & M. 
de la Chapelle ne l'ignore pas, l'opinion de M. 
de Bangor n'a pas fait fortune , fur tout parmi 
Mrs. vos Miniftres ; & ce qu'on m'a écrit de 

Hol- 
t Bîblotb, Ângloife, Tom.VII. pag.37. 



ip Lettré 

Hollande ne prouve-t-îl pas , que les ancietiJ 
PaftiTans de l'Evêque abandonnent aujourd'hui 
fon Syftême ? Une Lettre dattée du 7. Sep- 
tenibre 1730. m'aprend que M.^*"*- Miniftre, 
a bien voulu qu'on lé crût Auteur de quan- 
tité d'Arîicles Violens & Théologico- Satyri- 
ques publiez contre M. Saurin , & qu'il en a 
parlé d'une manière à perfuader ceux qui fe 
croyoient fondez à attribuer ces Ecrits à un 
autre de vos Eccléfiaftiques , qu'il a eu part 
à ces excès. C'eft pourtant le même M. *** 
qui a traduit plufieurs excellens Ouvrages, dont 
les Auteurs l'ont Tolerans au premier chef. 
Fiez-vous après cela aux hommes. 

Je ne fii:îrois point , Monfieur , fi je don- 
nois un libre eflbr à mes reflexions fur de 
tels procédez : mais il ne s'agit pas ici ni 
d*inveétives , ni de faire le Gontroverfifte. 
j'ai rempli mon devoir, ce me femble, puis- 
que je vous ai déclaré touf uniment ce que 
nous pénfons ici de ces débâts Théologiques, 
qu'un des nôtres a nommé aiïez plaifamment 
ɻtremar3gefies 'Miniflrales. Pour vous, Mon- 
iîeur, fi vous m'en croKZ , vous ne prendrez 
point les chofes fi à cœ jT que vous le faites ; 
car en vérité le parti le plus fage eft d'être fim- 
ple fpedateur de ces fortes de querelles ; & 
il n'eft rien tel à mon avis , que de laiffer les 
gens fe harceler ju(qu*à ce qu'ils mettent les 
armes bas, ou par amour pour la paix, ce qu'il 
ne faut pas trop efperer , ou par laffitude , ce 
qui pourra bien arriver plutôt que nous n« 
penfons. 

Je fuis &c. 

A Paris ce if. Novembre 1730. 



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